Passer au contenu

Ces vieux ordinateurs de la NASA ont plus de 40 ans, mais ils équipent toujours des sondes en activité

Le matériel informatique le plus éloigné de la Terre est des milliers de fois de moins puissant que votre smartphone. En même temps, pourquoi changer du matos s’il est increvable ?

Tout le monde a les yeux braqués sur Artemis II depuis son décollage réussi le 1er avril, mais nous allons aujourd’hui porter le regard beaucoup plus loin dans l’espace, et près d’un demi-siècle en arrière. À l’autre bout du système solaire, à plus de 24 milliards de kilomètres de notre belle planète, deux rescapées de l’ère disco continuent de fendre le vide spatial comme si le temps n’avait pas de prise sur elles. Voyager 1 et Voyager 2, deux sondes que la NASA a lancées en 1977 : des miraculées qui tournent sur du matériel que n’importe quel ingénieur d’aujourd’hui qualifierait de préhistorique.

Voyager : les trompe-la-mort

À l’origine, Voyager 1 et 2 n’étaient pas censées tenir jusqu’en 2026 ; loin de là. On les a envoyées pour qu’elles fassent un grand tour du Système solaire afin de prendre des clichés de Saturne et de Jupiter. La mission devait durer seulement 5 ans, mais la NASA a conçu ces machines avec une robustesse telle qu’elles sont de véritables tanks. Presque 50 ans plus tard, elles ont franchi l’héliopause, sont entrées dans l’espace interstellaire et continuent de nous envoyer des cartes postales de l’infini alors que ce qui se cache sous leur capot est plus vintage qu’un 33 tours des Bee Gees.

Les deux sondes fonctionnent avec une ridicule mémoire combinée de 69,63 kilo-octets ; c’est moins qu’une vignette JPEG de mauvaise qualité. L’intégralité de leur système d’exploitation, leurs commandes de vol et la gestion de leurs instruments tiennent donc dans un espace de stockage inférieur à celui d’une icône sur votre bureau Windows.

Pour stocker les précieuses mesures scientifiques avant de les expédier vers la Terre, ces machines s’appuient encore sur des enregistreurs numériques à huit pistes, des espèces de magnétophones blindés à bande magnétique. Une fois la mémoire pleine, la sonde n’a pas d’autre choix que d’écraser ses anciennes données pour faire de la place aux nouvelles.

Les informations qu’elles recueillent encore traversent le vide interstellaire à un débit famélique de 160 bits/s. Même votre vieux modem 56 k du début des années 2000 et son bruit strident était déjà 350 fois plus rapide. En parlant d’informations, où vont-elles aujourd’hui ?

Pour les capter, la NASA utilise le Deep Space Network, un réseau mondial d’antennes géantes de 70 mètres de diamètre réparties entre la Californie, l’Espagne et l’Australie. Ce sont les seules capables de distinguer les données des sondes Voyager du bruit de fond électromagnétique de l’Univers. Une fois récupérées, elles atterrissent au bâtiment 230 du Jet Propulsion Laboratory (JPL), un lieu mythique que les ingénieurs surnomment encore « le cœur battant de l’entreprise ».

Pour maintenir le lien avec les sondes au sein du bâtiment 230, les ingénieurs utilisaient des ordinateurs Univac et IBM de la taille de réfrigérateurs américains (voir ci-dessous), d’énormes lecteurs de bandes magnétiques, des terminaux à écrans cathodiques et même des stocks de cartes perforées. Si la NASA a fini par moderniser ses serveurs pour traiter les paquets de données numériques arrivant du réseau d’antennes, la communication en amont, elle, est restée coincée dans les années 70.

Command Center Nasa
À gauche, une photo du centre de contrôle historique où les ingénieurs surveillaient l’épopée des sondes Voyager. À droite, le contraste est total : l’équipe d’Artemis II en pleine simulation d’évacuation d’urgence au Kennedy Space Center le 12 août 2024. © Gary Friedman/ YouTube (droite) ; NASA/ Kim Shiflett (gauche)

Oui, c’est rustique, très rustique même… mais ça marche, alors que voulez-vous ? La NASA n’a pas prévu d’abandonner Voyager 1 et 2 et elle estime probable qu’au cours de la seconde moitié de cette décennie, certains de leurs systèmes essentiels (dont le chauffage ou la communication radio à pleine puissance) ne puissent plus fonctionner. Sonnera alors le glas de cette épopée incroyable, lorsque le dernier souffle de chaleur de leur pile atomique s’éteindra pour de bon. Ce sera le début d’un bien triste deuil : elles auront été nos yeux les plus lointains, et finiront leur vie en épaves, filant vers des systèmes stellaires inconnus, qu’elles n’atteindront que dans des dizaines de milliers d’années, bien après que nous ne soyons plus là. Vous fûtes brillantes ; repos soldat !

  • Les sondes Voyager 1 et 2, lancées en 1977, continuent d’explorer l’espace interstellaire avec un matériel informatique obsolète.
  • Elles fonctionnent avec une mémoire combinée de seulement 69,63 kilo-octets et transmettent des données à un débit très faible.
  • Malgré leur âge, la NASA maintient ces sondes en activité, mais leur fin est inévitable dans les années à venir.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech