Rendez-vous était pris au siège de Xiaomi France, à Boulogne-Billancourt. Au 8e étage, Yan Liu, Directeur Général de l’entreprise, m’attend. Souriant, il me demande si le trajet n’a pas été trop long. Il me propose un café, que j’accepte, puis on échange sur la sortie du confinement, le retour au bureau, à une vie presque normale. Il me sert un verre d’eau, m’emmène dans son bureau.
Épuré, sans fioritures, cet espace respire la simplicité. Une simplicité qui caractérise également ce jeune DG de la branche française de l’une des plus grandes entreprises Tech au monde.
On s’installe à son bureau, il accepte d’enfiler le micro-cravate que je lui tend. J’appuie sur le bouton “Rec” de mon application Dictaphone. “Vous êtes prêt ?”. Il regarde le responsable presse, aussi présent. “Quand vous voulez”.
Selon Canalys, Xiaomi est désormais le 3e constructeur mondial de smartphones. Presque 10 milliards d’euros de CA au 1er trimestre. Une croissance insolente de 55% en un an. Et en France, comment ça va ?
Selon ces mêmes chiffres de Canalys, nous sommes numéro 3 aussi en France. L’écart entre Apple et Xiaomi est même plus faible en France. À fin Avril nous dépassions les 4 millions d’utilisateurs Français de smartphones Xiaomi. C’est à peu près 8% du parc. En part de marché on passe parfois devant Apple. Mais le cas d’Apple est particulier puisque Apple c’est très saisonnier. Quand il y a leur lancement de nouvel iPhone, ils passent devant.
On a pris un coup d’accélérateur depuis janvier 2021 grâce aux trois opérateurs Français. Jusqu’à maintenant on trouvait beaucoup plus de smartphones Xiaomi en « SIM-free ». C’est beaucoup plus équilibré maintenant. On trouve de plus en plus de modèles Xiaomi vendus avec des forfaits.
Quelle est la part justement des modèles vendus nus vs subventionnés ?
Aujourd’hui, le marché subventionné/non-subventionné, c’est à peu près du 50/50. Chez Xiaomi, on vend toujours un peu plus de smartphones nus parce que l’arme principale de Xiaomi c’est le bon rapport qualité-prix, et ça ça se voit plus sur des prix en nu.
Mais les trois opérateurs nous accompagnent de plus en plus. Aujourd’hui, tous les produits de toutes les gammes dans toutes les couleurs sont proposés chez nos partenaires. Chaque opérateur propose en 7 et 11 produits Xiaomi.
Cette 3e place, Xiaomi la prend à Huawei, entravé dans sa croissance par les restrictions américaines. Est-ce selon vous la seule explication de ce succès ?
Je crois que le timing nous a été favorable mais il n’y a pas de lien de cause à effet. Ce n’est pas parce que Huawei a commencé à décroître que Xiaomi a cru. En regardant le chiffres de GfK on voit bien que Xiaomi a gagné plus de 10% de PDM alors que Huawei ne bougeait pas. On a pris des PDM à des marques comme Alcatel, Motorola, Wiko etc. Plutôt des marques qui ne sont pas dans le top 3. Quand Xiaomi est passé de 0 à 12% de PDM en France, il n’a pris ces parts ni à Apple ni à Samsung ni à Huawei à l’époque.
Maintenant il est sûr que nous prenons un peu de parts de marché à Samsung, Apple ou Huawei puisqu’il nous arrive de passer les 20% de PDM selon les saisons.
200 euros ça répond aux besoins de la plupart des Français
C’était donc plutôt des modèles d’entrée/milieu de gamme qui ont fait exploser la marque ?
Au début, c’est vraiment la gamme Redmi Note. Il y a 3 ans c’était le Redmi Note 5, vendu 199€, qui était la référence chez nous. Il affichait un prix d’entrée de gamme avec des caractéristiques de milieu de gamme. Donc lui, c’était notre produit de référence en France.
Depuis, la gamme Redmi Note continue de rencontrer le succès. En France, presque la moitié des utilisateurs de smartphones Xiaomi ont un Redmi Note. En termes de ventes c’est relativement pareil. La série Redmi représente près de 40% des ventes.
Et c’est une action volontaire de pousser cette gamme là parce que le rapport qualité-prix est imbattable. Parce que 200 euros ça répond aux besoins de la plupart des français aussi. Parce que mettre 1300 euros dans un smartphone, presque un SMIC, ça reste exceptionnel.
Comme notre slogan le dit, chez Xiaomi on s’adresse au grand public. Et selon les études, un consommateur Français consacre en moyenne 150 à 300 euros dans l’achat de son smartphone. Du coup on met vraiment en avant les Redmi Note depuis 3 ans.

Du coup, quel est le modèle économique de Xiaomi en France ?
On a trois séries dans notre portefeuille. On a le Mi 11 Ultra qui est l’extrême innovation. C’est-à-dire que le Mi 11 Ultra est le premier smartphone qui permet de profiter d’une expérience photo comparable à un vrai appareil photo, en tout cas pour le grand public. On a aussi le Redmi qui est là pour tenir le bon rapport qualité-prix pour le grand public. Ensuite on a la série Poco qui est l’extrême rapport qualité-prix.
Donc la notion de rapport qualité-prix, de volume et de faibles marges est valable pour les trois. Par contre la notion d’innovation et de nouvelle technologie qui montrent la valeur ajoutée d’un haut de gamme, ça c’est plutôt le Xiaomi Mi 11 Ultra et les prochains qui arriveront. Chaque série a presque son rôle historique dans tout ça.
Vous parliez de Poco, Redmi etc. On est quand même sur des tranches de prix relativement proches. Ne craignez-vous pas une cannibalisation ? Surtout n’avez-vous pas peur de perdre les consommateurs avec ces nombreux modèles ?
Plusieurs facteurs expliquent cette stratégie d’ « inondation ». D’abord, le contexte global. Les composants ne sont pas fournis correctement pour de multiples raisons, et cela se ressent dans tout le marché de l’électronique. Proposer plusieurs modèles c’est une façon de partager les risques. S’il manque des composants pour un modèle, d’autres peuvent faire l’affaire.
Ensuite, la multiplication des modèles permet d’adresser une audience différente. Au début de notre aventure en France on comptait 120 000 utilisateurs dans notre parc. À l’époque, avoir un Xiaomi dans les mains c’était quelque chose d’unique, presque iconique. Les gens se sentaient fiers.
Maintenant, nous comptons 4 millions d’utilisateurs. Il y a des gens qui ne veulent pas forcément un smartphone Xiaomi par attrait pour la marque. Il y a toujours un public de fans mais la situation n’est plus la même.
Avoir Poco dans tout cela c’est aussi créer une icône un peu différente. Et en plus, comme c’est une marque distribuée exclusivement sur internet, les coûts structurels sont moins importants. On peut être encore plus agressifs sur le prix.
Donc Poco est-elle une gamme de Xiaomi ou une marque à part entière comme Honor pouvait l’être avec Huawei ?
Pour l’instant on en est pas là. Il a fallu trois ans et demi à Honor pour voler de ses propres ailes. Pour nous, faire la même chose est le but ultime. Si l’audience est séparée, la manière de fonctionner de la marque devra être différente. Il sera donc logique de séparer Poco de Xiaomi plus tard.
Mais pour l’instant ce sont les mêmes personnes qui s’occupent des deux marques. De plus en plus on les sépare. On a par exemple le site po.co complètement séparé de Xiaomi. On prend donc quelques initiatives pour séparer les deux marques. Mais pour l’instant l’essentiel reste géré par Xiaomi. Les produits Poco et Redmi sont à peu près identiques. C’est surtout le mode de distribution qui est différent.
Et vous n’avez pas peur que ça se cannibalise un peu ?
Je pense qu’on est encore sur la phase de conquête et l’harmonie dans le portefeuille n’est pas une priorité encore.
Le moment n’est pas encore venu d’harmoniser les gammes.
Doit-on comprendre que vous êtes en train d’inonder le marché et de voir comment ça va prendre ?
Oui c’est exactement ça. C’est comme toutes les stratégies commerciales. Dans un premier temps, on a cette force de supply chain de Xiaomi capable de produire beaucoup de produits avec la même qualité de finitions, sans bugs etc. Donc on en profite pour répartir les risques.
Le moment n’est pas encore venu d’harmoniser les gammes, ce serait prématuré. Xiaomi est trop jeune encore sur la stratégie européenne et Française. Mais plus tard ce sera l’objectif.
Que notre portefeuille soit le plus lisible et le plus rationnel n’est pas notre objectif numéro 1 pour l’instant. Pour l’instant, on veut proposer des produits qui sont au bon prix, au bon moment, avec les bonnes specs pour le bon public. Si on se retrouve avec deux produits proches qui peuvent se cannibaliser un peu, ce n’est pas très pénalisant pour l’instant.
Créer de nouveaux produits ne rajoute pas de pollution.
Ne pensez-vous pas que cette abondance de nouveautés n’est pas bonne en matière d’écologie ? Xiaomi a-t-il développé des stratégies pour réduire son impact écologique et compenser cette production massive ?
Je crois que créer de nouveaux produits ne rajoute pas de la pollution. On répartit seulement les volumes sur plusieurs modèles. En revanche, je crois qu’il y a des imperfections dans le processus de fabrication qu’il est difficile à supprimer à notre niveau.
Je pense par exemple aux écouteurs. La loi française oblige à fournir des écouteurs dans la boîte. Ça veut dire que l’on doit rajouter un petit sachet plastique dans chaque boîte. En France ça fait déjà entre 3 et 4 millions de sachets plastique en plus pour un accessoire que finalement les gens n’utilisent pas ou peu. Et ça c’est quelque chose que l’on subit de la législation française. Mais on espère que les choses évolueront petit à petit, parce que ça prend du temps.
Les chargeurs sont aussi un problème. Les technologies de charge évoluent très vite, donc il est logique de fournir un chargeur. Il est temps aussi que l’Etat se pose la question d’un chargeur universel. En tant que marque c’est peut-être notre rôle, mais nous ne sommes pas les premiers à devoir initier ce genre de chose. Parce qu’on risque aussi de faire face à deux freins : être hors la loi ou voir nos distributeurs refuser de nous vendre parce qu’on présente un avantage concurrentiel trop important.
On a pas envie de dire “on est une marque écologique” parce qu’on ne fournit pas de chargeur. Ça c’est un peu langue de bois.
Justement on a vu il n’y a pas longtemps que Xiaomi s’était uni à d’autres constructeurs comme OPPO et realme afin de concevoir un chargeur universel. Est-ce un projet concret auquel vous êtes favorable ?
C’est dans les plans en effet. En Chine on a commencé à proposer des smartphones vendus sans chargeur. Les Français sont plus avancés que les Chinois sur les notions d’écologie, mais ils s’y mettent petit à petit. En Chine, le smartphone livré sans chargeur au même prix qu’avec le chargeur n’est pas un problème. Ça me fait dire que le premier pas vient du consommateur. Si ne pas livrer de chargeur n’est pas un frein de vente je pense qu’on suivra la tendance. Les premiers signes montrent que les consommateurs commencent à réfléchir. On a déjà beaucoup de chargeurs à la maison.
En fait, on a pas envie de dire « on est une marque écologique » parce qu’on ne fournit pas de chargeur. Ça c’est un peu langue de bois. On commence donc à réfléchir à ne plus fournir de chargeur pour nos produits volumiques, mais pour l’instant c’est prématuré.
Donc pour vous réduire le nombre de produits n’a pas d’impact ? Sortir un produit à 150 euros plutôt que trois n’aurait aucun effet positif sur l’environnement ?
Je pense qu’on produira autant d’unités sur un produit qu’on le fait actuellement sur trois. La différence serait juste que les développeurs mettraient moins de temps à optimiser les modèles puisque pour chaque modèle il faut tout développer de manière distincte. En termes de planification ça nous rajoute beaucoup de boulot.
On fait donc des choses où on peut pour le moment : on réduit le packaging, on travaille avec nos partenaires sur le recyclage. Orange par exemple travaille beaucoup sur cette dynamique et nous les suivons dans cette démarche.
Xiaomi a aussi multiplié les modèles 5G cette année. Quelle est la part de ces modèles dans les ventes globales en France ?
Oui la part de smartphones 5G est importante mais on ne sait pas si c’est la 5G qui a motivé les gens à s’orienter vers ces modèles. Parce qu’il y a des modèles que l’on a sorti uniquement en 5G.
Par exemple le Mi 11 et le Mi 11 Lite sont des produits que l’on a sorti uniquement en version 5G. Ces produits se sont bien vendus. Mais on ne sait pas si c’est la 5G qui a fait penché la balance. Si on fait comme Samsung qui sort un même produit entre 4G et 5G, on verra l’effet, mais là non.
En tout cas on pense que les bénéfices consommateurs sont encore limités en France. Là j’ai la 5G dans mon Mi 11 Ultra (il montre son Mi 11 Ultra), et oui tout va plus vite. Mais je n’ai pas encore trouvé une application qui me fait l’effet « waouh ». Mais je pense que ça viendra.
La 5G ne serait donc qu’un argument marketing pour le moment ?
Non ça n’est pas seulement marketing. C’est juste que pour le moment les développeurs d’application n’ont pas trouvé d’usage plus valorisant de la 5G.
On pourra jouer au prochain FIFA sur le cloud sur son smartphone.
Peut-être parce qu’en France le réseau n’est pas encore mature ?
En terme de couverture oui c’est vrai. En terme d’usage il n’y a pas grand chose non plus. Par exemple il n’y a pas de VR, pas de choses lourdes à télécharger, pas d’applications nécessitant la 5G. Mais là ce n’est plus à nous constructeurs de nous prononcer, ce n’est pas notre cœur de métier. En France il y a beaucoup de personnes créatives qui développent de bonnes applications. Donc ça viendra.
Pour le cloud gaming par exemple ?
Oui par exemple. Je pense qu’on pourra jouer au prochain FIFA sur le cloud sur son smartphone. En 4G c’est certain, ça ne marche pas. Et ça c’est un usage qui montre qu’il y a des applications à venir qui nécessitent la 5G. Donc dire que c’est un argument marketing c’est faux. D’autant que les travaux d’entreprises comme Microsoft ou Google donnent la tendance et montrent que la 5G va se démocratiser rapidement.
Donc, si nous avons bien compris, vous avez déjà tenu votre rôle dans cette aventure 5G ?
Dans le développement de la 5G il y a 4 piliers. D’abord le constructeur qui fournit des smartphones équipés de puces 5G. Là on est prêts.
Ensuite, les opérateurs doivent déployer leur réseau. Pour le moment ils sont à moitié prêts. Le réseau se déploie et franchement les différences de prix entre un forfait 4G et 5G est faible en France. Dans le reste du monde l’écart est bien plus important. La couverture de la population évolue vite même si la couverture du territoire est faible. Le côté applicatif est en cours de préparation.
Enfin, le consommateur est le 4ème pilier, finalement le plus important parce que c’est lui qui donne les tendances. Et pour l’instant les consommateurs ne sont pas prêts. On entend beaucoup « la 5G c’est pas écologique ». C’est faux et on alimentera pas le débat. Ça viendra.
Si on regarde le marché des smartphones en France, on s’aperçoit que d’autres marques adoptent la même stratégie du « meilleur smartphone au meilleur prix ». Comment accueillez-vous ces nouveaux concurrents ?
Dans cette approche-là il n’y a que realme. On les accueille pas (rires).
Très honnêtement, il y a trois façons d’aborder le marché. Soit comme Apple, je ne regarde personne et je fais mon truc. Soit comme Samsung et Huawei, je regarde un peu la concurrence et je fixe les prix pour qu’ils soient compétitifs.
Chez Xiaomi on regarde pas les autres, on mise sur des marges/profits très faibles. On part de là. Et ensuite on fixe nos prix. C’est pour ça qu’on a des prix à 189€ ou 239€ qui ne sont pas des tranches de prix que l’on a l’habitude de voir, par tranches de 50€. Nous on ne regarde pas trop les autres donc notre manière de commercialiser nos produits est différente.
Concernant les concurrents, on les surveille mais je ne dirais pas qu’on les craint.
Donc ça ne vous fait pas peur de voir d’autres constructeurs adopter la même stratégie ?
C’est la philosophie de Xiaomi. Ce qu’on fait ce n’est pas très compliqué. On sort le bon produit à marge faible. Très honnêtement il n’y a pas de secret. C’est assez facile à copier comme modèle. On en est conscients donc on a pas peur.
On essaie aussi d’innover assez rapidement. On a un management vertical qui nous permet de nous adapter vite. Je prends souvent cette image : on a pas envie de devenir un poids lourd. On veut rester une Smart capable de changer de direction rapidement. On l’a vu sur les trottinettes. On est vite devenus leaders en France, et d’autres marques ont suivi. Et puis on a pris d’autres directions. On a pas peur d’être copiés. C’est même la preuve que l’on a du succès.
Donc concernant les concurrents, on les surveille mais je ne dirais pas qu’on les craint.
Je préfère le concept d’un smartphone pliant qui se transforme en tablette.
Pensez-vous que le smartphone pliant est l’avenir du smartphone ? Le modèle de Xiaomi va-t-il débarquer en France ou restera-t-il exclusif à la Chine ?
Quand j’ai vu le premier prototype, avant la sortie du premier Galaxy Fold de Samsung, j’ai fait « waouh ». Je pense que c’est peut-être l’avenir. On attend que le coût unitaire des écrans pliables devienne plus intéressant et que le taux de pertes en usine diminue encore.
Ce que je peux dire c’est que je préfère le concept d’un smartphone pliant qui se transforme en petite tablette comme le Galaxy Fold plutôt qu’un concept que l’on plie en deux pour le mettre dans la poche comme le Galaxy Z Flip. Pour l’instant, des trois prototypes de Xiaomi que j’ai vu en Chine s’inscrivent dans cette philosophie de rajouter du confort visuel.
Le premier test en Chine (avec le Mi Mix Fold, son premier modèle pliant lancé il y a quelques mois) est plutôt concluant donc on peut s’imaginer que le deuxième ou troisième modèle sera déployé en Europe. On a fait un grand test en Chine. Pour des raisons de normes et d’industrie c’est plus facile de faire un test dans un gros marché, encore plus le marché domestique.

Au premier trimestre, la division smartphone représentait presque 70% du chiffre d’affaires total (6,58 milliards d’euros) de Xiaomi dans le monde. Cette division enregistre une croissance de 70% d’une année sur l’autre. Cette répartition est-elle sensiblement la même en France ?
La France a le ratio de CA hors smartphone presque le plus élevé. Si on est à 70% au niveau mondial c’est grâce à la Chine qui contribue beaucoup au « hors smartphone ». En Chine ils ont 2500 produits sur le marché, en France 180 environ. On a donc 10% du catalogue de Xiaomi.
On explique ça d’abord par la logistique mais aussi pour des raisons de normes. Juste pour adapter un produit à la norme française, il faut créer un nouveau produit. Des fois ça vaut pas le coup. On doit aussi s’adapter aux habitudes des consommateurs. Par exemple, le cuiseur de riz est un marché colossal en Chine. Avant les japonais dominaient, maintenant c’est Xiaomi. Pour ces raisons là, on importe pas tous les produits.
En revanche il y a des produits comme les trottinettes où la France est le leader mondial pour Xiaomi.
De tous les pays où on vend des trottinettes, la France est le leader.
Vous dites qu’on vend plus de trottinettes en France qu’en Chine ?
Oui. De toutes les pays où on vend des trottinettes, la France est le leader. Donc proportionnellement, le hors smartphones pèse plus en France. Et c’est aussi en lien avec le pouvoir d’achat. Par exemple en Inde le smartphone est numéro 1 mais là bas le pouvoir d’achat est plus limité. Le smartphone c’est un besoin rigide. Par contre est-ce qu’on a besoin d’une ampoule connectée en Inde ? Non.
Par contre on a inventé un filtre d’eau qui fonctionne même quand il y a une coupure de courant. Parce qu’en Inde l’eau n’est pas toujours potable mais en plus il y a beaucoup de coupures de courant. Ça marche parce que là bas c’est un besoin rigide.
Donc vous optimisez vos choix de produits selon chaque culture…
Exactement. Et dans certains pays comme la France les normes sont très avancées. C’est l’Etat aussi qui nous guide. Par exemple pour les trottinettes c’est l’Etat qui nous dit « c’est limité à 25 km/h », la béquille doit s’incliner de tant de degrés etc.
La TV c’est pas comme vendre un smartphone, il y a beaucoup de service à fournir.
Justement parmi ces nouveaux produits hors smartphones on a vu beaucoup de téléviseurs cette année. Ce marché est-il important pour Xiaomi ? Comment les Mi TV sont-elles accueillies ? Et avez vous prévu d’autres modèles cette année ?
Déjà c’est une ligne de production importante pour nous. On part du principe que le smartphone est un portail pour les gens permettant d’aller sur internet et de communiquer entre eux. Xiaomi est l’un des principaux fournisseurs sur le hardware.
La TV c’est aussi un portail important dans la maison. La TV intègre aujourd’hui une puce ce qui en fait un objet connecté donc un portail. On considère la TV comme un portail important tout comme la voiture. Pour nous il y a trois portails : smartphone, TV, voiture. Ça englobe la plupart des lieux empruntés par un consommateur dans la journée.
Pour les TV, au début, on a fait la série A avec Fnac-Darty sur un réseau très restreint. Parce que la TV c’est pas comme vendre un smartphone, il y a beaucoup de service à fournir. Le premier test a été très concluant. On a donc lancé la série P et on a un choix de partenaires beaucoup plus large. Je ne peux pas dévoiler les PDM mais avec l’Euro c’est très très positif. Plus tard ça prendra le même temps et la même courbe que le smartphone avec trois ans d’écart.

Donc c’est vraiment un marché très important pour vous ? Il y aura des modèles encore plus haut de gamme ?
Oui bien sûr. Mais on propose déjà des TV à 1500 euros qui sont déjà « waouh ».
Et les partenaires sont-ils volontaires pour mettre en avant vos TV dans les rayons ?
À partir de juillet/août on va déployer un merchandising de démonstration TV dans les FNAC-Darty. Parce qu’ils laissent très peu de place à des marques inconnues. Xiaomi fait maintenant partie des gros comme Samsung, LG, Sony, Philips. Donc on entre dans la cour des grands. Parce que juste poser nos TV dans des cartons sans montrer la qualité d’image et juste dire que le prix est compétitif, ça marche pas.
Comme on vend des smartphones à marge faible voire nulle, la pub fait partie du business model global de Xiaomi.
Nous avons observé beaucoup de publicités dans MIUI, notamment dans l’antivirus. D’abord pourquoi ? Et ensuite, est-ce qu’on verra aussi ces pubs dans les TV ?
Oui la pub rentre dans le modèle économique. Comme on vend des smartphones à marges faibles voire nulles, la pub fait partie du business model global de Xiaomi. En tout cas on a fait des sondages auprès de nos Mi Fans, et ça ne les dérange pas parce qu’on peut désactiver ces pubs en 3 secondes. Le taux de satisfaction montre qu’on a pas besoin de faire de distinction entre haut de gamme et entrée de gamme avec ou sans pub. En plus, en France, il y a beaucoup moins de pushs publicitaires qu’en Chine à cause de la RGPD notamment.
Sur la TV c’est une autre histoire. Les processeurs sont beaucoup moins puissants donc le temps d’allumage est plus long. Aucune TV au monde ne peut s’allumer en moins de 5 secondes. Et peut-être qu’on pourrait installer une pub à ce moment plutôt que laisser un logo Xiaomi par exemple. C’était une éventualité en France mais finalement on ne l’a pas fait. En Chine, il y en a et on peut aussi le désactiver.
On ne l’a pas fait en France pour l’instant parce que ça peut choquer le consommateur. C’est un état d’esprit qui peut changer plus tard. Parce que, sur la TV, quand il y a de la pub le service est de meilleur qualité. Ou alors, on doit payer. En tant que « petite marque » pour l’instant ce serait trop arrogant de faire cette démarche là.
Si on avait un audit sur le respect de la RGPD, Xiaomi serait irréprochable.
Xiaomi Cloud prend de plus en plus d’importance dans MIUI et stocke de plus en plus de données personnelles. Les serveurs Cloud de Xiaomi pour l’occident sont-ils situés en Chine ? Les données de vos clients sont-elles en sécurité sur vos serveurs ? Qu’en est-il de la RGPD ?
D’abord, la RGPD a toujours été le sujet le plus strict depuis que je suis arrivé chez Xiaomi France début 2018. On a fait toute la passe sur la RGPD. Et on a une armée de juristes qui nous aident à toujours être 100% compliant. Si on avait un audit sur le respect de la RGPD, Xiaomi serait irréprochable.
Sur les données de cloud on travaille avec plusieurs partenaires. Au début on était stockés aux Pays-Bas, maintenant ça varie en fonction des services. En tout cas, tout est en Europe. Il y a aussi une petite partie avec AliCloud à Singapour. Tout dépend donc des datas. En tout cas en Europe, c’est Amazon avec les AWS et on est complètement dans les clous par rapport à la RGPD.
Xiaomi a annoncé un investissement de 10 milliards de dollars sur 10 ans dans la voiture électrique. Xiaomi compte-t-il devenir un concurrent de Tesla ? Ou sa stratégie sur ce marché est tout autre ?
Ce qui différencie une voiture électrique d’une voiture standard c’est la navigation autonome. Xiaomi a cette partie là et a l’écosystème c’est-à-dire l’autoradio, l’écran, le chipset et tout ça Xiaomi le fait. Après, il y a aussi l’image de marque et Xiaomi l’a, on le voit avec les trottinettes.
En Chine, il y a des entreprises qui ont un savoir-faire mais pas l’écosystème plus complexe que l’on a chez Xiaomi. Xiaomi est le candidat qui remplit le plus de profils donc il est logique qu’on se lance. En plus, Tesla vient d’aménager des usines à Shanghai donc ça va amener un écosystème de supply chain complet.
On part du principe que la navigation autonome n’est pas un algorithme très compliqué. Du jour au lendemain il y aura les solutions Apple, Google, Xiaomi etc. Ce n’est pas quelque chose qui va bloquer toute l’industrie. Du coup, le fait d’avoir un écosystème très complet permet de fabriquer une voiture plus vite. Alors concurrencer Tesla, pourquoi pas ?
Du coup la fabrication de la voiture ce serait Xiaomi ou vous préfèreriez vous associer à un grand constructeur ?
Ce n’est pas encore défini. Mais je pense personnellement qu’il serait préférable de s’associer à des gens qui savent fabriquer des voitures. Nous, on mettra notre touche d’écosystème connecté pour enrichir l’expérience utilisateur.
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Ni Hao Ma!? Respect Mr Yan Liu.
C’est juste un génie qui a vraiment tout compris c’est une excellente stratégie ✌️
Excellente interview.
Étant adepte xiaomi de la première heure, je ne suis pas étonné de voir où ils en sont aujourd’hui. Leur business plan et bien ficelé et le DG a l’air d’avoir la tête sur les épaules.
Je suis curieux et impatient de voir leur futur développement, principalement sur le marché des tv, qui fera je pense du bien à ce marché.
et un xiaomi à 100€ ça suffit aussi largement 😉