Une seconde peut tout changer. Pourtant, ce n’est pas grand-chose : un battement de cil, une respiration… Elle a toutefois son importance dans le fonctionnement de l’horloge atomique, qui sert de référence au temps universel coordonné (UTC). Régulièrement, on y ajoute une seconde intercalaire afin de tenir compte de la rotation de la Terre. Cette pratique va bientôt disparaître.
La Conférence générale des poids et mesures (CGPM), qui réunit les États membres du Bureau international des poids et mesures (BIPM), s’est tenue à Versailles. Le 15 octobre, elle a voté la suppression de la seconde intercalaire à compter du 20 mai 2027. Cette suppression avait déjà été actée en 2022, mais son entrée en vigueur était alors prévue au plus tard en 2035.
La rotation de la Terre subit en effet des variations quotidiennes de l’ordre de la milliseconde, imperceptibles pour l’être humain. Ces variations sont tout à fait normales, mais l’horloge atomique doit en tenir compte. De fait, une seconde intercalaire est parfois ajoutée pour « rattraper » le temps. La Terre tourne cependant de plus en plus vite, à tel point qu’il faudrait finir par soustraire des secondes plutôt que d’en ajouter. Le problème, c’est que les systèmes informatiques ne sont pas préparés à cette éventualité.
La décision a donc été prise de supprimer cette pratique dès que possible. En conséquence, l’écart entre le temps « réel », fondé sur la rotation de notre planète, et le temps universel coordonné va se creuser. Le Bureau a décidé qu’il ne réajusterait pas le calendrier tant que l’écart entre les deux références n’atteindrait pas 3 600 secondes. Le moment venu, l’horloge atomique ajouterait une heure entière à notre quotidien… Enfin, tout cela reste théorique, puisque cette situation ne devrait pas se produire avant 3 000 ans, selon The Verge.
Le temps, un outil politique éternel
La manière dont on calcule le temps relève autant de la science que de la politique. Ici, des géants de la tech comme Meta, Google, Microsoft ou Amazon ont poussé pour la suppression de cette seconde intercalaire, susceptible de perturber leurs réseaux. Sans leur intervention, cette seconde aurait-elle été maintenue ?
Après tout, cette décision n’est qu’une réforme du calcul du temps parmi d’autres. La façon dont on compte les jours qui passent a souvent évolué au fil de l’histoire. En Mésopotamie et en Égypte, par exemple, les années étaient comptées à partir de l’accession au trône du roi en exercice (la 13e année du règne de Nabuchodonosor, par exemple), tandis que la nuit était divisée en « veilles » d’environ quatre heures, et le jour en « doubles-heures » (bēru). À Rome, on comptait les années depuis la fondation de la ville, en 753 avant Jésus-Christ (ab urbe condita), mais aussi selon les noms des consuls en exercice. Du moins dans la Ville, puisque chaque cité ou province pouvait avoir son propre calendrier.
Le calendrier romain était d’ailleurs étroitement lié à la religion et surtout à la politique, les années pouvant être prolongées selon les intérêts des puissants. La réforme la plus célèbre est celle de Jules César qui, en 46 avant Jésus-Christ, a instauré une année de 365 jours répartis en douze mois. Ce système, que nous utilisons encore aujourd’hui malgré sa modification au XVIe siècle, reste imparfait. Pour faire coïncider le calendrier avec la course du Soleil, il a ainsi été décidé d’ajouter un jour tous les quatre ans : c’est la naissance des années bissextiles. Finalement, qu’il s’agisse de jours ou de secondes, les humains ont toujours eu besoin d’ajuster le temps à la rotation de la Terre et aux mouvements des astres.
📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.
