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Climat : pourquoi l’Europe se réchauffe-t-elle 2x plus vite que le reste du monde ?

L’Europe connaît une vague de chaleur qui s’inscrit dans la tendance globale au réchauffement climatique. Mais pourquoi le continent européen se réchauffe-t-il plus vite que la moyenne mondiale ? Plusieurs facteurs sont en jeu, expliquent les scientifiques.

Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), la température moyenne à l’échelle de la planète a augmenté de 1,15 °C sur la décennie 2012-2023 par rapport à la période 1850-1900, prise comme référence pour l’ère préindustrielle.

En Europe, ce réchauffement serait encore plus important. Selon un rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du programme européen de surveillance de la Terre Copernicus, publié le 19 juin dernier, la région s’est réchauffée à un rythme de 0,5 degré par décennie depuis les années 1980 – soit deux fois plus que la moyenne mondiale. En 2022, la température européenne moyenne a été supérieure d’environ 2,3 °C à la moyenne préindustrielle.

Les océans, des tampons thermiques

Comment expliquer cet écart ? Olivier Boucher, climatologue et directeur de recherche au CNRS, rappelle que la moyenne mondiale serait bien plus élevée si on ne tenait pas compte des mers et océans. “Ils ont la capacité d’absorber la chaleur et de l’enfouir dans leurs profondeurs. Puisqu’ils recouvrent 70 % de la surface du globe, ils font ainsi chuter la moyenne mondiale”, explique-t-il.

Christophe Cassou, climatologue et directeur de recherche au Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs), confirme : “Sur cette décennie 2012-2023, les océans se sont ‘seulement réchauffés’ de 0,93 °C, alors que les continents ont connu une hausse de 1,65 °C”.

Mais ce n’est pas le seul facteur qui joue en défaveur de l’Europe. Christophe Cassou évoque aussi le rôle de la pollution atmosphérique aux particules qu’émettent nos industries, nos voitures, etc. “Cette pollution a beaucoup diminué en Europe et en Amérique du Nord sur les trois dernières décennies quand elle a augmenté bien souvent ailleurs, notamment en Asie du sud-est. C’est une bonne chose, les enjeux sanitaires liés à cette pollution étant très forts. Il n’empêche, cette concentration d’aérosol a un pouvoir refroidissant qui a autrefois masqué le réchauffement climatique lié à l’augmentation des gaz à effet de serre. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui.”

L’assèchement des sols, un cercle vicieux

Christophe Cassou pointe aussi un phénomène qui affecte plus particulièrement l’Europe méditerranéenne où le réchauffement est plus accentué que sur le reste du continent. “C’est l’assèchement des sols, indique le climatologue. Une atmosphère plus chaude entraîne une évaporation plus efficace de l’eau contenue dans les sols et les plantes.” Or, cette évaporation a un effet refroidissant.

A mesure qu’elle aspire toute l’humidité dans le sol, elle s’amenuise. “C’est sûrement le processus dominant qui explique les fortes canicules sur le pourtour méditerranéen ces dernières années et en ce moment, poursuit le climatologue. Cette diminution de l’évaporation, qui normalement se fait surtout la nuit, empêche les températures nocturnes de baisser. Si bien que le jour se lève avec un capital chaleur déjà très grand. Et tout cela s’accumule de jour en jour, jusqu’à avoir des méga canicules.”

Enfin, le climatologue du Cerfacs mentionne un dernier facteur : les circulations atmosphériques, qui “favorisent le transport d’air chaud du Maghreb et/ou du pourtour méditerranéen vers le nord de l’Europe”. “Le phénomène est assez complexe à comprendre, reconnaît-il. Ces circulations sont-elles une autre facette du changement climatique, ou sont-elles influencées par d’autres facteurs, comme la fonte de la banquise arctique ou les variations du Gulf Stream ? C’est encore un sujet de recherche.”

Ces différents facteurs se combinent pour expliquer pourquoi l’Europe se réchauffe plus vite que le reste du monde. Et ce n’est pas près de s’arrêter. Selon les projections du Giec, le réchauffement pourrait atteindre 4 à 5 °C en Europe d’ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. Un scénario qui aurait des conséquences dramatiques sur les écosystèmes, la biodiversité, la santé, l’agriculture, l’économie et la sécurité.

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