Le Tribunal de Grande Instance de Paris vient de rendre jeudi une décision ordonnant au réseau social de microblogging de transmettre les données qui vont permettre d’identifier les auteurs de tweets racistes et antisémites.

Le racisme et l’antisémitisme ne passeront donc pas par Twitter. C’est en tout cas la décision en forme de vœu pieux prise par le tribunal de grande instance de Paris, qui vient de rendre jeudi une décision ordonnant au réseau social de microblogging de transmettre les données qui vont permettre d’identifier les auteurs de tweets racistes et antisémites.

L’affaire avait commencé en automne dernier, quand une poignée d’abrutis avait trouvé spirituel de créer sur Twitter des hashtags au bon goût incontestable, comme #unbonjuif ou encore #unjuifmort, déclenchant de facto une volée de tweets allant de l’humour douteux à la haine revendiquée.

unbonjuif Twitter Twitter devra aider la justice à bouter racistes et antisémites de son réseau

Comme il est difficile de faire la part entre blague de potache et vraie saillie nauséabonde aux véritables relents de racisme (on peut aussi faire des blagues sur les juifs, les arabes, les Belges, les pauvres et les handicapés pour le plaisir d’un bon mot sans un être le moins du monde antisémite ni une ordure patentée, me semble-t-il, mais mieux vaut les faire en privé), et comme lire des choses comme #UnBonJuif se cuit à 88 degrés (il y a peut-être un jeu de mot ou une private joke ici mais je n’ai pas trouvé) est quand même juste insupportable, le tribunal a tranché : Twitter devra balancer sans traîner les données permettant d’identifier les auteurs de ces petites blagounettes très drôles.

Twitter avait été assigné en référé en octobre dernier par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et plusieurs autres associations suite à la diffusion de ces tweets, demandant l’identité de leurs auteurs en vue de pouvoir les poursuivre devant les tribunaux, sur le motif d’apologie des crimes contre l’humanité et de l’incitation à la haine raciale.

Liberté d’expression vs. délit…

L’affaire a donc été prise au sérieux par le TGI de Paris, en dépit du fait que le siège mondial de Twitter se trouve en Californie, USA, et que, de ce fait, ne doit théoriquement répondre que devant les injonctions d’un juge américain. Cela étant, Twitter, qui affirme « étudier la question », ne pourra probablement pas éternellement se retrancher derrière cet argument relatif à la totale liberté d’expression gravée dans la constitution américaine, et se dédouaner de sa responsabilité dans les pays où il est fortement implanté.

Une décision qui de toute façon aura certainement un effet dissuasif important. D’ailleurs, certains twittos, qui se croyaient protégés par l’anonymat semblent montrer quelques signes de nervosité depuis jeudi :

Vers le grand nettoyage ?

Mais cette décision pose d’autres questions : quid de toutes les autres attaques relatives à d’autres minorités publiées sur Twitter ? Quid des insultes et de la diffamation à l’égard des personnes ? Afin de ne pas tomber dans la discrimination à la sanction et respecter la sacro-sainte égalité devant la loi inscrite cette fois dans notre constitution, va-t-il falloir s’engager dans un nettoyage intégral au Kärcher, et si oui, sur quels critères ? On dirait qu’avec cette décision très politiquement correcte montrant un signe à l’égard d’une communauté, le TGI vient d’ouvrir une drôle de boîte de Pandore…

 Twitter devra aider la justice à bouter racistes et antisémites de son réseau
Fondateur et rédacteur en chef de Presse-citron, Éric est blogueur, éditeur de contenus numériques. Par ailleurs il conseille et accompagne occasionnellement quelques entreprises dans leur développement sur internet.