Obtenir des aides publiques ne suffit pas toujours à concrétiser une rénovation énergétique. Une fois les dispositifs d’État mobilisés, le reste à charge peut rapidement s’élever à plusieurs milliers d’euros pour les particuliers. Et face à ce montant, l’accès au prêt bancaire classique s’avère bien souvent impossible pour les ménages modestes ou les travailleurs aux statuts dits atypiques, comme les intérimaires.
Un verrou que Vasco, jeune startup bordelaise, entend faire sauter. Sa promesse est simple : elle finance le chantier en devenant propriétaire d’un petit pourcentage du logement. Une idée qui a germé lors de la rencontre des trois cofondateurs aux parcours complémentaires : Hervé Degreve, spécialiste en énergie, Sébastien Prot, expert des opérations d’e-commerce, et Mathieu Guerchoux, ancien trader.
« Le vrai nœud du problème, c’est le financement : beaucoup de propriétaires renoncent parce que le crédit bancaire classique n’est simplement pas adapté à leur situation », explique Hervé Degreve dans un entretien accordé à Presse-citron. « Nous avons donc imaginé une alternative au prêt. Nous fonctionnons comme un fonds d’investissement dans une entreprise : plutôt que de prêter de l’argent, nous investissons. Cela permet aux particuliers d’effectuer leurs travaux en débloquant une partie de la valeur accumulée dans leur logement », poursuit-il.
Lors du lancement de l’entreprise il y a trois ans, ce concept dit de home equity a suscité des réserves quant à son adaptation au marché français. Force est de constater que ces prédictions étaient erronées.
Un partenaire pour financer les travaux de rénovation
Car en France, la nécessité de remettre à niveau les logements s’intensifie en raison du dérèglement climatique, alors même que la hausse du coût de l’énergie et l’inflation affectent directement les ménages et leur pouvoir d’achat.
Si la performance énergétique (chauffage, isolation, ventilation) constitue la porte d’entrée principale de 50 % des dossiers traités par Vasco, elle révèle bien souvent une précarité immobilière plus globale. Pour beaucoup de propriétaires, l’urgence ne se limite pas à faire baisser les factures, mais concerne la salubrité et l’habitabilité même de leur logement.
L’entreprise finance ainsi la mise aux normes de la toiture, de l’assainissement, de la plomberie ou de l’électricité, tout en intégrant des chantiers d’adaptation à la perte d’autonomie ou aux risques climatiques locaux (inondations, retrait-gonflement des argiles, etc.). Objectif : préserver la valeur globale du bâtiment et éviter qu’il ne se dégrade irréversiblement.
« La rénovation énergétique est l’arbre qui cache la forêt. Quand on manque de liquidités, cela masque souvent d’autres urgences dans la maison, comme une charpente défaillante ou une électricité hors normes », constate le cofondateur. « Il vaut mieux posséder 80 % d’une maison parfaitement rénovée et confortable que 100 % d’une passoire thermique qui perd de sa valeur », avance-t-il.
Ainsi, Vasco agit en pur partenaire financier. La société ne gère ni le choix des artisans, ni le suivi du chantier, ni la recherche d’aides. L’argent est versé sur un compte dédié aux travaux, laissant le propriétaire piloter son projet en toute autonomie.

Comme Vasco finance ces investissements
Une fois les fonds débloqués et les travaux réalisés, que devient ce pourcentage de la maison cédé à la startup ? En pratique, le propriétaire conserve l’usage total de son logement au quotidien, sans avoir à verser le moindre loyer ni la moindre mensualité. Le remboursement n’intervient qu’au moment où le bien est vendu, la startup récupérant alors sa part sur le prix de revente. Si le propriétaire retrouve de la trésorerie au fil des ans, il conserve également la liberté de racheter sa part.
Et pour faire fonctionner ce modèle, l’entreprise s’appuie sur une structure dédiée : sa foncière solidaire baptisée Gamma. C’est elle qui acquiert légalement les parts de maisons chez le notaire et détient ces morceaux de patrimoine. Pour elle-même ce financer, l’entité fait appel à l’épargne privée et permet à des particuliers ou à des investisseurs de placer leur argent dans un produit concret.
Au lieu de dormir sur un compte bancaire classique, cet investissement sert directement à rénover des logements français : l’État leur accorde une réduction d’impôt immédiate de 25 % sur les sommes investies, complétée par un objectif de rendement annuel ciblé à 9 % sur le long terme, indexé sur la revalorisation de l’immobilier rénové.
« L’investisseur n’achète pas une maison en particulier : il détient des titres d’une foncière qui regroupe des dizaines de morceaux de logements rénovés. On crée un pont entre des gens qui veulent donner du sens à leur épargne et des propriétaires bloqués par les banques », résume Hervé Degreve.
Une levée de fonds pour se développer
Un modèle qui attire. Vasco a récemment franchi une étape décisive avec une levée de fonds à hauteur d’1,7 millions d’euros auprès des fonds à impact Aquiti et makesense. De quoi lui permettre de mieux répondre à une demande qui s’est fortement accélérée avec la baisse des aides publiques. « Cet argent levé est destiné à faire grossir Vasco, développer la technologie et recruter », indique le dirigeant.
Après avoir accompagné une centaine de projets, la startup vise désormais un changement d’échelle majeur. Son ambition est de multiplier par dix son activité d’ici à la fin de la décennie pour atteindre le cap des 1 000 rénovations financées par an. Une feuille de route ambitieuse, qui entend imposer le home equity comme un réflexe durable pour débloquer la rénovation énergétique en France.
- Vasco permet aux propriétaires de financer leurs travaux sans s’endetter ni payer de mensualités, en vendant un pourcentage de leur logement.
- Les chantiers sont financés par l’épargne de particuliers investie dans la foncière Gamma, qui récupère sa part au moment de la revente du bien.
- Après une levée de fonds de 1,7 million d’euros, la startup bordelaise vise le cap des 1 000 rénovations financées par an d’ici 2030.
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