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J’ai testé les écouteurs Shokz OpenFit Pro : l’impossible pari enfin tenu ?

Je dois reconnaître une affection particulière pour Shokz (anciennement AfterShokz). Il y a un peu plus de dix ans, cette marque a eu l’audace d’imaginer que la musique pouvait s’écouter par les os plutôt que par les tympans. Fallait oser ! Avec OpenFit Pro, le constructeur fait des infidélités à la conduction osseuse pour la conduction aérienne — des petits haut-parleurs directionnels. Il promet, tenez-vous bien, de la réduction de bruit active (ANC) sur des écouteurs qui ne bouchent pas les oreilles !

Faire de la réduction de bruit sans isolation passive, c’est un peu comme essayer de climatiser une terrasse en plein mois d’août. L’idée est fascinante, mais la physique fait diablement douter du résultat. Shokz aurait-il réussi l’impossible ou son service marketing est-il un peu trop enthousiaste ? Après deux mois passés avec ces écouteurs pas comme les autres, voici ce que j’en pense.

Je découvre les Shokz OpenFit Pro

Un design qui divise, une ergonomie qui rassemble

Oubliez la discrétion des Huawei FreeClip ou le côté bijou des Bose Ultra Open Earbuds. Les Openfit Pro font dans le sérieux, dans le “tour d’oreille” assumé rappelant les années 2000. Heureusement, la finition s’avère irréprochable : le toucher est soyeux grâce au “Silicone Ultra-Doux 2.0” dont les écouteurs sont recouverts. Mine de rien, cela compte beaucoup, la peau du contour de l’oreille s’avérant très sensible.

Shokz Openfit Pro
© Marc Mitrani pour Presse-citron

Leur mise en place demande un peu de pratique. Je tâtonne au début, j’essaye de les visser, de les enfoncer : erreur. Le principe est justement qu’ils ne rentrent pas dans l’oreille. Le tour d’oreille, ou “dolphin arc” tel qu’il a été baptisé par ses concepteurs, vient se lover derrière le pavillon. Le module audio se pose délicatement devant le canal auditif. Une fois en place, le constat est sans appel : le confort est total.

Chaque écouteur pèse 12,3 g, soit bien plus que la moyenne de la catégorie. Mais la répartition des masses est telle qu’ils se font littéralement oublier. Je les ai portés quatre heures d’affilée sans ressentir la moindre gêne, ni même me rendre compte de leur présence. Mieux encore : l’arc de soutien est suffisamment fin pour cohabiter pacifiquement avec des branches de lunettes.

Côté maintien, c’est du béton. Qu’il s’agisse de se déplacer brusquement, de courir ou de sauter en l’air, rien ne bouge. Là où des AirPods glissent dès que la sueur pointe ses premières gouttelettes, les OpenFit Pro restent solidement en place. La certification IP55 assure qu’ils survivront à votre transpiration ou à une averse… mais il ne faut pas compter nager avec !

Si j’avais un petit reproche ergonomique, ce serait sûrement du côté du boitier que je trouve plutôt volumineux. Il ressemble à une sorte de galet aplati de près de 8 x 7 cm et d’une épaisseur dépassant 1,5 cm. Dans la poche d’un jean, il est presque impossible de l’oublier. Il est bien plus gros qu’un boîtier d’AirPods Pro. C’est malheureusement le prix à payer pour l’autonomie et le format tour d’oreille.

À l’heure où tout le monde ne jure que par le tactile capacitif — souvent capricieux quand on a les doigts moites ou qu’il pleut —, Shokz a la bonne idée de conserver de vrais boutons physiques. Ils sont situés sur le dessus de la partie batterie, derrière l’oreille. Ils émettent un vrai “clic”, net et précis : pas de faux contact accidentel, pas de commande fantôme. Les combinaisons sont classiques (un clic pour lecture/pause, deux pour suivant, etc.) et personnalisables via l’app compagnon.

Des basses qui claquent

L’audio “Open Ear” traîne une réputation justifiée de manque de corps. Sans l’effet de scellement du canal auditif, les basses fréquences s’évaporent dans la nature avant d’atteindre le tympan. Pourtant, dès les premières mesures de Billie Jean de Michael Jackson, j’ai été bluffé. Shokz utilise une technologie baptisée “DirectPitch” couplée à des transducteurs dynamiques de 18×11 mm personnalisés.

Le résultat est impressionnant pour un format ouvert. Les basses sont là. Pas des basses abyssales qui font vibrer la mâchoire comme sur un casque Sony WH-1000XM5, mais des basses percutantes et définies. Elles donnent un véritable relief à la musique.

Shokz Openfit Pro
© Marc Mitrani pour Presse-citron

Sur des productions plus riches, comme Money de Pink Floyd, la scène sonore s’avère très large et aérée. C’est le gros point fort du format ouvert : la musique ne joue pas “dans” votre tête, mais autour de vous. Dans la rue, j’ai l’impression d’être suivi par des enceintes plutôt que de porter des écouteurs. Les médiums sont clairs, les voix se détachent parfaitement, ce qui en fait un excellent outil pour les podcasts ou les livres audio.

J’ai poussé le volume pour tester la distorsion et la fuite sonore. Jusqu’à 70%, le son reste propre. Au-delà, les aigus deviennent un peu agressifs. A volume moyen dans un open space, vos voisins entendront un léger chuchotement, mais ne pourront pas distinguer les paroles de votre playlist inavouable des années 2000. Dans les transports, c’est inaudible pour les autres.

Le support du Dolby Atmos apporte une spatialisation amusante pour les films, mais cela reste à mon avis un gadget sur ce type de produit. Le comportement des OpenFit Pro en appel téléphonique est une heureuse surprise. Grâce au beamforming et à une dose d’IA, le résultat est très bon. Mes interlocuteurs m’ont entendu clairement, même alors que je marchais sur un boulevard venteux. L’algorithme isole bien la voix et coupe efficacement les bruits parasites, même s’il rend parfois la voix un peu “métallique”. Pour des réunions Teams ou des coups de fil rapides, c’est un grand oui.

Une réduction de bruit très spécifique

Vient la promesse de l’ANC sur des écouteurs ouverts. Shokz utilise trois micros par écouteur pour analyser le bruit ambiant et envoyer une onde inverse pour l’annuler. Mais comment annuler une onde quand l’oreille est grande ouverte à l’environnement ? Si vous espérez le silence de cathédrale des Bose QC Ultra, passez votre chemin. Ce n’est pas le propos ici et ce n’est physiquement pas possible (pour l’instant).

Cependant, affirmer que le système est inopérant serait un mensonge. L’effet est subtil, certes, mais bien réel une fois qu’on tend l’oreille. Dans un bureau, par exemple, le ronronnement constant de la ventilation ou le bruit blanc s’effacent proprement. On ne peut pas en dire de même pour les fréquences plus hautes. Le cliquetis d’un clavier mécanique ou les discussions à la machine à café restent clairement perceptibles.

Dans la rue, le résultat est paradoxalement plus probant. Le grondement sourd du trafic se trouve atténué, rendant la promenade plus reposante sans pour autant me couper du monde. Pas de miracle en revanche dans le métro. Le brouhaha général est certes légèrement atténué, mais les grincements des roues sur les rails et les annonces sonores ne sont pas affectés.

Vous l’avez compris : les OpenFit Pro ne sont pas là afin de former une bulle de silence, mais fonctionnent plutôt comme des “adoucisseurs” de la réalité. Ils ciblent principalement les basses fréquences. Cette réduction sélective peut passer pour un gadget aux oreilles des plus exigeants. Elle représente un compromis intéressant entre les écouteurs isolants et les casques ouverts : la qualité du son est au rendez-vous et quelques bruits fatiguant sont atténués. Notez toutefois qu’un léger souffle se fait entendre quand l’ANC est active sans musique, ce qui peut agacer les oreilles les plus sensibles.

L’app compagnon fait le boulot

Les OpenFit Pro embarquent du Bluetooth 6.1. La connexion est d’une stabilité exemplaire. Le multipoint est de la partie, et il fonctionne à merveille. Connectés simultanément à mon smartphone et mon ordinateur la bascule entre le second vers le premier s’effectue automatiquement lorsque je reçois un appel.

L’app compagnon Shokz est propre, sans fioritures. Elle permet de jouer avec l’égaliseur (5 bandes), de personnaliser les boutons et de mettre à jour le firmware. C’est fonctionnel, ça ne plante pas. Dommage en revanche qu’il ne soit pas possible d’utiliser le même Shokz ID sur deux périphériques mobiles. Si je veux gérer les écouteurs sur ma tablette, je dois impérativement déconnecter mon compte de mon smartphone afin d’y arriver.

Autonomie : du simple au double

L’autonomie annoncée est de 12 heures d’écoute sans ANC. Cela se vérifie à peu près dans la vraie vie puisque j’ai tenu un peu plus de 11 heures en volume raisonnable (50 à 70%). Le boîtier permet de recharger le tout pour atteindre un total théorique de 50 heures.

Ce portrait idyllique se ternit dès que j’active la réduction de bruit. L’autonomie chute de moitié, tombant à environ 6 heures. Le traitement du signal en temps réel consomme de l’énergie, surtout en environnement ouvert. Cela reste globalement suffisant, même si cette dégringolade surprend lors des premières utilisations. Heureusement, la charge rapide s’avère efficace puisque 10 minutes dans le boîtier redonnent environ 2h30 à 3h d’écoute. Celui-ci est compatible avec la charge par induction.

L’avis de Presse-citron sur les Shokz OpenFit Pro

À la fin de cette période de test, mon avis est nuancé. Si vous recherchez une écoute impeccable et une isolation phonique totale, les OpenFit Pro ne sont pas faits pour vous. Mais si vous ne supportez plus d’avoir quelque chose dans le conduit auditif, pour courir en sécurité ou ne pas se couper de l’environnement (notamment au travail), ces écouteurs sont une réussite technique.

Shokz a réussi à gommer le manque de basse, principal défaut du format ouvert, tout en ajoutant une réduction de bruit. Bien sûr, elle n’est pas magique, mais apporte tout de même un confort supplémentaire non négligeable. Vendus 249 €, ils ne sont pas donnés : Shokz fait sûrement payer la R&D importante nécessaire à la mise en œuvre de ce concept actuellement sans concurrence directe.

Les OpenFit Pro ne sont pas parfaits, mais ils sont à mon avis les meilleurs de leur catégorie. Shokz ne vend pas du rêve, mais plutôt un compromis de luxe. Et ça fonctionne.

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Shokz OpenFit Pro

249 €
8.8

Design & ergonomie

9.5/10

Qualité audio

9.0/10

Autonomie & recharge

8.0/10

Rapport performances / prix

8.5/10

On aime

  • Confort absolu
  • Qualité sonore pour modèle ouvert
  • Stabilité à toute épreuve
  • Boutons physiques fiables
  • Multipoint efficace

On aime moins

  • Réduction de bruit anecdotique comparée aux intras
  • Chute de l'autonomie avec l'ANC activée
  • Prix élevé