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IA : amie ou ennemie des traducteurs littéraires ?

Dans le domaine de la traduction littéraire, l’IA se révèle comme un réel titan à deux visages.

Voilà encore un domaine que l’intelligence artificielle bouscule, et pas forcément dans le bon sens. Si en biologie, ses apports sont les bienvenus, son arrivée dans le secteur de l’édition a de quoi en inquiéter certains. Notamment du côté des traducteurs, qui se retrouvent en ligne de front face à un ennemi d’un nouveau genre. L’arrivée sur le marché de puissants outils de traduction automatique dopés à l’IA comme DeepL Translate ou Microsoft Translator a été un véritable coup de pied dans la fourmilière. Les traducteurs, autrefois véritables artisans du mot, se retrouvent progressivement cantonnés à fignoler simplement les traductions déjà abattues par des modèles d’IA.

Une dégradation des conditions de travail

À force de recourir de plus en plus souvent à l’IA pour traduire des œuvres, le résultat ne s’est pas fait attendre : nous assistons actuellement à une précarisation du métier de traducteur. Déjà considéré auparavant comme le parent pauvre de l’édition, la situation ne semble pas prête de s’améliorer.

Jörn Cambreleng, directeur de l’association Atlas (Association pour la promotion de la traduction littéraire), dénonce une pratique courante chez les éditeurs, qu’il qualifie volontiers comme étant « honteuse ». En effet, certains de ces derniers n’hésitent pas à occulter l’utilisation de l’IA dans la traduction d’un livre, et ne le montrent pas explicitement en couverture. 

Une étude menée par l’Association des traducteurs littéraires de France (ATLF) révèle également un fait assez inquiétant : 68% des traducteurs postéditeurs sont rémunérés en dessous des tarifs moyens. De plus, 50 % des traducteurs interrogés, estimaient que leur travail en postédition était plus chronophage et nécessitait « plus de temps que pour une traduction classique ». Un travail plus long et moins bien rémunéré ? Le rêve !

Pour Peggy Rolland, secrétaire de l’ATLF, l’avènement de l’IA est d’abord le synonyme d’inquiétude, notamment en matière juridique. Elle explique : « Les traducteurs sont des auteurs et doivent percevoir des droits d’auteur sur la vente de chaque livre (entre 1 % et 2 %, en général). Or, les éditeurs qui ont recours à l’IA veulent nous payer comme autoentrepreneurs, ce qui n’est pas légal ». Une nappe de brouillard qui tombant sur les statuts qui n’est bien évidemment pas à la faveur des petits travailleurs.

Le plaidoyer pour l’humain

Le collectif En chair et en os a lancé une pétition en septembre 2023, visant à exprimer leur opposition aux « traductions sans âme » générées par l’intelligence artificielle. Au moment de la rédaction de cet article, elle a été signée par 5 209 personnes. Celle-ci est plutôt claire dans ce qu’elle exprime, et c’est même inscrit en gras sur la page : « Nous ne voulons pas que l’IA devienne une alternative envisageable à la création humaine ».

Le manifeste du collectif s’adresse directement aux éditeurs et à tous les autres acteurs pouvant recourir aux traducteurs de ne pas utiliser l’IA en tant qu’outil de remplacement absolu. Autre demand :, s’il y recourt à l’intelligence artificielle dans la production d’une œuvre, cela doit être signalé au consommateur. Cela n’est pas sans rappeler la création du label anti-IA de Librinova.

Les enjeux de la transparence et de la formation

De son côté, le Syndicat national de l’édition ne s’est pas encore fermement prononcé en faveur de la mise en place d’un label qui signalerait l’utilisation d’IA sur la couverture d’un livre. En lieu et place de cela, celui-ci a déclaré vouloir : « une évolution du contrat type des éditeurs dans lequel le traducteur garantira à l’éditeur qu’il n’a pas recours à l’IA et où la part humaine de la traduction devra prédominer ». 

On remarquera tout de même la teneur plutôt vague de la promesse, alors même que l’anglais domine largement la formation des traducteurs et que le nombre de livres traduits en français baisse d’année en année.

Heureusement, quelques initiatives continuent d’émerger, comme La Fabrique des traducteurs ou L’École de traduction littéraire, qui visent à maintenir un haut niveau de formation chez les traducteurs tout en préservant les langues rares dans les traductions. Des pansements sur une jambe de bois ?

La balle est désormais dans le camp des éditeurs et des décideurs politiques. Savoir trouver le juste équilibre entre les avantages de l’IA et le savoir-faire traditionnel des traducteurs est possible. La culture ne doit pas se traiter à l’économie et l’intelligence artificielle ne doit pas être l’occasion de sacrifier des compétences rares sur le marché du travail comme celles des traducteurs. Encore faudrait-il pour cela que les politiques publiques et les entreprises valorisent le travail humain de manière équitable en s’assurant que les bénéfices technologiques fassent l’objet d’une redistribution juste.

  • La montée en puissance de l’IA met déjà en danger le métier de traducteur en le précarisant.
  • Une pétition a été lancée à la rentrée 2023 pour limiter la prolifération des traductions par IA.
  • Pour le moment, le Syndicat National de l’édition n’a pas pris fermement position sur la question.

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1 commentaire
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  1. Votre papier est une copie honteuse de celui du Monde, auquel vous avez simplement rajouté quelques inepties. Le droit d’auteur, visiblement, vous importe assez peu.

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