Universal Music se lance intelligemment dans le crowdfunding… C’est l’Hebdo Musique & Web

La major Universal Music vient de lancer The Vinyl Project, une campagne promotionnelle concernant la ré-édition de certains albums « rares et épuisés » au format vinyle. Surprenant mais plus qu’intéressant.

Depuis hier, toute la toile s’en donne à coeur joie pour critiquer / « cracher sur » – le deuxième terme étant plus réaliste – le nouveau projet d’Universal Music concernant la réédition de certains opus au format vinyle. Le problème ? Quand on sait que la major a largement consolidé sa place de numéro un mondial de la musique enregistrée en 2013, loin devant Warner et Sony, il est légitime de se demander si cette campagne de financement de vinyles par le public n’est pas une grosse blague.

En 2012, Universal a réalisé pas moins de 4,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, profitant ainsi d’un résultat d’exploitation bénéficiaire, s’élevant à 525 millions d’euros. N’ont-ils pas le budget pour ré-éditer eux-mêmes ces fameux vinyles ? Si. Et bien sur, c’est (un de) leur métier… mais.

Mais, il faut bien avouer que l’idée est plus qu’intéressante. Pourquoi le Big One ne pourrait pas faire participer le public à l’édition de projets musicalement riches, rares ou épuisés ?

Universal marque ici un coup qui fait la force de l’entreprise depuis quelques années, et c’est ce pourquoi aujourd’hui, elle arrive à générer des bénéfices alors même que le secteur tire la langue depuis 13 ans.
Fans prépubères de Justin Bieber ou autre One Direction, vous passerez ici votre chemin. Par contre, si vous êtes friands de pépites telles que Nirvana, Sonic Youth ou encore Björk, The Vinyl Project pourra faire votre bonheur.

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La décision de lancer de la ré-édition de vinyles en crowdfunding est une décision intelligente, et ce pour trois points :

1) Le crowdfunding pour se rapprocher des fans

Le crowdfunding est moyen logique pour mobiliser les amoureux de bons sons autour du nouveau projet d’Uvinyl. Avec ses 6400 salariés, c’est vrai que l’on a du mal à s’identifier à cette machine de guerre qu’est Universal Music Group. Lorsque Ninja Tune, label indépendant, avait lancé une campagne similaire au début de l’année, cela avait provoqué un moins grand tollé. Les circonstances étaient en effet différentes : l’incendie de l’entrepôt Sony d’Enfield à Londres, avait réduit en cendres le stock de vinyles de nombreux plus ou moins gros labels.

Ici, c’est aussi le moyen pour Universal de se rapprocher du public et pourquoi pas, d’être plus à l’écoute. On sait très bien qu’ici, Universal ne gagnera pas des sommes telles qu’avec ses artistes phares du moment. Niveau de risques ? Il est bien sur très faible. Cette opération reste cependant un pas non négligeable vers le public, alors qu’on reproche très justement à la multinationale de laisser pour compte les mélomanes au profit de Taylor Swift, Justin Bieber, Maroon 5, Rihanna… ou autres machines à sous.

2) Les vinyles : un secteur en plein boom

Il est évident qu’Universal ne lance pas une plateforme de ré-édition de vinyles juste pour les beaux yeux ou la collection personnelle de Pascal Nègre, son PDG. Avec 4,6 millions de ventes, 2012 fut une année record pour la vente de vinyles, et ce depuis le début des années 90, date à laquelle l’institut Nielsen a commencé à comptabiliser ces statistiques. Quand on sait que ce sont les 18-24 ans qui boostent ces ventes, on ne pourra pas dire qu’Universal ne répond pas à une certaine attente, y compris celle des jeunes.

3) La diversification des revenus fait la force du groupe

Et Universal ne risque pas de s’arrêter en si bon chemin… Ce sont grâce à des projets comme celui-ci que la major subsiste, et même mieux, sort la tête de l’eau après plus d’une décennie de remise en question constante. Le rachat d’EMI Recorded, de nombreux labels indépendants, et après de nombreux cassages de dents, le virage numérique fait enfin son petit effet. Le succès de l’alliance entre Universal et Youtube grâce à la plateforme Vevo en est la preuve. Plus de 617 millions de vues en mai 2013 !

Si la décision récente de lancer un nouveau format numérique, le Blu-Ray Pure Audio, était pour moi une hérésie car allant contre son temps, le financement par crowdfunding est un pas important vers le futur de l’industrie numérique - ou au moins vers le présent.

Arrêtons de se jeter sur les gros dès qu’ils sortent un « nouveau » concept. Que ce soit au niveau de l’image d’Universal, de ses économies, la major comme les fans auront certainement tout à gagner avec cette opération. Pourquoi s’en plaindre ? Je serai en tous cas au rendez-vous pour m’acheter l’édition limitée de Björk – et plus si affinités, vous pouvez compter sur moi.

4 commentaires

  1. Des pour et des contres, effectivement…

    J’avais d’abord lu l’article de Sophian Fanen http://www.ecrans.fr/Universal.....16710.html avant de lire le vôtre, mais j’avoue qu’on hésite entre le côté « bonne œuvre » bien fondé et non critiquable du crownfunding et le côté grosse pub marketing d’un rouleau compresseur, première major company, j’ai nommé Universal.
    L’artisanat, oui mais l’industriel, non ! pourrait-on penser à juste raison, car la musique n’est-elle pas un art à part entière ? doit-elle se satisfaire du confort d’une énorme maison de disques pour plaire au plus grand nombre ?

    Votre article se finit par la bonne question : on aurait apprécié qu’Universal « ne la ramène pas trop » sur le sujet, d’autant plus qu’elle a largement les moyens de rééditer en vinyle une grosse partie de son catalogue. Mais inciter l’internaute à investir dans le projet, c’est tendance ; en parler haut et fort sur les réseaux sociaux c’est branché… oui, sauf que les ficelles commerciales d’un marché du microsillon en plein redémarrage se voient un peu trop et j’ai bien peur Pascal Nègre n’ait pas fini de se faire polluer ;-)

  2. Le crowdfunding, ça sert à aider ceux qui n’ont pas les moyens de lancer un projet avec un budget R&D, un budget fabrication, un budget marketing, etc. POINT.

    Voir une boite comme Universal (ou des enflures comme James Franco) faire du crowdfunding pour minimiser leurs risques alors qu’ils ont déjà des moyens colossaux, c’est l’hôpital qui se fout de la charité. La justification bidonnesque du « rapprochement avec les fans » est un pipeau difficile à gober quand on sait que les mecs ont DEJA plus de fans que de spermatozoïdes dans les burnes – qu’ils ont perdues sur le chemin de leur réussite.
    Qu’ils lancent une campagne de support avec leur base existante de fans, pour sonder leur marché, ça suffirait amplement.

    Le crowdfunding par un ‘gros’, ça passerait encore si c’était un jeu à somme nulle et que les ‘petits’ n’y perdaient pas forcément au change; sauf que ce n’est pas le cas. Les ‘gros’ s’en servent comme un vecteur marketing de plus qu’ils s’accaparent, au détriment du potentiel marketing bénéficiable aux ‘petits’ qui retombent dans la zone d’ignorance du backer potentiel. Pire (même si c’est discutable), un euro dépensé sur un « projet » de ‘gros’ sera un euro en moins dans la poche d’un ‘petit’.

  3. Article intéressant et qui tranche un peu avec tous les récents dénigrements de ce projet. Il est vrai que les majors ne sont pas synonymes pour moi d’un rapprochement avec le public, mais plutôt d’ un marketing de masse. Pascal Nègre a retourné sa veste au sujet du numérique; chose qu’il a complètement dénigré au début. Est-ce que Universal suit la tendance, »web/direct to fans/nouveaux modes de consommation », ou est-ce réellement un projet à long terme pour développer une relation avec le public? De toute façon Universal sait ou il met les pieds, car quand on possède un catalogue de « classic albums », il y aura toujours de la demande. De plus le 33t est revenu à la mode. Cela fait quand même douter de la sincérité du projet. Mais peut être que la major veut bien faire, en prenant un virage affirmé vers de nouveaux concepts.Le plus dur sera d’être crédible: continuer à avoir des artistes comme Bieber etc.et tout le raffut qui va autour, avec des projets innovants qui ont été initialement lancé pour contrer le marketing de masse de majors comme Universal. Hâte de voir les premiers résultats.

  4. Le fond de l’idée est louable. Le problème c’est le passif d’Universal qui n’inspire pas confiance, et c’est un euphémisme…
    Universal réédite déjà des anciens albums sur vinyle, par le biais de son label « Back To Black ». Là aussi une idée louable au départ, bien que surfant sur la vague revival du vinyle, « Back To Black » réédite des anciens albums sur vinyle et offre avec chaque disque la possibilité de télécharger l’album au format mp3 grâce à un code fourni avec le vinyle. Le problème, c’est que c’est une grosse fumisterie ! Je ne vais pas vous faire un cours sur le son ici, mais pour résumer l’intérêt sonore du vinyle existe si la source utilisée pour l’enregistrement est ANALOGIQUE : Dans ce cas, et si la fabrication du disque est faite avec soin, le vinyle peut offrir une qualité de son supérieure au CD. Si la source est NUMERIQUE, le vinyle ne peut pas offrir de supériorité sur le CD. Dans le meilleur des cas, la fabrication sera soignée et un master studio numérique HQ sera utilisé et on aura un vinyle de très bonne qualité.
    J’en reviens aux disques « Back To Black » : la fumisterie reside dans le fait que ces rééditions sont faites dans les pires conditions possibles : disques pressés dans des usines à bas coût en Europe de l’Est qui n’utlisent ni source analogique, ni source numérique haute résolution. Dans la majorité des cas, le pressage du vinyle se fait à partir d’un vulgaire CD !!!
    Le résultat à l’oreille est pitoyable, et a de quoi dégouter du vinyle. Une fois écouté un « Back To Black », on veut revenir au Cd direct ! Le coffret Nevermind de Nirvana (4 LP, qui coute un bras) sonne plat, sans punch. Certaines rééditions (Melody Nelson de Gainsbourg il me semble) on même des « blancs » entre 2 chansons censés s’enchainer, ce qui prouve l’utilisatioin d’un CD comme source, mais en plus de ça avec un lecteur CD qui n’est même pas capable de lire 2 titres sans caler un blanc entre…

    Voilà pourquoi beaucoup on mal réagi à cette annonce, et ça se comprend.

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