Minimalisme, ergonomie et autres réflexions

Que ce soit pour les interfaces utilisateur  (sites web, navigateurs…) ou pour les derniers gadgets à la mode (iPhone, HTC Touch Diamond, télévisieurs…), la tendance est clairement, et déjà depuis quelques temps, au minimalisme. Les designers et les consommateurs semblent plébisciter d’une seule voix les objets lisses, aux lignes épurées, proposant simplement et à l’aide

Que ce soit pour les interfaces utilisateur  (sites web, navigateurs…) ou pour les derniers gadgets à la mode (iPhone, HTC Touch Diamond, télévisieurs…), la tendance est clairement, et déjà depuis quelques temps, au minimalisme.

Les designers et les consommateurs semblent plébisciter d’une seule voix les objets lisses, aux lignes épurées, proposant simplement et à l’aide de rares boutons bien intégrés des fonctions souvent nombreuses et compliquées.

Quadrature du foutu cercle : comment faire simple en faisant compliqué ? Ou l’inverse, comme tu veux.

Hidden radio

En regardant cette radio sans bouton, puisque la radio EST le bouton, projet créé par le designer australien John Van Den Nieuwenhuizen, j’ai d’abord crié (enfin, dans ma tête, en silence, je crie rarement la journée au bureau) au pur génie : pour monter le son tu tires sur le couvercle, ce qui au passage dévoile le haut-parleur, pour changer de station tu le fais pivoter.

C’est tout, that’s all folks.

Puis, à la lecture des commentaires – toujours très pragmatiques – des lecteurs de BoingBoing, j’ai commencé à douter, jusqu’à presque changer d’avis : l’engin est design, certes, mais est-il si pratique que cela ? En effet, les bonnes questions sont posées, et j’admire la capacité d’abstraction de certains, qui leur permet d’imaginer immédiatement l’usage, les forces et les faiblesses d’un équipement à partir d’une simple photo. J’en suis personnellement incapable. Et encore tout retourné.

Ainsi, les plus pertinents auront vite fait le tour de la question :

  • comment zappe-je rapidement d’une station à l’autre ? (sous-entendu : après des années de tuners digitaux, voici une radio qui me fait revenir aux temps héroïques du tuner mécanique à molette, qui va me demander des doigts de fée et une demie-journée pour passer de RTL au Mouv’…)
  • comment fais-je pour ne pas changer de station involontairement chaque fois que je vais monter ou baisser le volume, puisque le fameux bouton est le même pour les deux fonctions ?
  • et la mémoire alors ? Pas moyen d’avoir ses stations préférées préenregistrées ?
  • j’ajouterais : quel est le poids de l’engin et la sensibilité du bouton ? S’il est mal conçu (il y a loin du design à la réalisation industrielle), je vais une fois sur deux soulever le bazar de sa base pour monter le son…

Autrement dit, comment concilier design et ergonomie ? Ou comment rendre compatibles simplicité extrême et utilisabilité ?

Le même type de réflexions sont apparues très rapidement après les premiers tests du navigateur Chrome de Google : d’un côté les adeptes de la philosophie Google et de son credo de simplicité absolue, qui ont déjà adopté le navigateur, de l’autre ceux qui voudraient bien en faire autant, mais qui sont déjà revenus à Firefox car l’absence d’extensions leur rend l’utilisation de Chrome impossible. Pour le moment en tout cas.

Moralité : le minimalisme est peut-être l’ami du designer, pas forcément celui de l’utilisateur.


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20 commentaires

  1. Pour beaucoup de designer et de théoriciens du design, les objets de demain seront multifonctionnels (grosses réduction du nombre d’objet en somme)

    Le design minimaliste est effectivement à la mode, à l’avenir, les matériaux intelligents (textiles, bétons, composites etc…) permettront aux designers de créer des objets intelligents, qui s’adaptent au milieu sans intervention humaine…

    L’esthétique logique qui accompagne ce mouvement et donc le minimalisme, inutile de placer une multitude de boutons et écrans sur un objet quand une caresse suffit à le rendre actif ou inactif…

  2. Une piste qui mérite réflexion, la mode web2.0 ne pourra pas durer toujours, de toutes façons 🙂

    Cela dit, il me semble que cette radio (ou plutôt l’équivalent web qu’on pourrait imaginer en parallèle) relève de l’erreur d’influence, quand on cherche à « faire comme » plutôt qu’à « saisir l’essence » (ou « saisir l’idée », pour faire moins métaphysique).

    Nous sommes visiblement en présence d’une réalisation qui à trop appuyé le trait.

  3. Il y a deux minimalisme mélés ici :

    – Minimalisme fonctionnel

    – Minimalisme esthétique

    Ensuite, le but semble de « cacher » la radio (HiddenRadio).

    Cacher le produit a un impact sur les fonctions. Une des bonnes pratiques ergonomique est de rendre les fonctions visible…

  4. Exact ! La joie et les miracles du marketing on installé ça.

    On s’imagine souvent que ce qui est minimaliste est simple tout comme on s’imagine que ce qui est beau est le fruit d’un bon design. La beauté étant déjà tout relative…

    Hors le design organise l’utilisation. Il est au service de l’usage. Si l’usage est « d’être beau », le design est réussi, si l’esthétique gène l’usage, le design est raté.

    D’ailleurs souvent on assimile esthétique et design ce qui est un non sens. Le design est une pratique, un processus, et non un style ou une apparence.

    Quelque chose peut être complexe tout en étant le fruit d’un bon design. Sa complexité n’est alors apparente que pour qui n’a pas encore saisi la nature des fonctions de cet objet. Si le design est réussi cette complexité doit s’estomper au fur et à mesure qu’on identifie l’usage de l’objet. Si ses fonctions sont clairement compréhensibles et utilisables, c’est un bon design quelque soit son apparence ou son esthétique.

    Celà dit je vois souvent des objets dont le design ou l’esthétique ne répondent à aucune des règles qui devraient diriger leur conception.

    Je vois aussi des objets communément admis comme étant d’un design réussi mais dont l’esthétique est devenu l’enjeu principal de ce design.

    Bref, ces objets répondent également à un contexte de commande avec avant tou une fonction commerciale pour le commanditaire… L’utilisateur arrive après.

  5. C’est pas bête tout ça. ^^

    Pour Google Chrome, j’suis dans la 2ème catégorie au passage. =D

    Mais après tout, chacun ses goût. 😉

    Et les goûts et les couleurs ne se discutent pas…

  6. Faire simple est terriblement compliqué, comme dit l’adage…

    Dans le cas d’Apple, la simplicité est rendue possible par une technologie parfaitement maîtrisée (écran tactile de l’iphone).

    Les questions soulevées (zapping, changement involontaire, mémoire) peuvent être résolues grâce à la qualité technique du Tuner. J’ai moi-même une radio Tivoli sans mémoire et à molette: ce n’est pas du tout dérangeant. La molette est à la fois douce et précise: on retrouve facilement les chaînes.

    On ne pourra donc répondre aux questions qu’en utilisant la radio!

  7. « Moralité : le minimalisme est peut-être l’ami du designer, pas forcément celui de l’utilisateur. »
    C’est pour ça que ce genre d’objet n’est généralement qu’en édition limitée : seul les utilisateur conquis et qui aime le minimalisme achète ce genre d’objet !

  8. Quand on voit des produits ou interface conçus par des pur-techniciens (voir windows mobile par exemple) ou par des pur-designers (voir la radio ci-dessus) il y a peut être la voie pour un métier en devenir un « ergonomiste »… je pense que c’est peut être même le métier du futur sur le web, ne soyez pas développeur ou designer mais devenez ergonomiste

  9. « il y a peut être la voie pour un métier en devenir un “ergonomiste”… »

    C’est le métier de frontend developer 🙂

  10. Et puis tout dépend de l’utilisation qu’on en fait. Bon le parallèle ne vaut plus pour chrome, mais une radio comme ça, c’est franchement « classe ».

    Mais ce sera effectivement toujours l’éternelle question : pratique ou beau. Bon ok, par éternelle…

  11. @fx et @Eric

    Sans vouloir chipoter ou jouer les monsieur-je-sais-troll 🙂

    User Experience Designer est probablement le métier que cherche à nommer fx…

    Attention, l’ergonomie de son côté est une discipline en théorie « non créative », dans le sens où elle est l’application des connaissances scientifiques relatives à l’humain pour adapter les dispositifs.

    L’ergonomie vise généralement à s’assurer de :

    L’efficience
    La simplicité
    La satisfaction d’usage

    et se base sur des taches à accomplir plutôt que sur une « experience » globale dans lequel plonger l’utilisateur.

    http://uxdesign.com/about-user.....at-is-ux/4
    « UX Design also puts special emphasis on the human side of human-computer interaction, and its affective results, rather than on the mere usability—the human performance aspect—of computer interface design, which traditionally relates to the field of ergonomics. »

    De son côté, l’UX Designer peut donc — tout en prenant en compte les contraintes ergonomiques — vouloir retenir son utilisateur le plus longtemps possible, le guider le long de certains chemin, et pourquoi pas le surprendre à certains moment.

    L’ergonomie peut dire après coup que l’effet « genie » d’iconification sur mac rempli les critères de focalisation, de feedback, etc.

    Mais un ergonome au sens classique ne design pas un effet genie !!!

    Cela dit il faut admettre que l’ergonomie se teinte de plus en plus de design d’experience utilisateur — sans que cela soit toujours bien explicité, d’ailleurs. Et tout particulièrement dans l’ergonomie web.

    (désolé pour la longueur… j’en ferais un post à l’occasion 🙂

  12. Cela me rappelle le « cadeau » Google d’il y a 4 ans: une radio en forme de cube qui s’allume juste en la tournant sur un des cotés du cube.

  13. « La perfection est atteinte non quand il ne reste rien à ajouter, mais quand il ne reste rien à enlever. » Saint-Exupéry
    Mais au nom d’une certaine esthétique, certains enlève effectivement de trop !

  14. Attention ,je trouve que cette conclusion est un petit peu centré sur un seul univers d’utilisateurs : nous, c’est à dire les « geeks du web »…
    Il faut arrêter un peu de se regarder le nombril (je ne parle pas de toi Eric mais de nous tous 🙂 ).
    Nous ne sommes qu’une minorité dans les NTIC. Il faut penser au « grand public ».
    On a la fâcheuse habitude, quand sort une nouvelle application, de l’analyser pour nous…
    Et je ne pense pas que ceux qui adoptent Chrome sont forcement des passionnés de google… La simplicité reste le credo de l’internaute moyen. Pour l’avoir vu dans de nombreux tests de sites je peux vous dire que ce n’est pas prêt de changer…
    Si nous avons besoin, en tant que passionnés du web, d’une multitude d’outils que l’on peut trouver dans firefox; les autres internautes s’en tapent totalement.
    J’ai justement fait testé chrome à plusieurs personnes de ce type : ils l’ont adopté très rapidement et on même critiquer le manque de communication auprès du grand public…
    Rester 2 points négatifs dans chrome :
    – IE est le navigateur par défaut sur un pc… Les gens ne savent pas changer de navigateur…
    – Les internautes vont mettre beaucoup de temps à comprendre le principe de la recherche dans la barre d’url.
    J’ai justement fait un petit article à ce sujet si ça vous intéresse (on ne sait jamais…)

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