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Un an après le rachat d’Affinity par Canva, les dessous d’un pari gagnant (et inattendu)

Leur mission commune de démocratiser le design est, pour le moment, réussie.

Il y a un an, Canva mettait la main sur Affinity. Une initiative qui a secoué le monde du design par son ampleur. Et force est de constater que ce choix fut payant pour les deux parties, malgré les grandes différences séparant encore les plateformes. Presse-citron a pu échanger avec Liam Fisher, responsable du marketing Pro Design chez Canva, pour dresser le bilan de cette opération stratégique.

Une nouvelle étape

Derrière ce rapprochement, se cachait une évidence : Canva et Affinity partagent depuis toujours une même ambition, celle de « démocratiser le design ». Si leurs approches diffèrent, leur mission reste alignée. Ainsi, Canva s’est d’abord imposée comme la plateforme de référence pour les non-designers : des outils simples, collaboratifs et accessibles, pensés pour différentes équipes.

Affinity, de son côté, s’adresse à un public plus pointu, avec une suite logicielle dédiée aux professionnels du graphisme, privilégiant la précision et la performance. « Canva et Affinity se trouvaient à deux extrémités du même spectre.  Mais nous avons toujours partagé l’idée qu’un bon outil de création devait être abordable, puissant, et mis entre toutes les mains », résume Liam Fisher

En acquérant Affinity, Canva a étendu sa portée et peut désormais répondre à l’ensemble des besoins créatifs, du simple visuel social à la mise en page éditoriale de haute volée. « L’acquisition a marqué une nouvelle étape dans notre mission : permettre à chacun, des novices aux designers professionnels, de créer facilement et avec impact », ajoute-t-il.

Ce rapprochement a aussi transformé le quotidien des équipes. Longtemps concentrée à Nottingham, la team Affinity travaille désormais avec des collaborateurs répartis en Australie, aux États-Unis ou ailleurs. « Le plus grand changement a été d’apprendre à fonctionner dans un environnement distribué, à l’échelle mondiale », confie le dirigeant. Sur le plan produit, les échanges se multiplient pour mieux faire dialoguer les deux univers. Affinity continue de miser sur la précision, Canva sur la collaboration.

Liam Fisher
Liam Fisher. © Canva

Deux approches sur l’IA

Et parmi les passerelles les plus prometteuses, figure bien évidemment l’intelligence artificielle (IA). Son intégration dans les outils de création n’est plus une tendance, c’est une révolution sur laquelle Canva a pris une longueur d’avance.

La plateforme mise depuis plusieurs années sur des fonctionnalités dopées à l’IA pour permettre aux non-professionnels de générer des visuels, de modifier des contenus ou encore de rédiger à grande vitesse. « L’intelligence artificielle permet à des équipes comme le marketing ou les RH de communiquer visuellement sans passer par un brief complexe », explique Liam Fisher. Un gain de temps considérable, mais aussi un pont tendu vers les équipes design, désormais libérées des allers-retours chronophages.

Chez Affinity, l’approche est plus mesurée. « Nous devons rester attentifs aux sensibilités d’un public professionnel, qui valorise la précision et le contrôle », souligne-t-il. Pas question donc de tout automatiser. L’introduction de l’IA se fait pas à pas, via des fonctionnalités de machine learning intégrées directement aux appareils. L’objectif : enrichir l’expérience utilisateur sans jamais altérer la qualité du geste créatif.

Et surtout, ne rien imposer. « Si quelqu’un pense que l’IA remplacera un designer, c’est qu’il sous-estime profondément ce métier », insiste Liam Fisher. Chez Affinity, l’IA est une option, pas une obligation. Elle peut assister, suggérer, fluidifier un processus. Mais c’est encore, et toujours, le regard du designer qui prime.

Le mot d’ordre : complémentarité

Contrairement à ce que certains avaient imaginé, le rachat d’Affinity ne s’est pas traduit par une fusion des deux plateformes. Et pour cause : leurs fondations technologiques sont trop différentes. Canva repose sur une interface Web, pensée pour la collaboration en ligne. Affinity, elle, fonctionne via des applications installées.

« Aujourd’hui, nous n’avons tout simplement pas la technologie pour faire fonctionner Affinity dans un navigateur », note Liam Fisher. Plutôt que de chercher à tout unifier, Canva préfère miser sur la complémentarité ; d’un côté, une plateforme intuitive utilisée par les équipes opérationnelles ; de l’autre, une suite professionnelle entre les mains des créatifs.

Ensemble, elles proposent une offre capable de couvrir tous les usages et tous les profils, du premier flyer d’une association au branding complet d’une grande entreprise. « Nos designers créent dans Affinity, puis utilisent Canva pour diffuser ou adapter les contenus à grande échelle au sein de l’entreprise ».

Canva Rachat Affinity
© Unsplash / Faizur Rehman

Servir tous les profils créatifs

Un an plus tard, le message reste donc clair : il n’est pas question de trahir l’ADN d’Affinity. « Ce rapprochement s’est fait parce que nous partageons les mêmes valeurs : accessibilité, exigence et simplicité », rappelle Liam Fisher. L’ambition n’est pas de lisser les différences, mais de mieux servir chaque profil créatif, sans en exclure aucun. En pratique, la complémentarité fonctionne, sans sacrifier l’identité de chacun. Et pour les professionnels, Affinity reste ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire un outil puissant, pensé par et pour des designers.

En parallèle, les discussions se poursuivent pour renforcer les connexions entre les deux univers. L’idée est de faire évoluer les deux outils de manière cohérente et complémentaire.

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