Selon le Manuel MSD, « le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est caractérisé par des réactions intenses, désagréables et dysfonctionnelles après un événement traumatisant accablant ». Une violente réaction psychologique surgissant après un choc extrême (combats, accident, agression, décès, catastrophes naturelles, etc.), qui hante la vie de ceux qui en souffrent en modifiant le fonctionnement du cerveau. Ses symptômes varient selon les individus, mais sont tous gravement invalidants : troubles du sommeil, ruminations, hypervigilance, tendance aux addictions ou pensées intrusives ; les personnes affectées vivent dans un cauchemar permanent.
Selon une étude co-écrite par Shaddy Saba, chercheur à la NYU Silver School of Social Work, ces blessures de la psyché, difficilement exprimables par la parole, pourraient être appréhendées plus objectivement grâce à un objet commun : les montres connectées. Leurs travaux ont été publiés le 29 septembre dans la revue PLOS One.
La physiologie, le nouveau langage du traumatisme
L’équipe de recherche a ainsi suivi 74 anciens soldats américains, tout juste rentrés à la vie civile, tous équipés d’une montre connectée et d’une application baptisée MAVERICK. Développée par le Dr. Leightley, aussi co-auteur de l’étude, celle-ci a servi de support afin de collecter des données dites « actives » auprès des participants.
Chaque jour, les vétérans devaient répondre à un court questionnaire, portant sur différents indicateurs relatifs à leur bien-être (humeur, qualité de leur sommeil, niveau de stress, contact social, etc.). Dans le même temps, leurs montres enregistraient des données physiologiques (« passives », cette fois) en continu : fréquence cardiaque, activité physique, heures de sommeil ou distance parcourue durant la journée.
Une fois ces données agrégées par les chercheurs, elles ont été analysées par des algorithmes d’apprentissage automatique (machine learning), dans le but de repérer les signes précurseurs d’une aggravation des symptômes du TSPT. « Nous voulions tester la faisabilité du suivi à distance grâce aux dispoitifs portables et aux smartphones », précise Saba. « Nos participants ont fourni des données auto-rapportées près de 70 % du temps, ce qui est un taux remarquablement élevé pour ce type d’étude ».
Une technique trop intrusive ?
Si certaines données passives se sont avérées fiables (nombres de pas et distance parcourue, par exemple), d’autres l’étaient moins, notamment les données relatives au sommeil. Le professeur Saba explique en effet que certains vétérans retiraient leur montre la nuit, estimant que l’expérience, s’étalant sur trois mois, était trop « intrusive ».
D’autres ont même exprimé des craintes liées à la confidentialité de leurs données : « Plusieurs participants ont dit qu’ils seraient inquiets si leurs données étaient partagées avec l’administration des anciens combattants (VA) », précise le chercheur.
Une peur très ancrée chez les anciens combattants de l’armée américaine, qui craignent d’être jugés par l’administration qui les a formés. Beaucoup redoutent que leurs données ne soient utilisées pour évaluer leur aptitude à la réinsertion dans le civil ou à leur restreindre certains droits (pensions d’invalidité, hausse des primes d’assurance santé, port d’arme, etc.).
D’après Saba, l’expérience s’est tout de même montrée concluante : « nos premiers modèles montrent que les données issues des montres connectées, combinées aux auto-évaluations, permettent de prédire avec une bonne précision l’apparition de troubles comportementaux ». Une approche qui reste encore au stade expérimental, qui sera certainement difficile à faire accepter par les institutions chargées des vétérans, comme le Department of Veterans Affairs. En effet, malgré la prévalence très forte de ce trouble aux USA (environ 10 % des soldats revenus du front), il reste l’un des plus redoutés par le corps médical américain. Bien qu’il soit officiellement reconnu, il est encore enveloppé d’un certain tabou et suscite une forte gêne politique et institutionnelle, ce qui complique la mise en œuvre de nouvelles pistes thérapeutiques.
- Des chercheurs de la NYU ont testé l’usage des montres connectées pour suivre en continu l’état psychologique de vétérans atteints de stress post-traumatique.
- Les capteurs physiologiques et les auto-évaluations quotidiennes ont permis de repérer des signes précoces de détresse avec une précision prometteuse.
- Malgré ces résultats, la méfiance des anciens soldats et la frilosité des institutions américaines freinent encore l’intégration de ce type de suivi dans le système de santé des vétérans.
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