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Carburants : le gouvernement annonce la revente à perte, qu’est-ce que ça va changer ?

Dans une longue interview accordée au Parisien, la Première ministre Elisabeth Borne a annoncé qu’elle allait autoriser la revente de carburant à perte afin de faire baisser les prix. Qu’est-ce que cela va changer concrètement ?

Le litre de carburant continue d’augmenter à la pompe pour les millions d’automobilistes Français. Face à cette crise de l’énergie sans précédent (en dehors de la crise pétrolière des années 70), le gouvernement semble désarmé. Convaincu qu’une baisse des taxes n’est pas la solution, il multiplie les effets d’annonce et met la pression aux industriels.

Après avoir poussé Total à bloquer les prix à 1,99 euro par litre, Elisabeth Borne a annoncé le retour de la revente à perte. Grosso modo, elle compte autoriser les distributeurs à vendre l’essence moins chères qu’ils ne l’ont payé. Un dispositif interdit par une loi de 1963 sur laquelle la Première ministre souhaite revenir temporairement.

« Comme certaines [enseignes] l’ont fait remarquer, elles ne peuvent pas baisser davantage leurs prix, car la loi leur interdit de revendre à perte. Aujourd’hui, je vous annonce qu’à titre exceptionnel sur le carburant et sur une période limitée […], nous allons lever cette interdiction, ce qui permettra aux distributeurs de baisser davantage les prix », explique ainsi Elisabeth Borne au Parisien.

Concrètement, que va changer cette mesure pour les Français ? Pour le moment, difficile à dire. Ce que l’on sait, en revanche, c’est qu’un tel dispositif risque d’être très difficile à mettre en place. Pis, les automobilistes pourraient ne voir aucun effet sur les prix à la pompe.

Pas avant 2024 ?

Le premier frein que risque de rencontrer le gouvernement est d’ordre législatif. Puisque l’interdiction de vendre à perte repose sur une loi de 1963, le gouvernement devra passer par la machine législative pour faire voter un texte l’autorisant, même temporairement. Cela risque de prendre du temps, aussi les effets d’une telle mesure ne seraient pas perceptibles avant 2024, même si Bruno Le Maire se veut optimiste en tablant sur le 1er décembre 2023.

Par ailleurs, un tel dispositif irait à l’encontre des règles européennes, notamment en matière de concurrence. En effet, les grands distributeurs seraient les seuls concernés par cette autorisation de revente à perte, pas les stations-service, qui crient déjà à la distorsion de concurrence.

« Chacun doit prendre sa part »

Même si la loi venait à être votée dans délais très courts – Bruno le Maire, ministre de l’Economie, a affirmé sur France 2 que cette autorisation « sera effective à partir de début décembre, j’espère le 1er décembre puisque le texte de loi sera examiné à l’Assemblée début octobre » – rien ne dit que les distributeurs joueront le jeu.

Le gouvernement en est sûr et répète à qui veut l’entendre que l’idée de revente à perte vient des distributeurs eux-mêmes. Ces derniers dégagent pourtant très peu de marge sur un litre d’essence (1 à 2 centimes), ce qui fait du carburant un simple produit d’appel. Difficile donc de savoir quel effet aura la mesure à la pompe, les prix dépendant de la volonté des distributeurs à se livrer à une guerre des prix.

Selon les observateurs, cette nouvelle annonce est surtout un bon moyen pour le gouvernement de se dégager de toute responsabilité dans la hausse des prix des carburants. Pourtant, le prix au litre est constitué à 50/60% de taxes revenant à l’Etat. Alors pourquoi ne pas tout simplement baisser les taxes ?

« Chacun doit prendre sa part, a expliqué Elisabeth Borne au Parisien. C’est normal de mettre à contribution les gros industriels. La responsabilité de l’État, c’est aussi de baisser son déficit et sa dette ». L’argument de la dette, Bruno Le Maire le reprend lui aussi. « Notre méthode c’est d’engager tout le monde, l’ensemble des acteurs économiques, dans cette lutte contre l’inflation », a précisé le ministre de l’Economie, car « l’Etat ne peut pas porter à lui seul le coût de l’inflation, sinon ça va creuser les déficits ».

Les 3 choses à retenir

  • Elisabeth Borne a annoncé qu’elle comptait autoriser la revente à perte de l’essence
  • Cette mesure semble difficile à appliquer et pourrait n’avoir que peu de conséquences sur les prix à la pompe
  • Le gouvernement maintient sa volonté de ne pas toucher aux taxes mais compte sur les industriels pour baisser les prix

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2 commentaires
2 commentaires
  1. Allez comprendre, on autorise la vente à perte mais on ne baisse pas les taxes !
    C’est comme prendre à un contribuable plus que son reste à vivre…

  2. Ben ouais, qui va oser le faire. C’est une garantie que tout le monde se rue sur eux engendrant des pertes astronomiques.
    Le gouvernement est bloqué par la dette qu’il a engendré au fur et a mesure des mandats. Du coup ils font semblant de proposer des solutions (inutiles) en sachant pertinemment le résultat et croisent les doigts que cette situation se calme le plus vite possible d’elle même.
    Y’a pas a dire, c’est vraiment mieux comme situation que de taxer les riches…

Les commentaires sont fermés.