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Pauvres Créatures : un récit initiatique insolite et insolent (critique)

Le film Pauvres Créatures vient à peine de sortir dans les salles obscures et c’est assurément la claque de ce début d’année. Découvrez notre critique garantie sans spoilers.

Et si Yórgos Lánthimos venait déjà de nous livrer le film de l’année ? Depuis ce mercredi 17 janvier 2024, Pauvres Créatures est diffusé dans les salles obscures de l’Hexagone. Dire que nous avions hâte de découvrir le nouveau métrage du cinéaste serait un euphémisme. Les bandes-annonces et les affiches extrêmement créatives avaient réussi à nous mettre l’eau à la bouche.

Mais c’est tout le problème des films qu’on attend avec impatience… Seront-ils jamais à la hauteur de nos attentes ? Alors qu’Emma Stone vient de remporter le Golden Globe de la meilleure actrice pour Pauvres Créatures et que le film a été récompensé du Lion d’Or à la Mostra de Venise en septembre dernier, nous avions bon espoir. Et nous n’avons pas été déçus par la nouvelle œuvre de Yórgos Lánthimos. En réalité, nous lui trouvons difficilement des défauts. Voici ce que nous avons pensé de Pauvres Créatures dans cette critique garantie sans spoilers.

L’odyssée philosophique que nous méritons

Le long métrage s’ouvre sur un suicide. Bonjour l’ambiance. Mais justement, avec cette scène d’ouverture, accompagnée d’une bande-son oppressante, Yórgos Lánthimos annonce la couleur de Pauvres Créatures. Bella est une jeune femme bien particulière sous la protection de l’étrange mais très doué chirurgien Godwin (God) Baxter. Après qu’elle ait attenté à ses jours, le scientifique réussit à la ramener à la vie. Ainsi, son corps et son cerveau ne sont pas encore bien synchronisés… Mais la jeune femme-enfant fait des progrès fulgurants. Très vite, elle manifeste un désir insatiable de connaître le monde, d’apprendre et de faire ses propres expériences.

Si Pauvres Créatures est une relecture du Frankestein de Mary Shelley, Bella est loin d’être un monstre repoussant. Au contraire ! Et c’est bien le cœur du film. D’une beauté envoûtante, la jeune femme attire les regards et les convoitises bien qu’elle ait, au début du film, les capacités intellectuelles d’une enfant. Elle tape dans l’œil de Max McCandles, apprenti de son créateur, mais surtout dans celui de Duncan Wedderburn. Beau parleur et séducteur avisé, l’avocat lui promet monts et merveilles. Sa soif de liberté et son envie de découvrir le monde (et tout ce qui va avec) la poussent à suivre le don Juan.

Nous embarquons ainsi à travers l’Europe pour un récit initiatique fascinant. Confrontée au “vrai monde” et à sa condition de femme, Bella ne cesse d’apprendre. Sur son environnement, sur la vie, sur elle-même, sur les autres, sur le sexe… Le métrage s’attarde longuement sur la découverte du plaisir sexuel de la jeune femme, qui va lui permettre de s’épanouir et même de s’émanciper. D’abord candide, elle se forge une personnalité et une intelligence déconcertantes. De Lisbonne à Paris, en passant par Alexandrie.

Totalement détachée des préjugés de son époque, ignorant tout de ce qui se dit ou se fait (ou ne se dit pas et ne se fait pas) en société, Bella arbore une liberté qui désarme les personnages qu’elle croise sur sa route. Si certains s’en amusent, d’autres ont du mal à la supporter. Comme le fameux avocat Duncan Wedderburn qui perd toute contenance quand il réalise que sa jolie “créature” est capable de penser par elle-même, de prendre ses propres décisions et n’a, en réalité, aucunement besoin de lui.

Le récit initiatique de Bella dans Pauvres Créatures est cru et rude, et justement terriblement captivant. Le métrage ne se contente pas de s’intéresser à la condition des femmes, avec des problématiques encore (hélas) très contemporaines, mais aussi à la condition et la nature humaines dans leur globalité. Qu’est-ce que cela signifie, d’être un être humain ? Pauvres Créatures est une fable humaine poignante qui ne manquera pas de marquer le spectateur. Le film jouit d’une écriture intelligente, qui retranscrit habilement l’évolution des personnages avec des pointes d’humour maîtrisées. Le tout pour se conclure sur une fin digne de ce nom. Il est difficile de ressortir indifférent de la séance.

Un OVNI visuel

Pauvres Créatures nous promet un voyage comme nous en avons rarement vécu. Le rétrofuturisme domine la photographie du film, qui se déroule à une époque antérieure, mais dans laquelle les voitures volantes ont toutes leur place malgré tout. Pendant presque 2h30, le métrage nous en met plein la vue. L’univers créé par les équipes du film est d’une richesse étourdissante et on aurait envie de s’y balader encore et encore. En s’intéressant à une jeune femme ramenée à la vie par un fantasque scientifique, Pauvres Créatures a toute la liberté de nous présenter des créatures rocambolesques et des tables d’opération sordides.

Pauvres Creatures
© Searchlight Pictures

Les décors créés pour Pauvres Créatures sont saisissants et splendides. Le tout est sublimé par une mise en scène extrêmement intelligente qui nous subjugue. Yórgos Lánthimos s’amuse avec la mise en scène, en optant notamment pour une première partie en noir et blanc avant de nous offrir une explosion de couleurs, en cohésion avec l’évolution de Bella. En toute honnêteté, Pauvres Créatures est une œuvre d’art à couper le souffle dans lequel l’onirisme est omniprésent.

Les costumes que porte Bella pendant tout le film sont magnifiques, en plus de refléter son évolution. La jeune femme réussit à retranscrire son identité à travers ses tenues, souvent excentriques et décalées. On est particulièrement fans de ses manches bouffantes à foison.

Emma Stone, la pauvre créature de génie

La filmographie d’Emma Stone est remplie de pépites et l’actrice a l’habitude de nous offrir des prestations d’exception. Régulièrement récompensée, la jeune femme a déjà remporté l’Oscar de la meilleure actrice en 2017 pour son interprétation de Mia dans La La Land. Avec Pauvres Créatures, elle pourrait bien viser la deuxième statuette dorée après d’avoir déjà remporté la récompense de la meilleure actrice lors de la 81ᵉ cérémonie des Golden Globes.

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En effet, Emma Stone est tout simplement impressionnante dans le rôle de Bella Baxter. L’actrice nous livre probablement l’une de ses meilleures prestations, donnant vie à cette “créature” unique et la rendant extrêmement attachante. Envoûtante et redoutablement juste dans ce rôle, Emma Stone n’a pas hésité à donner de sa personne pour Pauvres Créatures.

Pauvres Creatures 2
© Searchlight Pictures

De notre première rencontre avec une Bella rigide et très primitive, l’interprète nous dévoile toute une évolution complexe. L’actrice véhicule avec aisance toute une palette d’émotions pour nous scotcher à notre siège pendant 2h20. Personnage principal de cette odyssée fascinante, Emma Stone porte à elle seule (ou presque) Pauvres Créatures.

Malgré tout, l’actrice peut compter sur la présence de Mark Ruffalo et Willem Dafoe pour faire rayonner le film. Les deux acteurs sont tous les deux excellents et Emma Stone arrive à leur laisser suffisamment de place. Mark Ruffalo, dans le rôle de Duncan Wedderburn est d’un pathétisme à mourir de rire tandis que Willem Dafoe est fait pour ce rôle de scientifique loufoque et bienveillant.

Pauvres Créatures : déjà le film de l’année

L’année vient à peine de commencer. Et pourtant, Yórgos Lánthimos pourrait bien nous avoir déjà offert le film de 2024 avec Pauvres Créatures. Difficile de dénicher des failles dans son nouveau long métrage. D’une beauté renversante, parsemé de décors et de costumes exceptionnels, au scénario captivant et intelligent, à la mise en scène bluffante et aux acteurs magistraux, Pauvres Créatures est le long métrage à voir actuellement dans les salles obscures. Si le film n’hésite pas à se montrer cru, ce qui pourrait heurter la sensibilité de certains spectateurs, il s’impose comme une véritable claque cinématographique.

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2 commentaires
2 commentaires
  1. Euh je viens de lire la moitié et j’ai directement arreter j’ai eu l’impression d’avoir été spoilé lçde la moitié du film. Contrairement à ce que dit cette article ne le lisez pas si vous voulez avoir la surprise du film et de l’intrigue de personnages. Pour faire court oui c est un bon film et la revisite d un célébrer film dont je tairai le nom mais en mieux pensé 😉 bonne séance.

  2. Une critique de film que l’on a compris qu’à moitié dévoile tout dés lors qu’il ne dévoile que ce que l’on a compris.

    Bel article, et pourtant je ne suis pas amateur de critiques, fussent-elles littéraires ou cinématographiques. Mais, libres de pédanterie, sobres et enthousiastes, restent appréciées à l’occasion. C’est le cas ici.

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