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12 millions d’automobilistes, remboursement de 58 % des péages : c’est quoi le dossier « Gargantua », qui s’attaque aux autoroutes françaises ?

Une action collective veut faire payer les géants autoroutiers en France.

Les sociétés autoroutières « engloutissent l’argent des usagers, illégalement », selon les avocats du cabinet Leguevaques, spécialisé dans les actions collectives interrogés par Le Parisien. C’est pour cela qu’ils ont choisi le surnom Gargantua pour leur dossier engagé contre ces entreprises en France. Il s’agit bien d’une référence au géant trop gourmand de l’écrivain Rabelais.

Après des années de critiques des clients et des politiques contre ces compagnies, le cabinet s’apprête donc à lancer des hostilités judiciaires. La plateforme MyLeo leur permettra de contester les tarifs pratiqués par ces entreprises devant le Conseil d’État.

Une action accessible jusqu’au 30 juin

Dans le détail, il s’agit d’une « action collective d’intérêt général ». Interrogé par nos confrères, maître Christophe Leguevaques, souligne à ce sujet :

Plusieurs institutions officielles ont souligné un écart préoccupant entre le prix payé par les usagers et le service rendu.

Le quotidien cite notamment deux rapports officiels rendus par le Sénat en 2020 qui a mentionné « une rentabilité hors norme » et un autre en 2021 de l’Inspection générale des finances (IGF) qui dénonce « une rentabilité très supérieure à l’attendu ». En dépit de ces textes qui tirent la sonnette d’alarme, l’État n’a jamais contesté les contrats de gestion des autoroutes signés en 2006 ni même tenté de les négocier.

C’est ce qui surprend Maud Perdriel-Vaissière, l’une des avocates du cabinet, qui explique au Parisien : « Nous offrons à la puissance publique ― qui n’en veut pas ! ― une opportunité de rééquilibrer les choses… »

D’après les calculs du cabinet, l’écart entre le prix payé et le service rendu représente parfois plusieurs centaines d’euros par an pour certains clients, voire des dizaines de milliers d’euros pour les entreprises qui font circuler plusieurs véhicules.

Dès lors, les citoyens comme les professionnels peuvent se joindre à cette action judiciaire collective qui est accessible jusqu’au 30 juin 2026. L’organisation demande une participation aux frais de 36 euros pour un particulier et 720 euros pour une entreprise. Selon nos confrères, le cabinet estime que les plaignants pourraient récupérer un remboursement de 30 à 58 % des sommes acquittées, depuis cinq ans.

Attention toutefois, les parties devront être abonnées au télépéage afin de disposer de données solides. Avec 12 millions d’abonnés en France, cela représente autant de personnes qui ont accès à l’historique de leurs déplacements et aux transactions réalisées.

50 centimes pour rouler 1,2 kilomètres

Lourdement mises en cause, les sociétés autoroutières ont réagi. Un dirigeant présenté comme le numéro 1 de l’une d’elles réplique ainsi :

L’opacité de nos coûts est un vieux fantasme, mais nos règles tarifaires sont rigoureuses et transparentes. Il s’agit d’une procédure complètement fantaisiste, menée par un avocat qui cherche de la visibilité et du business.

Le dossier n’en est qu’à ses débuts, et nul doute que la polémique n’est pas prête de s’estomper. Dans certaines régions françaises, des cas emblématiques ont défrayé la chronique. C’est le cas à L’Union près de Toulouse, où le maire, Marc Péré (Divers gauche), récemment réélu a pris en main ce dossier depuis des années.

Il revient sur un cas emblématique et assez aberrant de concession autoroutière :

L’Union accueille un tronçon de l’autoroute A68 qui permet d’atteindre la rocade toulousaine. Cet itinéraire de délestage permet en effet de gagner du temps par rapport à ceux des deux voies métropolitaines, mais il est facturé très cher, 50 centimes pour rouler 1,2 km sur voies rapides, soit plus de 41 centimes du kilomètre ! Pour certains de mes administrés, cela représente 1 euro par jour, 20 euros par mois, une vraie somme.

Il a donc décidé de jouer le rôle de relais auprès des citoyens de sa commune pour les encourager à rejoindre l’action collective. Et l’édile de conclure : « Nous devons dénoncer le scandale actuel et essayer de barrer la route à un renouvellement des concessions. »

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