Avec la chute continue de leur ventes et le déplacement des annonceurs vers le web, les grands titres de la presse écrite cherchent un second souffle en essayant d’imaginer des modèles économiques viables. L’arrivée de l’iPad est vue par certains comme la planche (ou la tablette) de salut, et par d’autres comme un péril supplémentaire.

time ipad Exit le web : Time Magazine maintenant disponible uniquement en kiosque et sur iPad

Si la plupart des grands titres, français ou internationaux, s’adaptent en douceur et avec parfois un peu d’inertie à la nouvelle donne en proposant déjà une application iPad – plus ou moins réussie – certains prévoient des évolutions plus radicales de leur modèle d’affaires. C’est le cas notamment du New York Times, qui (re)deviendra intégralement payant sur le web à partir de 2011. Rupert Murdoch, le magnat australien des médias (mais qui sévit principalement aux USA) pousse le curseur un cran plus loin puisqu’il souhaite retirer son contenu de l’index de Google, qu’il considère comme responsable de tous les maux de la presse.

Time Magazine expérimente une autre voie : si le contenu de son site web reste accessible gratuitement, l’édition « magazine » du journal n’est depuis quelques jours plus accessible – même en payant – sur le web. De fait, maintenant pour pouvoir lire Time Magazine, il n’y a plus que deux possibilités : acheter l’édition papier en kiosque, ou la télécharger sur son iPad, au prix de 3,99 dollars le numéro (2,39 euros). Chaque article ne comporte plus qu’un extrait d’introduction chapeauté par la mention

« The following is an abridged version of an article that appears in the (date) print and iPad editions of TIME magazine »

et suivi de

« To read this article in its entirety, pick up a copy of TIME magazine at your local newsstand or download the TIME iPad app. Or, to have TIME magazine delivered to your door every week, subscribe ».

Ceux qui avaient pris l’habitude de lire le Time sur leur PC en seront pour leurs frais.

Un choix assez radical donc, voire risqué, mais probablement calculé : l’iPad se vend bien (3 millions d’exemplaires vendus en moins de trois mois) et on sait que la lecture de la presse constitue l’un de ses principaux usages. C’est donc une façon pour le Time de se positionner en anticipant un usage de masse des tablettes, et en forçant un la main à ses lecteurs, avec peut-être à l’horizon le projet de cesser à terme l’édition papier (ça c’est une extrapolation personnelle, je n’ai aucun élément qui puisse le confirmer). Une redistribution de son mix de diffusion et des sources de revenu.

Protéger ses contenus (pour mieux les vendre)

D’autre part, au-delà des motivations liées au chiffre d’affaires, Time entend probablement un peu mieux verrouiller et protéger ses contenus : difficile de faire du copier-coller à partir d’une édition papier (sauf en scannant) et carrément impossible avec un iPad (sauf en faisant une capture d’écran et en passant l’image fournie dans un logiciel de reconnaissance optique de caractères…). Ce qui pour certains constitue une tare congénitale d’Apple représente pour d’autres l’un des « avantages » de l’iPad du point de vue des éditeurs : le système fermé des applications garantit – comme pour la musique avec iTunes – aux éditeurs de contenu une relative protection de leur travail contre la reproduction illicite. Si tu veux lire il faut banquer, point.

Reste à savoir si – malgré la qualité de son application iPad – ce choix osé paiera à long terme ou si le pari de Time Magazine est perdu d’avance avec le risque devoir son plus ancien lectorat se détourner du titre au profit d’autres sources (s’il en reste de même qualité et gratuites, bien sûr…).

Cela étant, je ne sais pas si je suis représentatif d’une majorité, mais si tous les possesseurs d’iPad l’utilisent comme moi, je crois que les éditeurs de presse n’ont pas trop de souci à se faire : je n’ai jamais autant acheté et lu de journaux que depuis que j’ai l’iPad, sur lequel je redécouvre un plaisir de lecture que j’avais un peu oublié. Un plaisir décuplé par la qualité de l’écran et la facilité de téléchargement de mes titres préférés, où que je sois.

J’ai du mal à croire que je serais le seul dans ce cas.