Les métiers du web #4 : Eve Demange, spécialiste en ergonomie éditoriale

Un site web est un agrégat de plusieurs éléments et fonctions qui doivent cohabiter le plus harmonieusement possible au sein de la même interface. Le texte et son organisation constituent un élément prépondérant, et pourtant parfois négligé, de la mise en page. Un contenu éditorial bien présenté fait partie intégrante du design d’un site, au

Un site web est un agrégat de plusieurs éléments et fonctions qui doivent cohabiter le plus harmonieusement possible au sein de la même interface. Le texte et son organisation constituent un élément prépondérant, et pourtant parfois négligé, de la mise en page. Un contenu éditorial bien présenté fait partie intégrante du design d’un site, au même titre que les éléments purement graphiques : un bon webdesigner doit aussi être un textdesigner.

Eve Demange a choisi d’orienter son activité professionnelle de rédactrice web vers une spécialisation de conseil en ergonomie éditoriale : elle aide les éditeurs de sites à organiser et valoriser leur contenu afin qu’il soit… lu par les internautes.

Eve, quelle fonction exerces-tu exactement ?

Je suis spécialiste en ergonomie éditoriale. C’est-à-dire que je réponds à la question : « Est-ce que le contenu de votre site, les terminologies, les articles, l’aide, les conseils, etc. permettent à vos internautes de trouver ce qu’ils sont venus chercher ? »

Comment en es-tu arrivée à cette spécialisation ?

J’ai commencé en 1998 comme rédactrice internet. Puis au fil du temps j’ai constaté que le contenu« Tellement de contenus très intéressants ne sont pas lus car ils ne sont pas bien présentés ou rédigés. » éditorial, et même les sites de contenu, tout simplement, étaient en train de devenir un enjeu stratégique sur le web. Mais les sites web sont fait de mots mais peu de gens s’intéressent réellement aux mots. Tellement de contenus très intéressants ne sont pas lus car ils ne sont pas bien présentés ou rédigés. Tellement d’informations importantes ne sont jamais trouvées. Tellement de sites passent à côté de leur cible car ils n’utilisent pas les bons mots… Je me suis dit que cette spécialisation manquait.

Tu exerces ce métier depuis quand et sous quelle forme juridique ?

Depuis 2005, je travaille sous le statut d’indépendante en entreprise individuelle. Je travaille chez moi, et également assez souvent en régie chez les clients.

Y a-t-il une typologie de clients particulière qui correspond à ta fonction ?

Plutôt une typologie de sites plutôt que de clients. J’interviens quand même principalement sur des sites ui ont un contenu textuel important et donc naturellement fréquemment sur des intranets.

L’ergonomie éditoriale est une activité qui consiste donc à prendre du texte brut et à le formater, l’organiser, le modeler afin qu’il soit plus facile et agréable à lire, c’est ça ?

Oui, en fait il s’agit de « traduire » du texte provenant de rédacteurs plutôt imprégnés de culture print traditionnelle, afin de l’adapter aux contraintes et aux usages du web et le rendre plus digeste.

D’accord, mais alors comment délimiter ton champ d’intervention ? Je m’explique : lorsque tu travailles sur l’optimisation et l’adaptation d’un contenu aux exigences du web, tu dois être amenée à faire des coupes, revoir des accroches, et donc proposer au client de scinder parfois un texte trop long en plusieurs pages. Ce qui induit que tu interviennes également sur la structure même du site, liens, menus, etc… Comment gères-tu cela ?

C’est vrai que je dois aussi tenir compte de contraintes liées purement au webdesign, des contraintes techniques. L’idéal étant alors que je travaille – et ça m’arrive – en duo avec un ergonome.

Comment te situes-tu par rapport aux agences web traditionnelles ?

Elles sont souvent des partenaires et des prescriptrices : un projet sur deux est effectué en sous-traitance pour ce type d’agences, notamment dans le cadre de missions pour des grosses boîtes.

Tu vis bien de ton job ? Tu as du travail tout le temps ?

« Le métier d’ergonome éditorial est très spécifique et s’ajoute à la chaîne de valeur de la production web : il n’est pas encore forcément reconnu comme il pourrait l’être. »

Oui, ça va, je ne me plains pas. Même si je complète parfois avec du travail relevant davantage de mon activité précédente, à savoir la rédaction pure. Le métier d’ergonome éditorial est très spécifique et s’ajoute à la chaîne de valeur de la production web : il n’est pas encore forcément reconnu comme il pourrait l’être.

Pour être ergonome éditorial, il faut avoir un profil plutôt technique ou plutôt littéraire ?

Pour ma part, la réponse est claire : je suis titulaire d’une maîtrise en Lettres modernes. Ensuite de quoi je suis partie une année aux USA pour y étudier les mass media, avant de faire ma place dans le web.

Les blogs, avec leur structure linéaire rétrochronologique ultra-simplifiée ont redistribué les cartes de l’organisation du contenu. Puis certains reviennent maintenant de plus en plus fréquemment vers une structure « magazine », il suffit de voir le nombre de thèmes WordPress de type magazine disponibles. Penses-tu avoir un rôle à jouer dans cette évolution ?

Si je devais te répondre quant à l’organisation du contenu sur un blog, je commencerais par regarder plusieurs éléments :
– L’audience du blog par catégorie et le top des articles les plus lus
– Le feedback obtenu auprès des utilisateurs en ce qui concerne leurs attentes
– Le champs lexical des mots-clefs les plus souvent recherchés par les internautes sur le type de contenu qu’il proposes (Overture Inventory n’est plus accessible mais on peut toujours passer par Miva https://account.fr.miva.com/advertiser/Account/Popups/KeywordGenBox.asp)

Toutes ces données me donneraient une idée plus précise du contenu clef du site, et je réorganiserais l’information autour des mots qui comptent pour les lecteurs, non seulement dans la navigation mais aussi au niveau du vocabulaire.
Aucune étude comparative à ma connaissance n’existe sur la manière dont les internautes lisent les blogs versus sur un magazine web ou un site riche en informations. Ce serait très intéressant ! En fait, il n’y a pas de réponse réellement toute faite mais plutôt des principes à respecter. Jakob Nielsen a consacré plusieurs chapitres de ses livres « L’art de la simplicité » mais aussi « Sites web : priorité à la simplicité » à ce que j’appelle l’ergonomie éditoriale, Gerry McGovern a beaucoup travaillé également sur le sujet du « killer content ». J’adore son livre. Le livre de Joël Ronez « L’écrit web » est bien également. J’ai fait une revue de ces 3 livres sur mon blog http://plumeinteractive.canalblog.com/archives/2008/07/24/10023934.html

En fait ma méthode est un best-of de tout ce que j’ai pu lire dans ces livres + le fruit de ma propre expérience.

Quand tu organises le contenu d’un site, tu travailles donc sur la structure éditoriale. Est-ce que à ce moment-là tu as le bon référencement du site en tête ? Autrement dit, ergonomie éditoriale et SEO sont-ils compatibles et relèvent-ils de la même démarche ?

L’amélioration de l’organisation du contenu et la démarche d’optimisation du référencement relèvent de la même logique et de méthodes similaires. Je cherche d’abord à proposer un contenu qui correspond à ce que les internautes recherchent, pas un contenu qui « plaise » à Google. Mais un bon contenu bien organisé, y compris sémantiquement, induit de fait un bon référencement.

Quid de l’ergonomie éditoriale adaptée aux mobiles ? L’internet mobile devient un usage de plus en plus courant, penses-tu qu’il y ait aussi de la place pour des spécialistes en ergonomie éditoriale mobile ?

Oui, très clairement. Le marché de l’internet mobile est en forte progression et les éditeurs auront besoin de spécialistes qui soient capables d’organiser les contenus pour les rendre attractifs sur les petits écrans des terminaux de poche. Je n’ai pa encore de demandes sur ce secteur mais je m’y intéresse et je me documente…

Tu utilises les réseaux sociaux dans ton job ?

Pas vraiment, j’ai un compte Linkedin mais il ne me sert pas tellement dans ce contexte. Sinon j’ai mon blog sur lequel je poste environ deux articles par semaine sur des thématiques relatives à mon activité.

Pour finir, la question qui tue : quelle est ta meilleure expérience, et la plus décevante ?

Le travail de structuration du portail d’un grand opérateur du câble pour lequel j’avais été mandatée a été une expérience pasionnante et très enrichissante. A l’inverse, je garde un très mauvais souvenir d’une expérience catastrophique sur un autre site, principalement en raison d’un manque de ressources humaines.

Voir le blog d’Eve : Plume Interactive.


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32 commentaires

  1. Oh ! On fait le même métier 😉 Belle description du métier d’ailleurs. Me permets juste de rajouter un point : l’écriture web ne s’arrête pas pour moi au site en lui-même car elle transmet les valeurs (si y en a…) de la boite. Il y a parfois aussi à réfléchir au contenu que l’on sera capable d’exporter ailleurs, sur d’autres sites, d’autres plateformes, pour faire connaitre le site.

    C’est que j’appelle – mais je suis pas le seul – le marketing du contenu qui, dans le cas du blog, rejoint le personal branding.

    Des « concepts » que beaucoup de marques n’intègrent malheureusement pas quand elle lance des blogs…

    Enfin, le contenu web se doit d’être « agile » dans l’utilisation des outils afin de profiter de services qui apportent de la valeur ajoutée au contenu source.

    Bref, merci pour cet interview, Eve je serais ravi de déjeuner avec toi pour discuter de nos approches respectives 🙂

    A+

    Cédric

  2. Le problème de ces métiers ‘annexes ‘ et pourtant à forte valeur ajoutée pour le client, c’est qu’ils s’ajoutent à une chaîne de prestations déjà lourdes qui alourdissent le budget du client.

    Félicitation à ces personnes qui ont le courage de faire ce travail qui n’a pas la reconnaissance (ni même parfois la connaissance) qu’il mérite.

  3. Bravo pour la série des Métiers du web ! Passionnant à de nombreux points de vue.

    En lisant :

    « Y a-t-il une typologie de clients particulière qui correspond à ta fonction ?

    Plutôt une typologie de sites plutôt que de clients. J’interviens quand même principalement sur des sites ui ont un contenu textuel important et donc naturellement fréquemment sur des intranets. »

    C’est intéressant, car on remarque en effet que nombreux sont les sites qui ne réalisent pas l’importance du texte, des mots, dans l’expérience utilisateur.

    On trouve de nombreux sites de e-commerces avec des fiches mal rédigés, ou simplement impossible à scanner rapidement.

    Un bouton, un lien récurrent, un simple nom de rubrique doit être *rédigé* de manière réfléchi et consciente. Dommage que l’on y pense que pour des « textes » au sens traditionnel.

    37signals publie par exemple régulièrement des articles sur des cas concrets de ré-écriture d’un seul de leur bouton , d’un petit lien.

    – – –

    Sinon, je trouve que le titre d’ergonomie éditoriale pose des questions…

    J’aurais voulu savoir pourquoi pas simplement « rédacteur web » ?

    Il me semble que en anglais on dirait « web editor », sans référence à l’ergonomie.

    Et il y a aussi une partie du travail — l’organisation du contenu — de Eve qui semble être de l’architecture d’information. Donc un travail entre la documentation et encore une fois celui d’editor, voire rédac chef.

    Bien sur l’ergonomie « informe »/instruit la rédaction web — comme elle instruit le design graphique par exemple.

    Un bon designer graphique à l’ergonomie en fond, comme un bon rédacteur web.

    Mais c’est tout de même son talent littéraire qui permet à Eve de créer des textes qui touche au but !! Des texte que produisent un effet.

    Il est un peu trompeur de faire croire que l’ergonomie est la discipline qui doit chapeauter et prendre le dessus sur toute les autres. Et qu’elle donnerait les moyens pour écrire un texte qui enthousiasme, convainc d’acheter, donne envie de poursuivre la lecture.

  4. Il y a également l’affect ne serait-ce que par la force de l’habitude. J’ai un blog en tête, GHacks, lequel à un moment donné reconfigura complètement sa présentation ; plus aérée, mieux segmentée, il revint pourtant sur la structure d’origine sous l’amicale insistance des « habitués ». Comme quoi initier un blog/site est une chose, mais le transformer après coup en est une autre.

  5. Voilà une interview très riche en contenu. J’ai découvert le blog Plume interactive par la même occasion. Merci !

  6. Trés intéressant comme approche d’ergonomie.

    Par contre Eve, si je peut me permetre, sur votre blog, dans à propos, le lien vers http://www.plume-interactive.com est mal configuré.

    (Oui oui j’ai la critique facile, mais pour le reste c’est « vachement interessant » +1 en RSS 😀

  7. merci, pour cette série des métiers du web. On y apprend des choses intéressantes. Maintenant il ne reste plus qu’à l’appliquer sur nos sites 🙂

  8. Merci pour cette interview et nous faire découvrir son blog par la même occasion, je m’en vais de ce pas lire les autres articles de cette série sur les métiers du web ! 😀

  9. Merci pour vos messages, c’est encourageant 🙂

    Pour rebondir sur ton message, Julien, et ta question « pourquoi ne pas s’appeler rédacteur web ? »

    + C’est vrai qu’un excellent rédacteur web qui suit une réelle méthode peut faire des miracles sur un site web ! Le problème, c’est que le terme même de « rédacteur » est tellement utilisé pour le print, la com, la pub, etc. qu’il a perdu sa valeur. Par ailleurs, son expertise même est souvent peu reconnue. Je connais de très bonnes webagency qui font faire leurs textes par des stagiaires parce qu’ils considèrent que c’est secondaire. Je trouve cela incroyable que l’on ne consacre pas plus d’intérêt aux mots, au contenu même d’un site !
    Les internautes viennent sur un site parce qu’ils y trouvent une information à haute valeur ajoutée pour eux. Même lorsqu’ils achètent en ligne ils ont besoin d’avoir une fiche produit parfaitement rédigée et claire. Toute l’interface web est faite de mots avant d’être faite de couleurs et d’images. Les gens cliquent sur des mots, etc.

    + Par ailleurs, la spécialité que je propose ne fait pas que de la réécriture mais également un travail d’étude sur les mots et les informations les plus importants pour les visiteurs/lecteurs d’un site afin de mieux valoriser ce contenu.

    C’est un métier vraiment passionnant et j’aimerais qu’il soit mieux reconnu aujourd’hui. Mais j’ai confiance parce que les sites deviennent de plus en plus performants. Après l’ergonomie pure, je suis certaine que le contenu éditorial va devenir un enjeu stratégique.

  10. Pour les éditeurs c’est une bonne chose de pouvoir s’appuyer sur des professionnels de la rédaction web.

    « Mais un bon contenu bien organisé, y compris sémantiquement, induit de fait un bon référencement. »

    Même si il y a du vrai, c’est un peu un raccourci.

    En tout cas je te félicite pour ton blog, une saine lecture, que je m’empresse d’ajouter à mon agrégateur.

  11. Bonjour et merci pour cette lecture, très enrichissante de bon matin. Un blog de plus dans mon netvibes également, et la découverte d’un métier pas si proche du mien, avec des aspects qui me parlent… Je vais m’empresser d’éplucher ton blog, Eve, et encore merci à Eric pour cette série sur les métiers du Web, qui permet de faire découvrir des profils souvent peu ou mal connus.
    Bonne journée à tous !

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  19. je pense que peut être à tord le métier ne se résume pas à cela …

    l’ergonomie dépend énormement du media et du type de contenu

    ici c’est valable pour certain contenu editoriaux comme précisé …

    en tout cas échange interessant

    Sebastien

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