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Les “cascades de sang” en Antarctique : le mystère enfin résolu par la science

Depuis plus d’un siècle, les scientifiques se demandent pourquoi l’eau qui coule du glacier Taylor, dans l’Antarctique oriental, a une couleur rouge sang. Une nouvelle étude, publiée fin mai dans la revue Astronomy and Space Science, apporte enfin la réponse : il s’agit de nanosphères de fer produites par des microbes ancestraux.

Le glacier Taylor est l’un des plus anciens et des plus isolés de la planète – à un millier de kilomètres au sud de la Nouvelle-Zélande. Il abrite un lac souterrain dont l’eau est restée coupée du monde extérieur pendant des millions d’années. Lorsque cette eau remonte à la surface, elle forme les “Blood Falls” (ou cascades de sang en français) qui contrastent avec le blanc immaculé de la glace environnante.

L’oxydation des nanosphères

Ces cascades ont été découvertes en 1911 lors d’une expédition britannique en Antarctique. À l’époque, les explorateurs pensaient qu’il s’agissait de dépôts d’oxyde de fer provenant de roches avoisinantes. Mais cette hypothèse a été remise en cause par des études ultérieures qui ont révélé que l’eau contenait des bactéries vivantes.

Pour comprendre l’origine de la couleur, une équipe de chercheurs a analysé des échantillons d’eau prélevés sur ces cascades. Ils ont utilisé de puissants microscopes électroniques pour observer la structure et la composition des particules présentes dans le liquide, explique un document de recherche publié en mai dernier dans Astronomy and Space Science et repéré par nos confrères de Ca m’intéresse.

Glacier Taylor Google Maps
© Google Maps

100 fois plus petites qu’un globule rouge humain

Ils ont ainsi découvert que l’eau contenait des nanosphères de fer, c’est-à-dire des particules très petites – 100x plus petites qu’un globule rouge humain – et riches en fer. Ces nanosphères s’oxydent au contact de l’air, ce qui leur donne une teinte rougeâtre.

“Dès que j’ai regardé les images au microscope, j’ai remarqué qu’il y avait ces petites nanosphères et qu’elles étaient riches en fer, et qu’elles contenaient de nombreux éléments différents en plus du fer – silicium, calcium, aluminium, sodium – et elles variaient toutes”, a déclaré Ken J. T. Livi, auteur de l’étude, dans le communiqué. Elles proviennent de microbes ancestraux présents dans les eaux de fonte du glacier.

Ces bactéries appartiennent à des souches très anciennes qui se sont adaptées à un environnement extrême : sans lumière, sans oxygène, avec une forte salinité et une basse température. Elles utilisent le fer comme source d’énergie et le transforment ensuite en nanosphères.

Pourquoi les scientifiques n’ont-ils pas identifié la raison de ces “Bloods Falls” plus tôt ? Selon Ken J. T. Livi, deux raisons peuvent expliquer cela. Tout d’abord, la taille des particules – qui sont très petites – mais aussi une erreur d’appréciation de la communauté. Les experts pensaient que la couleur de l’eau – rouge vif – était causée par des minéraux. Or, les nanosphères ne sont pas des minéraux explique-t-il : “Pour être un minéral, les atomes doivent être disposés dans une structure cristalline très spécifique. Ces nanosphères ne sont pas cristallines, de sorte que les méthodes utilisées auparavant pour examiner les solides ne les détectaient pas”.

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