Six millions d’euros d’argent public partis en fumée auxquels il faudra ajouter 2 millions d’euros pour la destruction : la facture est salée. Les travaux de la centrale hydro-électrique de Sallanches sont officiellement terminés mais une décision de justice vient d’enterrer le projet.
Alors qu’elle aurait déjà dû commencer à produire de l’électricité, la turbine devra finalement être démolie pour une remise en état du site dans un délai de douze mois. C’est une victoire pour France Nature Environnement, l’association qui est à l’origine du recours. Le juge a estimé “que la micro-centrale, en entraînant une réduction du débit de l’eau de 50%, était préjudiciable pour la biodiversité. D’autant qu’elle est installée juste en amont d’une zone classée réservoir biologique”.
Une victoire pour les écologistes
Cette décision va à l’encontre de l’arrêté préfectoral qui avait autorisé le projet, et qui n’avait probablement pas tenu compte de l’article R. 214-109 du Code de l’Environnement, selon lequel “un ouvrage qui affecte substantiellement l’hydrologie des réservoirs biologiques constitue un obstacle à la continuité écologique”.
Soutenant le projet depuis 2004, le maire Georges Morand ne comprend pas la décision. “Il s’agit d’exploiter les eaux de la Sallanches pour produire de l’électricité locale et propre, l’étude d’impact prouve que la biodiversité n’est pas en danger, à partir de là, le préfet a pris ses responsabilités et nous a donné le feu vert” explique-il à nos confrères de France 3.
Par @fne_aura et @FNE_74 🥳
L’autorisation d’une centrale hydroélectrique sur la Sallanches est annulée ! Elle mettait en péril le bon état du cours d’eau et toute sa faune aquatique. Le seuil doit être démoli et la continuité écologique rétablie.👉 https://t.co/CZsHSG9y3P pic.twitter.com/V8eQsp9gLo— France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes (@fne_aura) December 6, 2022
Il ajoute “en 2020, le tribunal aussi nous a donné raison, et cette fois, on nous ordonne de remettre le site en l’état, c’est incompréhensible”. Le maire ne souhaite pas en rester là puisqu’il a a fait part de l’intention de la mairie de se concerter avec la préfecture afin de faire appel de la décision. Cette centrale hydro-électrique devait permettre d’alimenter en électricité 1 200 foyers, soit 20% de la population de la commune au pied de Megève.
La frustration est d’autant plus grande que Savoie est le premier département de France en terme de production hydroélectrique. Selon les chiffres partagés par France Bleue, on y trouverait pas moins de 50 centrales hydroélectriques et de nombreux barrages. Xavier Hervé, directeur environnement et territoire d’EDF Hydro Alpes, précise “la Savoie est le département en France qui a la plus grande capacité de production hydroélectrique, on produit 7 milliards de kilowatt/heure, […] soit l’équivalent de la consommation domestique de 3 millions d’habitants”.
Une décision mal comprise
Dans un reportage diffusé le 20 janvier 2023 sur TF1, le directeur de la régie de gaz et d’électricité de Sallanches François-Gaël Juret expliquait, dépité que “la commune s’engage à avoir 15 % de l’énergie consommée sur son territoire produite par des énergies vertes. Cette centrale s’inscrivait dans cette dynamique”.
Ce à quoi France Nature Environnement lui a répondu sur Twitter : “FNE est évidemment favorable au développement des EnR, mais pas n’importe comment. Qu’il s’agisse de l’éolien, du photovoltaïque ou de l’hydraulique, ce développement doit se faire dans le respect de la biodiversité. […] Chaque fois que des développeurs voudront passer en force et bafouer la loi, ils nous trouveront sur leur chemin”.
L’association précise par ailleurs que “la restauration et le maintien du bon état écologique des cours d’eau sont des obligations légales”. De son côté, l’édile se veut catégorique : “on fait de l’électricité avec de l’eau, on redonne de l’eau au torrent, on ne peut pas être plus vert”. Il s’oppose fermement à la décision du tribunal de Grenoble, ville dirigée par le maire EELV Éric Piolle, et ne compte pas. s’arrêter là.
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