10 sites d’information : l’invasion des pure players

La presse écrite ne se porte pas très bien, et après quelques années de tâtonnements et d’hésitation, investit massivement le web à la recherche d’un second souffle. Les sites web des grands titres et médias traditionnels ont fortement évolué au cours de ces trois dernières années, en s’inspirant des meilleures pratiques du web 2.0, s’ouvrant

La presse écrite ne se porte pas très bien, et après quelques années de tâtonnements et d’hésitation, investit massivement le web à la recherche d’un second souffle.

Les sites web des grands titres et médias traditionnels ont fortement évolué au cours de ces trois dernières années, en s’inspirant des meilleures pratiques du web 2.0, s’ouvrant par exemple aux commentaires des lecteurs (sans pour autant avoir encore pris la bonne habitude d’y répondre, chaque chose en son temps, ne soyons pas trop exigeants…).

Puis, s’apercevant qu’éditer simplement un site web qui n’était « que » la version internet de leur titre ne suffisait pas, certains se sont lancés dans l’aventure d’un « nouveau média », sous la forme d’un site indépendant : un pure player de l’information, version collaborative, ou pas. C’est le cas du Post.fr, sorte de laboratoire à idées du Monde, qui reste cependant pour le moment un cas à part.

Mais, rendons à César ce qui lui appartient, tout a réellement commencé avec Agoravox, qui inaugurera donc ce tour d’horizon des sites d’information.

1. Agoravox

Lancé par Carlos Revelli et Joël de Rosnay en mars 2005, Agoravox est l’un des pionniers du journalisme citoyen. Inspiré au départ du modèle coréen OhmyNews, Agoravox ressemble à une grande fourmilière ou l’information et les éditoriaux fusent de toutes parts. La maquette du site, qui vient juste d’être modifiée, reste toujours très dense, d’aucuns diront confuse. La ligne éditoriale, très politique, est un mélange de faits d’actualité et d’opinions et débats, souvent suivis de nombreux commentaires. Un système d’évaluation par vote des articles permet au lecteur d’en évaluer l’intérêt (ou du moins le succès) d’un coup d’œil à l’aide d’une jauge rouge/verte située en haut de page. Il faut être inscrit pour voter, et bien sûr pour proposer un article à la publication.

2. Rue89

Fondé en mai 2007 par Pierre Haski et d’autres anciens de Libération, Rue89 est un site d’information et de débat participatif dont la devise est « l’info à 3 voix » : journalistes, experts, internautes. Rue89 s’est rapidement fait une place de choix sur le web grâce à quelques bons scoops, mais aussi à une couverture médiatique importante lors de son lancement, probablement dûe à l’entregent de ses fondateurs dans les grandes rédactions (Pierre Haski a par exemple été chroniqueur sur Europe 1 en 2007/2008 à une heure de grande écoute, ses éditoriaux étant signés « rue89.com ». Ca doit aider un peu). Aussi très politique, Rue89 propose une maquette qui se rapproche davantage de celle d’un blog, avec une colonne centrale qui déroule l’info à la manière de billets chapeautés de titres choc en gros caractères. Rue89 pratique l’info collaborative à sa façon : ici pas d’espace rédacteur, mais un simple formulaire de contact si vous voulez proposer un article, une photo ou une vidéo.

3. Le Post

Lancé le 9 septembre 2007 à l’initiative du Monde Interactif et de Lagardère, et dirigé par Benoît Raphaël, Le Post est un peu le laboratoire « nouveaux médias » du groupe. Que l’on apprécie ou pas sa ligne éditoriale faite de gros titres et de sujets que ne renierait pas la presse people, voire trash, mais aussi de scoops ou d’articles plus fouillés, le succès du Post est incontestable. Succès en termes d’audience tout d’abord, puisque le site attire plus de 7,5 millions de visiteurs uniques par mois selon l’OJD, mais également en termes de réalisation : sur Le Post, tout le monde peut ouvrir un compte et publier instantanément, et les « meilleurs » scoops passent en une selon plusieurs critères, selon que vous êtes rédacteur invité, vérifié, ou membre de la rédaction. Selon Benoît Raphaël, le post est construit « comme une radio car la radio est sans doute le média qui se rapproche le plus de la dynamique de conversation du web2.0 et de la dimension « live » du Net. »

4. Mediapart

Fondé en octobre 2007 par Edwy Plenel et d’autres actionnaires, Mediapart est un journal d’information numérique indépendant et participatif. Lancé en grandes pompes à l’aide de slogans dont la modestie n’était certainement pas la caractéristique la plus marquante (« le projet MediaPart se veut l’invention d’une réponse en forme d’espoir (…) Et s’il est vrai que les journaux sont la voix d’une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. »), Mediapart se veut indépendant et refuse donc toute forme de publicité. Son modèle économique, outre une belle mise de départ au capital, repose donc sur un accès payant. Si l’accès à la page d’accueil est gratuit, le reste du site est disponible moyennant un abonnement de 5 à 15 euros par mois selon votre profil. Un pari osé au royaume du tout gratuit…

5. Bakchich

Le « vilain canard » selon l’excellent titre de Libération, Bakchich est un cas un peu à part dans ce panorama puisqu’il est d’abord un site satirique à la façon d’un Canard Enchaîné version web. Fondé en mai 2006 par trois journalistes, Bakchich propose un modèle économique mixte : une large partie de ses papiers sont en accès gratuits, mais son Hebdo paraissant tous les vendredis et ses offs en accès payant sur abonnement (35 euros par an).

6. Slate

L’un des derniers arrivants dans le peti monde déjà encombré des pure players, Slate.fr, version française adaptée de son grand frère américain Slate.com, un magazine en ligne fondé dès les débuts du web en 1996 avec le soutien financier de Microsoft et racheté depuis par le Washington Post, et dont il pourra reprendre une partie des contenus, est “un site dédié à l’analyse de l’actualité, avec une forte plus-value éditoriale”, selon Jean-Marie Colombani, l’un de ses fondateurs (ex patron du Monde). Slate n’est pas un site collaboratif mais un « nouveau média traditionnel » avec une équipe de journalistes qui devrait s’étoffer si le succès et l’audience arrivent. La maquette a été modifiée depuis son lancement début février 2009.

7. Arrêt sur images (@SI)

Quand Daniel Schneidermann s’est fait virer de La Cinquième, puis du Monde, il s’en trouva fort marri, lui qui pensait que les journalistes impertinents (mais institutionnels) étaient éternels. Le concept de l’émission de télé a donc survécu en se muant en nouveau média, c’est à dire en site web, lancé fin 2007. Si « la vocation d’@rrêt sur images est la réflexion critique sur les médias », @SI couvre des sujets plus larges que son ancêtre télévisuel. Le site propose une maquette agréable et aérée exempte de publicité puisque, à l’instar de son concurrent direct, Mediapart, il a fait le pari du financement par abonnement, avec ici aussi des tarifs adaptés à la situation des lecteurs, entre 12 et 30 euros par an, la page d’accueil gratuite faisant seulement office de teasing.

8. e24

Une maquette très « broadcast » ou site d’infos à l’américaine, de la news au kilomètre, une ligne éditoriale ciblée sur l’économie, et 16 journalistes qui font tourner le bazar, qui appartient au réseau 20minutes.fr, détenu par le Schibsted. Lancé sans bruit en octobre 2008, e24 vient marcher un peu sur les plate-bandes de Eco89, le petit dernier, version Economie de Rue89, parce-que l’éco c’est aussi de la politique.

9. aaaliens

Premier avatar francophone connu à ce jour de cette discipline née avec le web et post digg-like nommée journalisme de liens, aaaliens est constitué d’une fédération de blogueurs, journalistes ou pas, souhaitant  partager leur veilles et leurs recommandations. Construit comme un blog collaboratif (le site tourne sous WordPress), aaaliens est ouvert à toutes les contributions : les participants postent les liens vers les articles qu’ils apprécient sur le web, en les accompagnant de leur propre éditorial, ou d’un simple extrait. Aaaliens couvre tous les sujets, et n’utilise apparemment pas de système d’évaluation des liens ni de votes à la manière d’un digg-like. Un excellent outil de veille avec de nombreux contributeurs de qualité.

10. Owni

Le petit dernier, encore tout chaud sorti des presses, Owni se définit comme un média social “pure player” publié sous licence Creative Commons, né en France lors de la bataille contre Hadopi. Selon ses auteurs, « Owni est un hub open-source de blogs, une plate-forme de linkblog, de linkTV et de linkRadio collaborative ainsi qu’un réseau social, adossé à un webzine engagé pour les libertés numériques. » Waow ! Tournant aussi avec WordPress (version MU), Owni vient d’être lancé par Fabrice Epelboin et Nicolas Voisin. Fabrice n’est pas tout à fait un inconnu puisqu’il édite avec brio la version française de ReadWrite Web, dans laquelle il se sentait légèrement à l’étroit en regard de son engagement fort pour la neutralité du web, comme il l’explique dans cette sorte de profession de foi, sur son blog. A suivre de très près. Je ne sais pas vous, mais moi j’aime déjà Owni.

Il y aura encore beaucoup à dire sur ces nouveaux médias, qui continuent eux-mêmes encore à se chercher et s’inventer (et qui cherchent surtout comment se financer et devenir rentables), mais qui dessinent déjà la convergence médias/web de demain. Dans un prochain billet nous étudierons plus particulièrement leurs points communs, leurs différences, et les modèles économiques permettant de financer des structures souvent lourdes et coûteuses en personnel.


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47 commentaires

  1. Excellent billet.

    Je suis pressé de voir ce qui va finalement le mieux marcher: le modele Mediapart ou lepost.

    Je pense que le design est important aussi, c’est con mais par exemple mediapart parait tout de suite plus sérieux que lepost.
    Le modele payant va aussi dans ce sens je pense (d’avoir l’air serieux).

  2. En dehors des 4 premiers, les autres m’étaient encore tous inconnus ^^

    La méthode de rémunération de Bakchich me parait en tout cas la plus intéressante pour ses médias du web. Faire payer à l’article ne serait possible que si tous les journaux s’y mettaient, surtout quand on voit la quantité de liens offerts pour chaque évènement par Google…

    J’aime bien la présence de « Tops » distincts (Nos Tops/Vos Tops) sur Aaaliens 😉

    En tout cas, j’ai beau aimer le Web, espérons tout de même que la presse écrite saura se relever… car quoi de meilleur que de lire son journal avec un café/croissant chaud ? 😛

  3. toujours intéressant, quand on veut varier ses sources d’informations (ce qui est toujours une bonne chose)

    ps : la puce 2. est présente deux fois :p

  4. Une remarque sur la forme : ta numérotation des acteurs PurePlayera connu un raté…

    Sur le fond : très intéressant, merci pour les pistes 🙂

  5. dans le prolongement de cet article et pour information, je lance une expérimentation dans le domaine du journalisme de lien comme précise Eric. Il s’agit d’un nouveau site (http://www.neventi.com/) qui reprend les avantages des sites comme les « digg-like », micro-blogging et autres aggrégateurs de news. Vous trouverez plus d’info içi http://tinyurl.com/onohko
    Tous vos commentaires sont les bienvenus(lionel@crowdspirit.com)

  6. Je ne vais que (peu souvent) sur Rue89. Je lis les quotidiens gratuits le matin puis j’approfondis, si un sujet m’intéresse/m’interpelle, sur le Net (mais souvent le Monde).

  7. Tiens, c’est rigolo d’être passé de « sites d’infos collaboratives » à « pure players ». Et de classer ensemble les professionnels de l’info et le pur collaboratif.
    … mais pas inintéressant, parce que ça illustre une vraie question: le lecteur ne fait pas forcément la différence entre l’information faite par des journalistes et celle faite par des non-professionnels de l’info.

  8. Au nom de mes camarades extra-terrestres, merci pour les encouragements à propos d’Owni.
    La soucoupe est ouverte aux contributions pertinentes (appel du pied, Eric) !

  9. Bravo pour ce tour d’horizon à mon sens assez complet et précis. Bravo pour avoir rendu à Cesar…. C’est assez rare en effet qu’on s’en souvienne et 2005 est très loin…

    Mais pas bravo pour le S de Carlos! 😉

  10. Bonjour, juste une précision à ce panorama complet (même si en effet, il manque Causeur.fr), concernant Mediapart: l’accès est pour moitié payant, mais toutes les contributions du « club » (les blogs, tribunes et éditions participatives tenus par les abonnés, quels qu’ils soient) sont en accès libre (http://www.mediapart.fr/club).
    Enfin, il est possible de tester Mediapart pendant deux semaines: http://www.mediapart.fr/testez-nous

    Bien à vous et désolé pour cette intervention mi « trollesque » mi autoupromo

  11. Petite remarque d’ordre général:

    « La presse écrite ne se porte pas très bien, et après quelques années de tâtonnements et d’hésitation, investit massivement le web à la recherche d’un second souffle. »

    Certes. Mais la presse écrite ne retrouvera ce second souffle que si et seulement si elle trouve le moyen de provoquer une hausse qualitative du contenu des articles. Sans quoi, je le lirai même plus les gratuits… (d’ailleurs, je lis de plus en plus la presse étrangère)

  12. Heu…désolé de me glisser entre deux post sur cet article fort intéressant, mais c’est pour remercier tout d’abord Rouli pour sa question concernant l’auteur des illustrations… (merci de susciter un intérêt particulier pour le côté graphique…c’est rare !! 🙂 et aussi en profiter pour remercier Nicolas de d’avoir cité mon humble personne………Loguy Nico…pas Logui… 🙂

  13. Bakchich est mon préféré, moins touffu dés la page d’accueil et beaucoup moins « joli » d’aspect mais Bakchich offre des articles très intéressants. Merci pour ce billet 😉

  14. Bonjour,

    Bravo pour votre billet et la qualité de votre information !

    Je me permets simplement de revenir sur un détail quant à la fréquentation certifiée OJD du site Lepost.fr, il s’agit de Visites Mensuelles et non de Visiteurs Uniques.

    Vous pouvez d’ailleurs retrouver tous les chiffres des sites certifiés sur http://www.ojd.com/engine/adhc.....8;cat=1784

    Bonne journée,
    Jean-Paul Dietsch

  15. Bon billet !
    He oui pas inintéressant de regrouper des sites qui agrègent des liens et des sites d’information.
    Il y a aussi un autre site d’information qui s’oriente vers une actu (à vocation internationale) ciblée engagement, actu politique, droits de l’homme, économie responsable, solidarité, développement durable. il est de la même « famille » que Slate (même président). http://www.youphil.com

  16. excellent billet très intéressant.
    Toutefois, vous parlez de Owni qui n’est pas très lisible comme site. Moi je voulais vous parler de NeRienLouper.fr qui est très récente et qui commence à s’imposer. En tout cas moi j’y vais souvent. Tout comme le post et Rue 89.

  17. Pingback: En quelle génération parlez vous ? « La Génération Y – Julien Pouget

  18. Bonjour,
    merci pour ce billet fort intéressant. J’aurai juste voulu savoir sur quoi vous êtes vous basé pour effectuer votre classement ? Est ce sur des chiffres d’audience ?
    Merci

  19. il y en a un qui monte fort en ce moment c’est http://www.come4news.com,qui se lance dans la rémunération des internautes … marre d’écrire pour l’enrichissement personnel de quelques uns 🙂 … d’ailleurs C4N a eu les honneurs de BFM … à écouter en page principal.

    A bientôt,
    Michaël.

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  23. Hello, deux mots pour réparer un oubli et préciser un point.

    L’oubli. En matière de « pure player » je rappelle que Terra eco (Terra Economica à l’époque) est né du web en… 2004, avec un modèle économique freemium déjà.

    La précision. Je trouve que les clichés ont la vie dure : nos amis (et camarades de jeu du SPILL) Bakchich et Rue 89 sont catégorisés « pure players » alors qu’ils éditent (éditait pour Bakchich) également un journal papier. Mediapart a publié 2 numéros spéciaux en kiosque. Arrêt sur image fait de l’auto-édition de livre(s).

    Que signifie encore l’expression pure player aujourd’hui ? Je pense en réalité qu’on devrait parler de « nouveaux éditeurs », qui tricotent leur modèle économique quelque part au croisement du gratuit et du payant et du web et du papier.

    Walter Bouvais (Terra eco)

  24. C’est vrai que Terra Eco est pas mal du tout et en plus porter sur l’environnement :-). En tout cas je ne connaissais pas Owni qui est très sympa niveau design et a l’air d’avoir de bon article. Est-ce que vous connaissez aussi Atlantico ?

  25. Je pense que le design est important aussi, c’est con mais par exemple mediapart parait tout de suite plus sérieux que lepost.
    Le modele payant va aussi dans ce sens je pense (d’avoir l’air serieux).

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