Le marché des ordinateurs portables pourrait-il connaître une petite révolution en cette fin d’année 2026 ? Google tente (encore) une incursion sur ce segment avec un nouveau format : les Googlebook. L’idée ? Proposer une alternative aux PC et aux Mac avec des machines premium tournant sous Android. Nous avons pu tester l’un des premiers modèles du marché, le Googlebook 14 d’Asus.
Pendant une semaine, j’ai utilisé ce nouvel OS dans le cadre de mon travail. Si certains aspects m’ont séduit, d’autres m’empêchent encore d’être totalement convaincu. Retour d’expérience.

Mais c’est quoi, un Googlebook ?
Commençons par remettre les choses dans leur contexte. Qu’est-ce qu’un Googlebook, exactement ? Depuis quinze ans, Google est présent sur le marché des ordinateurs portables avec ses Chromebook. Malgré leurs tarifs séduisants, ces derniers n’ont jamais réellement réussi à s’imposer. La firme de Mountain View a donc décidé de revoir sa copie. Cette fois, la marque veut s’attaquer de front à Windows avec des ordinateurs premium. Adieu ChromeOS : les Googlebook embarquent une version adaptée d’Android. Ce système repose sur trois axes majeurs : une interface proche de celle de Windows pour faciliter la prise en main, une convergence avec les smartphones Android et leurs données, ainsi qu’une intégration poussée de l’IA avec Gemini.

Asus n’est pas le seul constructeur à se lancer sur ce segment. Acer, Lenovo, HP et Dell proposent également leur modèle. Ces machines reprennent le format traditionnel des PC portables, mais se distinguent par quelques particularités : un design soigné, une touche dédiée à Gemini, un écran tactile et surtout une Glow Bar. Située sur le capot, cette barre LED clignote lorsque l’IA travaille, s’allume au démarrage ou se remplit pendant la recharge. Un indicateur visuel qui permet de reconnaître immédiatement un Googlebook. Google impose également certaines exigences matérielles pour faire tourner son OS, notamment un processeur capable de délivrer 45 TOPS de puissance IA (MediaTek, Intel ou Qualcomm) et au moins 16 Go de RAM. Les machines embarquent aussi une puce de sécurité physique Titan C conçue par Google.

Les premiers Googlebook sont donc arrivés sur le marché. Reste à savoir s’ils constituent une véritable alternative aux PC Windows classiques. Pour me faire une idée, j’ai utilisé l’un d’eux pendant une semaine.
L’ordinateur proposé par Asus
Asus a soigné sa copie pour cette première incursion dans l’univers des Googlebook. Le Googlebook 14 est un produit haut de gamme vendu à partir de 1 300 euros. Son design est particulièrement réussi et l’ordinateur est agréable à manipuler. Nous avons notamment apprécié son châssis en ceraluminum, à la fois élégant, léger et doux sous nos gros doigts. On dirait presque de la pierre de lave. Le matériau résiste bien aux rayures, même si le capot a tendance à marquer facilement. Heureusement, un coup de chiffon suffit à effacer les traces. À l’arrière, la Glow Bar permet de l’identifier immédiatement comme un Googlebook. Impossible de le confondre avec un Zenbook, gamme qui arbore grosso-modo la même esthétique.

Asus a particulièrement travaillé la mobilité. Le Googlebook 14 ne pèse qu’un kilo tout rond et affiche une épaisseur de 10 mm. Nous l’avons transporté pendant une semaine dans notre sac à dos sans presque le sentir. Seul bémol : l’absence de pochette de protection, qu’il faudra acheter séparément. Malgré sa finesse, l’ordinateur dispose d’une connectique complète, avec deux ports USB-A, deux ports USB-C et un port HDMI. Pratique pour la vie de bureau.

Le clavier est également très réussi. La frappe est agréable, même si nous aurions apprécié un peu plus de résistance sous les doigts. Pas de pavé numérique : Asus a économisé l’espace pour les enceintes, placées de part et d’autre du clavier. Un choix judicieux, puisque le son est ainsi dirigé vers l’utilisateur. On trouve aussi un capteur d’empreintes digitales intégré au bouton d’alimentation, un atout supplémentaire pour la sécurité. Evidemment, il est rétroéclairé (blanc uniquement). Nous avons aussi particulièrement aimé le large trackpad réactif, doté d’un retour haptique appréciable.

Pour son ordinateur, Asus a choisi un processeur Intel Core Ultra 5 ou 7, selon les modèles. De quoi offrir une puissance suffisante pour travailler comme pour se divertir. Toutes les applications du Play Store fonctionnent correctement, y compris Photoshop et les jeux les plus gourmands. Pour l’instant, il s’agit toutefois de logiciels conçus pour l’univers mobile. Si les Googlebook séduisent les consommateurs, des applications plus exigeantes pourraient arriver et permettre de mieux exploiter la puissance du processeur.

L’autonomie est un enjeu majeur pour les ordinateurs portables actuels. Googlebook OS se veut peu énergivore et Asus l’accompagne d’une batterie de 70 Wh. Résultat : une excellente endurance, avec près de 15 heures d’utilisation dans le cadre d’un travail quotidien. Nous avons ainsi pu travailler deux jours d’affilée à la rédaction pour alimenter votre site préféré sans avoir à recharger l’ordinateur. La recharge est également très rapide : moins de 40 minutes suffisent pour refaire le plein.

Enfin, parlons de l’écran. Asus équipe son Googlebook 14 d’une dalle POLED de 14 pouces. Un gros travail a été réalisé sur la gestion des reflets avec son revêtement mat. Dehors comme sous les néons blafards de la rédaction, la lisibilité reste excellente. De quoi compenser la luminosité limitée de la dalle OLED. L’écran est également tactile, une caractéristique indispensable avec Googlebook OS, mais aussi très pratique au quotidien.

Asus signe donc une belle machine pour son premier Googlebook. Les finitions sont impeccables, l’ordinateur est agréable à utiliser et sa fiche technique est solide. Mais l’essentiel se joue ailleurs : dans son système d’exploitation. Le matériel est convaincant, mais qu’en est-il de l’expérience logicielle ?
Mon expérience avec Googlebook OS
J’ai utilisé le Googlebook 14 pendant une semaine, laissant mon PC portable au placard et emportant la machine d’Asus partout avec moi. L’expérience s’est révélée intéressante et pratique, mais elle ne m’a pas totalement convaincu. Googlebook OS fonctionne bien et regorge de bonnes idées, mais souffre encore de quelques erreurs de jeunesse particulièrement agaçantes.

La première chose qui saute aux yeux, c’est à quel point Googlebook OS s’inspire davantage de Windows que de ChromeOS dans son interface. Lorsqu’on a l’habitude d’utiliser le système d’exploitation de Microsoft (c’est mon cas), on se retrouve immédiatement en terrain connu. Ce n’est pas un hasard : c’est là que se trouve la majorité des utilisateurs. Les habitués de Windows qui ont déjà essayé macOS savent à quel point il peut être déroutant de perdre ses repères. On tâtonne et on peste face à des manipulations pourtant simples. Ce n’est pas nécessairement compliqué, mais nos habitudes sont chamboulées. Je n’ai pas rencontré ce problème avec Googlebook OS.

Le système permet d’installer toutes les applications disponibles sur le Play Store, que l’on retrouve dans un menu Démarrer. Sa grande particularité réside toutefois dans sa convergence avec les smartphones Android. Lorsque le téléphone se trouve à proximité, la connexion s’établit automatiquement, à condition d’utiliser le même compte Google et le même réseau Wi-Fi. En cliquant sur l’icône dédiée dans la barre des tâches, on accède aux applications installées sur son smartphone. Il suffit d’en lancer une pour qu’elle s’affiche comme si elle était installée sur l’ordinateur, et non dans un écran déporté comme cela peut être le cas sous Windows. A nous ensuite de la réduire au besoin, comme une app “normale”.

Cette convergence constitue un véritable atout. Pendant mon test, j’ai passé presque une semaine sans sortir mon téléphone. À quoi bon ? Les SMS s’affichent directement dans une bulle en haut à droite de l’écran, tout comme les conversations WhatsApp. Besoin de consulter mon fil X ou les données d’une application ? Je peux le faire directement depuis l’ordinateur.

Tout n’est pas parfait. Beaucoup d’applications ne sont pas encore adaptées au format 16:10. Googlebook OS étant encore jeune, les développeurs devront se pencher sur la question. J’ai également rencontré des problèmes de connexion entre l’ordinateur et mon smartphone. À plusieurs reprises, j’ai dû rétablir manuellement la liaison à l’aide d’un QR code, voire redémarrer la machine, qui ne parvenait plus à détecter mon Pixel. Ces frictions nuisent à l’expérience et, disons-le, m’ont particulièrement agacé.

En matière de productivité, j’ai retrouvé toutes les applications dont j’ai besoin pour travailler, du moins celles que j’utilise sur ma tablette Android. Googlebook OS conserve toutefois certaines limitations de ChromeOS, notamment l’impossibilité d’exécuter les logiciels Windows conçus pour l’architecture x86. Pour les habitués de l’écosystème Microsoft, comme moi, cela peut vite devenir contraignant. À une ou deux reprises, j’ai ainsi dû rallumer mon PC pour effectuer une tâche précise.

Certaines applications manquent également de réactivité. Pour écrire, j’utilise Word et, par extension, OneDrive, mais la latence, les problèmes de synchronisation et quelques bugs m’ont poussé à revoir mes habitudes. J’ai ainsi du me mettre au diapason et utiliser les applications de Google, qui elles sont parfaitement adaptées. D’autres détails m’ont particulièrement agacé pendant le test, à commencer par l’absence de touche Caps Lock. Google a tout simplement choisi de la remplacer par une fonction d’insertion. Un changement déroutant et, disons-le, pénible. Encore une fois, il s’agit d’une petite friction inutile qu’aurait pu éviter la firme.

L’intelligence artificielle, à savoir Gemini, occupe une place centrale dans Googlebook OS. Son icône trône sur la barre des tâches et permet d’y accéder facilement. Mais l’assistant est aussi intégré à l’interface. En « secouant » le curseur, Gemini s’active. On peut alors sélectionner une partie de l’écran pour lui demander des informations. Un exemple tout simple : vous voyez une célébrité porter une veste qui vous plaît sur une photo ? Secouez le curseur, sélectionnez le vêtement et demandez à Gemini où l’acheter. Il vous donnera alors un lien vers un site marchand.


L’IA peut ainsi faciliter de nombreuses tâches. Je l’utilise notamment pour reformuler mes mails, trouver des informations ou améliorer mes photos. Lorsqu’il est actif, Gemini se réduit dans une petite fenêtre en bas à droite de l’écran, ce qui est pratique. L’assistant se révèle réellement utile, sans pour autant révolutionner les usages. Même si je m’en sers quotidiennement, j’ai davantage l’impression d’utiliser un gadget pratique qu’un outil capable de changer radicalement ma façon de travailler. C’est un vrai plus, mais cela ne suffit pas à justifier à lui seul l’intérêt du produit.

Alors, on achète ?
Après une semaine d’utilisation, j’ai apprécié Googlebook OS. J’aime sa simplicité, la convergence avec mon téléphone et l’intégration intelligente de l’IA. Mais les limites se font rapidement sentir, qu’il s’agisse des applications disponibles, de mes habitudes ou des frictions qui subsistent. Après plus de 30 ans passés sur Windows, difficile de changer ses réflexes du jour au lendemain !

Googlebook OS est encore trop jeune pour convaincre pleinement. La base est bonne, mais il reste du travail. Pour l’instant, j’ai davantage eu l’impression d’utiliser une tablette Android avec une IA mieux intégrée qu’un système capable de révolutionner l’informatique portable. Les choses pourraient évoluer, notamment lorsque les développeurs se seront approprié ce nouveau format. Du moins, on l’espère.

En l’état, entre un PC Windows et un Googlebook vendus au même prix, je choisirais sans hésiter le premier. Je garderai néanmoins un œil sur cet OS prometteur, qui a de sérieux atouts, mais qui doit encore corriger ses défauts de jeunesse. Il suffit toutefois pour la bureautique et même pour jouer, que ce soit via le Play Store ou des services cloud, déjà tout ce qu’une tablette Android sait faire, en somme. C’est bien, mais pas suffisant. Choisir un Googlebook comme ultraportable de travail peut donc avoir du sens, à condition de savoir à quoi s’attendre.

Reste enfin à parler du prix. À 1 300 euros minimum, le Googlebook 14 se positionne clairement sur le segment du haut de gamme. Ce tarif n’a rien de surprenant pour un ordinateur de cette catégorie et avec autant de RAM (tout est cher aujourd’hui, ma bonne dame). Il représente un investissement conséquent pour un utilisateur curieux qui ne sait pas encore s’il appréciera Googlebook OS ou non. C’est finalement ce qu’est l’ordinateur d’Asus : une expérience souvent convaincante, qui repose sur un matériel bien fini, mais dont on peine encore à cerner le public cible et à voir la vraie plus-value de son OS. Avant de passer à la caisse, mieux vaut donc attendre de voir si Googlebook OS parviendra à séduire les utilisateurs… et surtout les développeurs qui rendront l’expérience bien plus riche.
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