Lors de son interview télé accordée ce dimanche, Emmanuel Macron a admis à demi-mot l’échec de la proposition du gouvernement concernant la vente à perte du carburant. Cette mesure ne figurera donc pas dans le texte de loi présenté, mais le président de la République a toutefois dégainé une autre idée : il va demander aux distributeurs de “faire du prix coûtant”.
Qu’est-ce que cela signifie ? Concrètement, les commerçants peuvent décider, s’ils le souhaitent, de vendre du carburant sans réaliser de marge sur la transaction. Cette initiative est parfaitement légale, et ne nécessite donc aucun passage devant le parlement.
Tout ça… pour ça
Sur le papier, on pourrait donc se réjouir d’une telle mesure. Sauf que son impact sera dérisoire. Cité par nos confrères de Capital, Olivier Gantois, président de l’Ufip Énergies et Mobilités, et porte-parole des pétroliers en France, explique ainsi : “La marge nette des distributeurs, c’est-à-dire leur bénéfice, est de l’ordre de 1 centime par litre. Donc quand on parle de prix coûtant on parle logiquement de baisse de prix de 1 centime par litre, voire au maximum 2 centimes pour les grosses stations-service, et rien du tout pour les plus petites.”
Dans le meilleur des cas, et pour le plein d’un réservoir de 50 litres, on atteindrait donc la somme peu impressionnante d’un euro. Même pas de quoi se payer un café ni un ticket dans les transports en commun.
Cela n’a pas empêché le gouvernement et les distributeurs de communiquer abondamment à ce sujet. Un conseiller de la Première ministre, Élisabeth Borne, a ainsi annoncé « près de 120 000 opérations » de vente de carburant à prix coûtant « dans 4 000 stations » d’ici la fin de l’année.
Sur Twitter, Michel-Edouard Leclerc, également claironné : “À partir du 29 septembre, les 750 stations-service des hypermarchés Leclerc vendront quotidiennement l’essence à prix coûtant. Ça veut clairement dire sans profit et tous les jours, pas seulement les week-ends comme lors de nos opérations précédentes.“
Son concurrent Carrefour a rapidement réagi par l’intermédiaire de son président, Alexandre Bompard, qui promet de vendre du carburant sans marge tous les jours d’ici vendredi. Ces deux grands groupes ont été imités par les dirigeants d’Intermarché, Cora, et Casino qui vont également lancer des opérations de carburant à prix coûtant.
Comme on l’a vu plus haut, et au-delà des effets d’annonce, l’impact sera extrêmement limité pour les consommateurs, qui risquent de déchanter lors de leur passage à la pompe. Conscient du risque de colère sociale, Emmanuel Macron a de son côté annoncé la reconduction de l’indemnité carburant de 100 euros. Cette mesure, qui ne s’adresse qu’aux travailleurs aux revenus modestes, devrait concerner 5 millions de Français.
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