“Le net est fait pour chercher. Le papier est fait pour dĂ©couvrir et si possible comprendre.”

Nous n’avons pas fini de disserter sur l’avenir de la presse Ă©crite et des medias traditionnels et de leur positionnement face Ă  la montĂ©e d’internet, des blogs et des rĂ©seaux sociaux.

Pendant que nous nous demandons si l’avenir de la presse en ligne est dans le social, ou si les blogueurs sont des journalistes (ah la vieille tarte Ă  la crème), d’autres bossent et cherchent un modèle qui (rĂ©)concilierait les deux univers en agrĂ©geant le meilleur du web pour le proposer sous la forme d’un magazine papier.

Après Tous les medias, et avant Advanced Web (plus spĂ©cialisĂ©), voici en exclusivitĂ© un premier regard sur Vendredi, un nouvel hebdomadaire qui, comme son nom l’indique, proposera Ă  partir du 17 octobre chaque vendredi les meilleures infos du Net.

Vendredi est l’oeuvre de Jacques Rosselin, qui n’en n’est pas Ă  son coup d’essai puisqu’il est Ă  l’origine de la crĂ©ation du rĂ©putĂ© Courrier International, puis, dĂ©jĂ  sur le web, de Canalweb, et de Philippe Cohen, l’un des fondateurs de Marianne. En gros, vous l’aurez compris, des gars qui connaissent juste un peu leur sujet. Pour avoir longuement discutĂ© du projet avec Jacques Rosselin, mĂŞme si seul l’avenir le dira, je confirme que le dossier est solide.

Vendredi, donc. Le journal, au format Tube, connu aux USA (USA Today par exemple) mais inĂ©dit ici, reprend in extenso ou en extraits des articles et billets publiĂ©s dans la semaine par une sĂ©lection de blogs et de sites d’information. Mais, bien plus qu’un simple agrĂ©gateur papier, l’hebdomadaire propose une vĂ©ritable ligne Ă©ditoriale, très caustique, qui le rapprocherait davantage d’un Canard EnchaĂ®nĂ© que d’un Courrier International.

Autrement dit, au-delĂ  des faits, Vendredi propose un regard sur l’actualitĂ©, en sĂ©lectionnant prioritairement des blogs et sites non seulement experts dans leur domaine, mais souvent engagĂ©s, ou ayant ans la semaine publiĂ© un article au vitriol sur un sujet donnĂ©.

Selon Jacques Rosselin, “Ce regard sera naturellement plus indĂ©pendant, plus tranchant, plus impertinent, plus dĂ©calĂ© que celui qu’on trouve dans les mĂ©dia traditionnels. Logique : la contre-information, la polĂ©mique, l’irrĂ©vĂ©rence ou tout simplement le dĂ©bat, quittent peu Ă  peu les grands journaux, les tĂ©lĂ©s et les radios pour s’installer depuis quelques annĂ©es sur le net. Sur des milliers de blogs et plus rĂ©cemment sur quelques sites d’information indĂ©pendants comme Rue89, Bakchich ou MĂ©diapart.”

J’ai passĂ© au crible ce quatrième numĂ©ro ZĂ©ro (le numĂ©ro ZĂ©ro est Ă  la presse ce que la version beta privĂ©e est au web) et j’aime bien, plusieurs raisons :

  • le journal apporte un Ă©clairage diffĂ©rent non seulement sur l’actualitĂ©, mais de façon induite, sur le web lui-mĂŞme, en lui donnant un sens et une rĂ©sonance que nous autres pauvres geeks, le nez dans le guidon du matin au matin, avons parfois un peu de mal Ă  distinguer.
  • l’organisation en grandes rubriques offre une vĂ©ritable valeur ajoutĂ©e et donne une cohĂ©rence Ă  l’ensemble : on jurerait avoir affaire Ă  un journal traditionnel rĂ©digĂ© avec ses propres Ă©quipes de journalistes, alors qu’en dehors de l’Ă©dito de Philippe Cohen, l’intĂ©gralitĂ© du contenu vient du web, les sources Ă©tant bien sĂ»r indiquĂ©es en signature (URL du site, et parfois nom de l’auteur).
  • moi qui croyais tout savoir (oui j’ai une très haute opinion de moi-mĂŞme, vous n’aviez pas remarquĂ© ?) je dĂ©couvre des sites dont j’ignorais l’existence. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je constate ce phĂ©nomène Ă  la fois excitant (la dĂ©couverte) et dĂ©sagrĂ©able pour l’Ă©go (merde, ils ont de meilleures sources que moi alors que le web n’est mĂŞme pas leur mĂ©tier) : par leur vision diffĂ©rente et leur mĂ©tier, les journalistes et autres documentalistes sont souvent les champions du sourcing. Allez jeter un oeil sur Bienbienbien.net ou Ecrans.fr et vous verrez de quoi je parle.
  • les titres, les titres, bordel. VoilĂ  aussi une belle leçon d’humilitĂ©. Ces pros de la presse Ă©crite traditionnelle sont les champions du bon titre, vous savez, le truc qui tue sur place, entre (bon) jeu de mots et dĂ©tournement de formule, lĂ  encore on sent le mĂ©tier. Blogueurs, prenez-en de la graine.
  • l’imagination : hormis l’organisation en grandes rubriques (francosphère, actualitĂ©, mondosphère, netenquĂŞte et babelweb), Vendredi affiche un nombre Ă©tonnant de petites idĂ©es en forme de sous-rubriques. Ainsi vont les TagQuizz (deviner les personnalitĂ©s associĂ©es Ă  un groupe de mots-clĂ©s), CanalWeb (les meilleures vidĂ©os de la semaine) ou encore le Radar Internet (indicateurs exclusifs). Des pastilles qu’on aurait rĂŞvĂ© d’inventer sur nos blogs dis-donc.

On le voit, le projet est Ă  mon avis très prometteur car il rĂ©ussit Ă  rĂ©unir le meilleur du web (le contenu) et de la presse traditionnelle (l’angle et la mise en perspective). Ce n’est donc pas un agrĂ©gateur de plus qui serait lĂ  pour piller le web, mais au contraire une vraie reconnaissance ce dernier. D’ailleurs, chaque auteur des articles originaux repris sur Vendredi sera rĂ©tribuĂ© selon un tarif unique.

Vendredi s’adressera essentiellement Ă  des gens qui continuent de s’informer rĂ©gulièrement avec le papier et qui, en surfant, on compris que les sites d’info et blogs proposaient un regard et un ton diffĂ©rent des autres mĂ©dias sur l’actualitĂ©.  Il sera vendu 1,50 euro et dĂ©marrera sous la forme d’un 8 pages, comme le Canard EnchaĂ®nĂ©, mais en couleur. Il sera vendu essentiellement chez les marchands de journaux et sortira le 17 octobre mais ça je l’ai dĂ©jĂ  dit.