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Classement des chiens les plus intelligents : votre compagnon est-il présent ?

Derrière chaque race, un cerveau ; et des manières très différentes de réfléchir.

Il suffit parfois d’un regard entre un maître et son chien pour deviner le lien profond tissé entre eux. Mais ce lien, aussi affectif soit-il, repose aussi sur une alchimie cognitive. Certaines races semblent lire nos gestes comme des mots, d’autres sont plus autonomes, plus analytiques, ou plus têtues. L’intuition qu’ont de nombreux propriétaires ; celle que « leur chien a quelque chose de spécial » ; vient d’être confrontée à la méthode scientifique.

C’est en Finlande, sous la direction de Saara Junttila et de l’Université d’Helsinki, qu’une équipe a mené une vaste étude sur les capacités mentales des chiens. Publiée en 2022 dans la revue Scientific Reports, elle a analysé 1 002 individus au total, issus de treize races différentes, ainsi que quelques croisés pour la comparaison. Ces chiens ont été testés à travers dix épreuves standardisées. Au programme : reconnaissance de gestes humains, tests d’inhibition, résolution de problèmes spatiaaux, patience, adaptation. L’idée ? Comprendre si les différences qu’on observe dans la vie de tous les jours tiennent à la race… ou à tout autre chose.

Lire l’humain, résister à l’envie, s’adapter : des talents différents, selon les races

Certains chiens ne quittent pas leur maître des yeux, prêts à réagir au moindre geste. D’autres s’intéressent autant à la pièce, à l’odeur d’un sac ou au moindre mouvement aperçu au loin. Quand il s’agit de décrypter un signe, un pointage du doigt, ou une direction du regard, le Border Collie ressort en tête : concentré, précis, comme câblé pour lire l’espèce humaine.

Il n’est pas le seul, puisque le Berger belge malinois, utilisé dans des contextes exigeants (armée, services de secours, police), montrait lui aussi une grande vivacité, même s’il se laisse parfois emporter par l’excitation du moment.

Les Labradors et Golden Retrievers, eux, brillent par leur docilité, mais ce n’est pas à eux qu’il faudra demander de résoudre des énigmes trop compliquées. Ils s’en sortent très bien lorsqu’il s’agit d’interagir avec un humain : comprendre un regard, suivre un doigt pointé vers un objet, capter une intention. En revanche, dès qu’on leur demande de résoudre une situation sans indication humaine ; par exemple, contourner une barrière pour atteindre une friandise visible, mais inaccessible en ligne droite ; leur performance est souvent moins constante.

Le Berger des Shetland n’est pas le plus démonstratif au premier abord, mais son comportement dans certaines situations en dit long sur ses capacités mentales. Lors d’un test ; le cylindre transparent ; il a été confronté à une tâche plutôt complexe : une friandise est bien visible à l’intérieur du tube, mais pour l’atteindre, il fallait éviter d’aller tout droit et passer par les extrémités atteignables. Beaucoup de chiens ont foncé tête baissée vers ce qu’ils voiyaient, quitte à se cogner.

Lui, observe, analyse, puis agit. Il retient son envie immédiate d’attraper ce qui est à portée de vue et sait faire preuve de contrôle. Une inhibition comportementale, essentielle pour s’adapter à des situations nouvelles sans agir par simple automatisme.

Certains chiens n’attendent pas qu’on leur donne un indice ou un regard d’encouragement pour agir. C’est le cas du Hovawart ou du Chien d’eau espagnol, deux races moins dépendantes du contact humain dans leur mode de fonctionnement. Dans les tests, cela s’est traduit par une approche très directe et autonome des problèmes posés : ils n’ont pas cherché à « valider » leur stratégie auprès de l’expérimentateur, mais ont exploré, testé, contourné de leur propre chef.

Ce style cognitif, moins tourné vers l’interaction sociale, leur a permis de bien réussir, notamment dans les épreuves de résolution spatiale ou d’accès indirect à une récompense. On parle ici d’une intelligence plus individuelle, presque expérimentale, qui ne demande pas l’approbation pour s’exprimer.

Quant aux chiens croisés, souvent absents des études scientifiques pour des raisons de standardisation, ils ont montré dans cette recherche qu’ils méritent toute leur place dans l’analyse. Certains individus de ce groupe ont obtenu des scores très élevés dans les tâches évaluant la capacité d’adaptation et la résolution spontanée de problèmes.

Autrement dit, quand il s’agissait de s’adapter à une situation nouvelle sans indication extérieure, ou de modifier leur comportement après un échec, plusieurs de ces chiens ont tout de même très bien réagi. Cela confirme que la diversité génétique peut, elle aussi, produire des profils cognitifs solides et souples – même si leur performance est, comme le groupe lui-même, plus variable.

Ni classement, ni médaille : des cerveaux à part entière

Ce que montrent les résultats, c’est qu’il n’y a pas une seule manière d’être un chien « intelligent » et qu’il n’existe pas de profil mental universel qui vaudrait pour toutes les races. Chaque lignée a été conditionnée par les tâches qu’on lui a confiées au fil du temps : guider un troupeau, retrouver un gibier blessé, garder un territoire, ou simplement vivre aux côtés d’un humain sans mission particulière.

Ces rôles, choisis par les humains, ont influencé non seulement leur morphologie, mais aussi leur manière d’aborder les problèmes, d’apprendre, de se concentrer, de chercher de l’information (ou pas !). C’est ce qui fait qu’un Border Collie ne pense pas comme un Labrador, qu’un Malinois n’a pas les mêmes réflexes qu’un Chien d’eau espagnol. Chaque race a développé ses propres points forts cognitifs, en lien direct avec ce pour quoi elle a été sélectionnée.

Les chercheurs ont observé que les principales différences entre les races ne concernaient pas toutes les formes d’intelligence, mais certaines en particulier. Ce sont surtout dans les domaines de la cognition sociale (la capacité à comprendre les gestes ou les intentions humaines), du contrôle de soi (attendre, résister à une impulsion), et de la résolution physique de problèmes (trouver comment contourner un obstacle ou accéder à une récompense) que les écarts ont été les plus marqués entre les races.

En revanche, pour ce qui est de la mémoire ou du raisonnement logique pur, les performances étaient globalement homogènes. Aucune race ne dominait systématiquement sur ces aspects plus abstraits ou internes. Cela laisse penser que ces compétences-là sont moins influencées par l’héritage génétique d’une race que par d’autres facteurs : l’environnement dans lequel le chien a grandi, les stimulations qu’il a reçues, la manière dont il a été éduqué ou encouragé à explorer.

Vous l’aurez donc compris, cette étude n’avait pas pour vocation de distribuer de bons points. Il ne s’agissait pas non plus de déterminer LE chien le plus brillant, mais plutôt d’identifier et de reconnaître que chaque animal dispose d’un ensemble de compétences façonnées par les différents facteurs énoncés précédemment. Les chiens ont mille manières de nous montrer qu’ils sont futés et à la fin, ce qui compte réellement, ce n’est pas d’évaluer son compagnon à quatre pattes à l’aune d’une classification, mais de comprendre ses points forts. Pour un maître, c’est là que cela devient intéressant : ce n’est pas tant une question de classement que d’ajustement. Appréhender la réflexion de son chien, ce à quoi il réagit, ce qu’il contourne ou ce qu’il choisit d’ignorer : tout autant de comportements qui nous guident à orienter intelligemment son éducation et à mieux vivre avec lui.

  • Une étude finlandaise a évalué les aptitudes mentales de treize races de chiens à travers dix tests variés, révélant des profils cognitifs très différents d’une race à l’autre.
  • Certaines races se démarquent par leur compréhension fine des signaux humains, d’autres par leur autonomie ou leur capacité à gérer leurs impulsions.
  • L’intelligence canine ne se résume pas à un classement : elle s’exprime selon des logiques propres à chaque race, à chaque individu, et au lien qu’il entretient avec son environnement.

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