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Préserver la vie sauvage : l’IA comme nouvelle solution pour protéger les animaux

Dans les vastes étendues de l’Ouest américain, un million de kilomètres de clôtures entravent la migration des animaux sauvages. Pour assurer leur surpression, les chercheurs se tournent vers l’IA.

Essayez de former cette image dans votre tête : une barrière de fil barbelé s’étendant de la Terre à la Lune, puis revenant sur Terre. C’est surréaliste n’est-ce pas ? Cette dernière illustre pourtant une réalité bien concrète dans l’Ouest américain. Ces clôtures, érigées au fil du siècle dernier pour contenir le bétail, sont devenues un véritable casse-tête pour la faune sauvage. Cerfs, wapitis et antilopes se retrouvent prisonniers de ces labyrinthes métalliques, incapables de migrer pour se nourrir ou échapper aux rigueurs de l’hiver.

Face à ce défi titanesque, deux chercheurs ont décidé de faire appel à un allié inattendu : l’intelligence artificielle. Leur objectif ? Cartographier ces barrières invisibles pour mieux les démanteler. Si cette technologie représente un poids environnemental de plus en plus lourd pour la planète, de nombreuses initiatives font pourtant appel à elle pour venir au secours de l’environnement. Prédiction et prévention des catastrophes naturelles (feux de forêts, sécheresses, etc.), optimisation de la gestion des déchets, agriculture de précision ou surveillance des animaux, comme c’est le cas ici.

L’IA, les yeux du ciel au service de la biodiversité

Wenjing Xu et Zhongqi Miao, respectivement chercheuse postdoctorale au Centre de recherche sur la biodiversité et le climat de Senckenberg et scientifique au laboratoire Microsoft AI for Good, ont relevé un défi de taille. Ils ont entraîné un algorithme à repérer les clôtures sur des images aériennes du sud-ouest du Wyoming, une région essentielle pour la migration des antilopes et des cerfs hémiones.

Le résultat est impressionnant : leur système est capable d’identifier avec précision environ 70 % des clôtures. Une prouesse qui ouvre des perspectives encourageantes pour la conservation de la biodiversité. « Les clôtures jouent un rôle majeur dans les déplacements des animaux et la santé de l’environnement, mais il est actuellement très difficile d’obtenir de bonnes données sur leur impact », explique Ben Koger, écologue et informaticien à l’Université du Wyoming. Selon lui, l’initiative de Xu et de Miao représente un grand pas en avant.

Des barrières mortelles pour la faune

L’urgence de la situation ne fait aucun doute. Une étude récente menée par le biologiste Hall Sawyer de Western EcoSystems Technology a mis en lumière les conséquences dramatiques de ces obstacles artificiels. En équipant 45 antilopes de colliers émetteurs, il a pu suivre leurs déplacements dans les plaines du Wyoming. Le constat est alarmant : lors de l’hiver 2023, particulièrement rude, la moitié des animaux suivis ont péri, ainsi que des milliers d’autres du troupeau.

Les données récoltées racontent une histoire poignante : celle d’animaux tentant désespérément d’échapper aux conditions hivernales extrêmes, mais se heurtant sans cesse aux clôtures et aux autoroutes. Par exemple, une des antilopes surveillées a ainsi parcouru plus de 400 km sans jamais réussir à s’éloigner de plus de 50 km de son point de départ. Un labyrinthe infernal pour ces pauvres bestioles.

Vers une gestion intelligente des espaces naturels

L’approche de Xu et Miao pourrait bien révolutionner la gestion des espaces naturels. Leur ambition ne s’arrête pas aux frontières américaines : ils envisagent d’étendre leur méthode à l’utilisation d’images satellites, ce qui permettrait de cartographier les clôtures à l’échelle mondiale.

Cette avancée technologique pourrait avoir des répercussions considérables si elle est menée jusqu’au bout. Une étude de 2019 a montré que la suppression des clôtures dans certaines régions du Canada et des États-Unis pourrait augmenter l’accès des antilopes à du fourrage de haute qualité jusqu’à 38 %, aussi bien sur les terres publiques que privées.

Toutefois, le modèle d’IA développé par Xu et Miao doit encore être affiné pour éviter les erreurs d’interprétation afin de ne pas confondre les routes et les barrières. Certains experts, comme Sawyer, souhaiteraient des informations plus détaillées sur les types de clôtures pour mieux évaluer leur impact sur la faune. « Comprendre les types et les hauteurs des clôtures nous permettrait de déterminer s’ils représentent un danger pour les grands gibiers » explique le chercheur.

Malgré ces obstacles, l’enthousiasme est palpable dans la communauté scientifique. Ben Weinstein, écologue spécialisé en vision par ordinateur à l’Université de Floride, souligne que ces projets ne visent pas à remplacer l’observation humaine, mais à offrir aux groupes de conservation et aux gestionnaires de terres de nouveaux outils pour prendre des décisions éclairées. Une chose est sûre : l’alliance entre l’intelligence artificielle et la protection de la biodiversité promet d’être passionnante à suivre dans les années à venir.

  • Les clôtures dans l’Ouest américain entravent la migration des animaux sauvages, les empêchant de trouver de la nourriture et les exposant à des conditions climatiques extrêmes.
  • Des chercheurs ont développé un modèle d’IA pour identifier ces clôtures sur des images aériennes, afin de mieux comprendre leur impact sur la faune et de mettre en place des mesures de conservation.
  • Cette technologie pourrait révolutionner la gestion des espaces naturels, en permettant de cartographier les clôtures à l’échelle mondiale

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