L’actualité autour des grands incendies qui ravagent actuellement la Gironde est un rappel douloureux que l’Homme peut être impuissant face à la nature. En 2026, la technologie nous aide à lutter contre ce genre de drame, mais comment les sociétés antiques faisaient-elles pour combattre et prévenir les méga-feux ? Un exemple parfait s’impose : celui de la Rome antique.
Au cours de son histoire, Rome a plusieurs fois été victime d’incendies de grande ampleur. Pourtant, l’un d’eux surpasse tous les autres par sa durée, sa violence et ses conséquences : celui de 64. Comment les autorités ont-elles lutté contre cette catastrophe et quels enseignements en ont-elles tirés ? Remontons 2 000 ans dans le passé.
Le Grand Incendie de 64
En 64, Rome est la ville la plus peuplée du monde, avec environ 1 million d’habitants. Les conditions de vie y sont dures. Les habitants s’entassent dans des insulae (immeubles) collées les unes aux autres, tandis que les rues sont étroites et très fréquentées. Le 18 juillet 64, un incendie se déclare dans le quartier du Circus Maximus. Selon Tacite, les vents défavorables et la densité extrême de Rome favorisent sa propagation rapide. Pendant plus d’une semaine, la ville est ravagée par les flammes. Trois quartiers sur quatorze sont entièrement détruits, plusieurs autres sont sévèrement touchés et des milliers de personnes se retrouvent à la rue.
Rome n’est pas dépourvue de pompiers. Il existe en effet un équivalent antique, les vigiles, répartis en sept cohortes de 1000 hommes. La mission de cette force d’intervention, instaurée par Auguste en l’an 6, est de patrouiller dans les rues afin d’éteindre les départs de feu, d’assurer la sécurité civile et de lutter contre les incendies de grande ampleur. Ils sont évidemment largement mobilisés lors du drame de juillet 64. Leurs méthodes vont de l’utilisation de draps humides à la formation de chaînes humaines près des fontaines afin de faire circuler les seaux d’eau, en passant par l’utilisation de pompes à eau. Dans les cas extrêmes, comme pour l’incendie qui nous intéresse, ils ont pour mission de détruire certains bâtiments afin de contenir la propagation, exactement comme les zones coupe-feu aménagées aujourd’hui.
Après l’incendie, la prévention… mais aussi l’opportunisme de Néron
Tordons le cou à une idée reçue : Néron n’est pas à l’origine de l’incendie de 64. Cette rumeur tenace est née des récits de Tacite, qui suggère dès le départ une implication de l’empereur. Elle est ensuite alimentée par d’autres auteurs postérieurs, comme Dion Cassius ou Suétone. En réalité, le Prince n’est même pas à Rome lors de l’incendie, mais à Antium, à une cinquantaine de kilomètres de là. Revenu en urgence, il apporte même son aide, toujours selon Tacite, aux réfugiés en baissant le prix du blé, en accordant une aide financière issue de sa fortune personnelle et en ouvrant les jardins du Champ de Mars aux sans-abri.

Afin de prévenir tout autre incendie majeur, Néron impose également des règles d’urbanisme beaucoup plus strictes. Les rues doivent être élargies, les bâtiments mitoyens interdits, chaque insula doit être dotée d’un large portique en façade afin de faciliter la circulation des vigiles, les nouveaux immeubles doivent disposer d’une cour intérieure et être construits avec des matériaux moins inflammables, comme la pierre. Ces mesures d’urgence n’empêchent toutefois pas d’autres incendies de grande ampleur de ravager la ville, notamment en 80. Il faut dire que, dans une société où les habitants s’entassent dans des immeubles étroits et où les principales sources de lumière sont les lampes à huile, il est impossible de réduire le risque à zéro.
En parallèle de ces mesures, Néron commet une erreur politique majeure. Sur les décombres du centre de Rome, il fait construire un palais somptueux, la Domus Aurea. Ce palais est ensuite détruit par ses successeurs et son emplacement est utilisé pour édifier le Colisée une dizaine d’années plus tard. C’est cette manœuvre politique, opportuniste, maladroite et grossière, qui contribue à faire de Néron le coupable idéal de l’incendie de 64. Cette décision fragilise son principat. Il est ensuite désavoué par le Sénat et se suicide en 68.

Et en dehors des villes ?
L’exemple de l’incendie de Rome est le mieux documenté. Mais qu’en est-il des campagnes ? Les feux de forêt existent déjà, bien évidemment, mais nous manquons de sources. Pour la Gaule, on sait toutefois que le territoire est largement déboisé au début de notre ère avec la colonisation romaine. Les Romains ont recours à des feux volontaires pour défricher des terres destinées à l’agriculture. La déforestation n’est globalement pas une préoccupation pour les sociétés de l’époque, qui ont d’importants besoins en bois. Dimitri Tilloi-d’Ambrosi, dans son livre Vérités et légendes sur Rome, évoque par exemple l’utilisation d’environ dix tonnes de bois par jour rien que pour chauffer les thermes de Caracalla. Et des thermes, il y en a beaucoup dans les villes de l’Empire ! L’exploitation forestière, destinée au chauffage, à la cuisine, à l’artisanat et à la construction, est donc colossale.
Les Romains n’ont pas de conscience écologiste à proprement parler, mais certains auteurs, comme Ovide ou Pline l’Ancien, déplorent tout de même une dégradation de la nature. Il s’agit davantage d’une conception religieuse que véritablement écolo, l’harmonie entre l’homme et la Terre mère étant considérée comme rompue. Les Romains gèrent en réalité les forêts comme une ressource économique, à l’exception de quelques lieux préservés pour des raisons religieuses. Il n’existe donc pas de politique de protection de la nature ou de lutte contre les méga-feux comparable à celle mise en place dans les villes.
Pour aller plus loin :
- La Rome Antique, Vérités et Légendes, Dimitri Tilloi-d’Ambrosi
- 24 heures de la vie sous Néron, Dimitri Tilloi-d’Ambrosi
- La Plèbe, Nicolas Tran
- Une journée dans la Rome Antique, Alberto Angela
- Imperator, Mary Beard
- Histoire de la Rome Antique, Lucien Jerphagnon
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