L’intelligence artificielle (IA) s’invite désormais dans l’intimité des applications de rencontre, elle bouscule les codes de la séduction et force les plateformes à une course à l’armement technique. Et c’est une arme à double tranchant pour ces plateformes. Si la technologie peut aider à faire des rencontres plus facilement, elle permet aussi de créer des faux profils à la chaîne.
Pour happn, l’application française aux 180 millions d’utilisateurs, le défi est crucial. Car son ADN repose sur le « crossing » (retrouver les personnes croisées dans la rue), un concept clairement mis à mal quand le profil en face a été généré de toutes pièces. « Notre force, c’est d’être très ancré dans la vraie vie, à la différence des applications du marché qui vont être plus sur une rencontre en ligne », argumente Karima Ben Abdelmalek.
Un bouclier sécuritaire
Mais l’arrivée de l’IA crée une vague sans précédent, avec un risque accru de faux profils. « Notre risque, c’est que ça devienne plus facile, plus rapide et plus volumique de créer des profils IA », concède la dirigeante. Dans ce contexte, l’application a déployé un bouton de signalement spécifique. Objectif : nettoyer la base de données, mais aussi éduquer l’œil de l’utilisateur face à des profils parfois « trop lisses, trop beaux, trop parfaits ».
À noter que l’IA est utilisée comme instrument de modération depuis plusieurs années maintenant. Nuance, on ne parle pas ici d’IA générative : l’outil travaille en coulisses pour repérer ce que l’œil humain ne voit pas toujours. « Grâce à l’IA, on va pouvoir identifier des profils qui likent beaucoup trop souvent », explique l’ancienne juriste. De même, le mass-liking, c’est-à-dire le fait de liker des centaines de profils en une seconde, est considéré comme un signal d’alerte
La plateforme mise en outre sur l’empreinte numérique des photos pour empêcher les fraudeurs bannis de revenir sous une autre identité. Mais Karima Ben Abdelmalek veut aller plus loin en engageant sa communauté : « On essaye de faire de l’anticipation, de la prévention et de l’éducation en amont, parce qu’on sait que c’est un phénomène qui noie déjà les réseaux sociaux. Si on n’apprend pas de ce qui s’y passe, on risque d’arriver trop tard ».
happn compte aussi s’attaquer plus sérieusement au fléau des arnaques sentimentales. Dès le deuxième trimestre 2026, l’app va déployer une IA capable de détecter certains schémas des brouteurs. Le signal d’alarme ? Une demande trop rapide de basculer sur WhatsApp, par exemple. « Dès que vous donnez votre numéro, vous sortez de la zone de sécurité. Notre rôle est de dire : attention, restez ici, c’est là que vous êtes protégés », étaye la CEO.

L’IA, mais pas pour tout et n’importe quoi
Alors que certains géants américains du secteur commencent à tester des assistants conversationnels pour aider les utilisateurs timides à briser la glace, happn choisit de tracer une frontière très nette. Pour Karima Ben Abdelmalek, laisser un algorithme rédiger des messages de séduction à la place d’un humain est une fausse bonne idée qui mène droit à l’échec amoureux.
« Il y a quelqu’un qui va très bien s’exprimer dans une conversation grâce à l’IA, mais si ensuite vous allez boire un verre avec cette personne et que vous vous rendez compte qu’elle n’échange pas du tout de la même manière, le décalage va être terrible », prévient-elle. Dans un monde numérique de plus en plus poli par les algorithmes, la sincérité peut devenir un argument de différenciation. L’enjeu est de préserver la personnalité réelle, garante d’une rencontre réussie sur le long terme.
happn ne tire pas un trait sur l’IA pour autant. La plateforme cherche simplement à déplacer la technologie là où elle apporte une valeur ajoutée sans dénaturer l’échange, comme la logistique du premier rendez-vous. C’est la mission de la fonctionnalité « Perfect Date » : elle analyse les points communs et les centres d’intérêt partagés pour suggérer un lieu de rencontre concret.
Si deux utilisateurs partagent une passion pour l’art contemporain ou le crossfit, l’outil pourra proposer une exposition ou une salle de sport spécifique dans leur quartier commun. « C’est un vrai facilitateur parce qu’on ne pouvait pas le faire sans l’IA : ce serait beaucoup trop de travail de recenser tous les lieux où on peut sortir pour faire des rencontres », précise la dirigeante.
Selon elle, l’approche de happn prend tout son sens dans un Web saturé de contenus générés par IA et de deepfakes. « La confiance des utilisateurs est presque vitale. Si nous ne l’avons pas, c’est quand même notre modèle qui tombe à l’eau », conclut la dirigeante.
- Face à l’explosion des profils générés par IA, happn mise sur un bouton de signalement et une modération proactive pour protéger l’authenticité de ses « crossing ».
- La plateforme refuse d’intégrer l’IA dans les conversations pour éviter tout décalage déceptif lors du passage du virtuel au réel.
- L’intelligence artificielle est ici réorientée vers la sécurité et la logistique du premier rendez-vous, avec pour priorité absolue la préservation de la confiance des utilisateurs.
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