Alors qu’elle se positionne parmi les leaders du marché au Brésil, en Amérique latine et aux Etats-Unis, Motorola a bien du mal à retrouver les sommets en Europe. Pourtant, sa stratégie tient debout.
Le constructeur propose des smartphones très abordables en entrée et milieu de gamme afin d’augmenter ses volumes de vente. Sur le haut de gamme, elle mise sur un rapport qualité-prix défiant toute concurrence, un design original ainsi qu’une approche logicielle épurée.
Enfin, elle lance depuis deux ans deux modèles pliants à clapet estampillés « Razr » en hommage à l’un des produits les plus vendus de l’histoire de la téléphonie. En 2025, le Razr 60 Ultra incarne ce que Motorola sait faire de mieux. Mais est-ce suffisant ? Réponse dans notre test complet.
Ce qu’on a aimé du Motorola Razr 60 Ultra
Solide comme un chêne

On vous parle d’un temps que les moins de vingt ans connaissent à peine. C’était en 2013, six ans seulement après la sortie du tout premier iPhone. À l’époque, Motorola était encore américain et il lançait le Moto X, le tout premier smartphone… en bois. Douze ans plus tard, la marque, passé sous drapeau chinois, remet cela avec le Razr 60 Ultra, premier smartphone pliant du genre. Vous n’êtes pas sensible à ce matériau ? Pas de problème, Motorola propose aussi son petit dernier en verre ou en cuir vegan.
Le Razr 60 Ultra reprend donc le format à clapet du 50 Ultra avec quelques ajustements bienvenus. L’écran externe occupe désormais plus d’espace alors que les dimensions n’ont quasiment pas bougé. Pour obtenir ce résultat, Motorola a revu les lignes du smartphone : désormais les bordures sont légèrement incurvées et plongent sur les tranches plates.

Les ingénieurs ont également conçu une toute nouvelle charnière avec l’objectif de solidifier l’ensemble (Motorola a aussi intégré un verre Gorilla Victus sur l’écran externe et certifié l’ensemble IP48) et de réduire encore la marque de la pliure. Puisqu’il est difficile d’évaluer la robustesse d’un smartphone en un mois de test, nous devrons nous contenter des promesses de la marque. Motorola annonce jusqu’à 800 000 cycles ouverture/fermeture (35% de plus que le Razr 50 Ultra) ainsi qu’une charnière 4 fois plus solide.
En revanche, nous pouvons affirmer sans trembler c’est que la pliure du Razr 60 Ultra est la plus discrète que l’on ait observé sur un smartphone. À moins de la chercher sous des néons, elle est même complètement invisible et on ne la sent pas non plus au toucher. Bravo Motorola !
Pour le reste, le Razr 60 Ultra reprend les lignes de son prédécesseur. On retrouve hélas des bordures noires un peu épaisses autour de l’écran interne. Motorola inaugure également un nouveau bouton physique sur la tranche gauche dédié à l’IA (nous y reviendrons).
Sans bouleverser sa recette, Motorola parvient à apporter les ajustements nécessaires pour se hisser au niveau de Samsung, réputé pour son savoir-faire en matière de design. Le Razr 60 Ultra est un smartphone pliant élégant et original qui ne laisse personne indifférent (surtout la version en bois qui nous a été fournie).
Ses magnifiques écrans
Format pliant oblige, le Razr 60 Ultra est équipé de deux écrans. Commençons par la dalle flexible à l’intérieur, d’une diagonale de 7 pouces ! D’aucuns s’imaginent un écran énorme. Ce n’est pas le cas, la dalle s’étirant à la verticale au format 21,4/9.
Techniquement, nous n’avons rien à reprocher à l’écran interne du Razr 60 Ultra. Il faut dire que Motorola s’est fait plaisir au moment de faire son choix chez le fournisseur. De technologie LTPO, sa fréquence de rafraîchissement oscille entre 1 et 165 Hz selon les contenus affichés (les 165 Hz ne sont activés que pour le jeu). Au programme également, les certifications Dolby Vision et HDR10+. De quoi ravir les amateurs de films et séries.
L’écran du Razr 60 Ultra est très lumineux avec un score de 1512 cd/m2 dans les laboratoires de 01Lab. Sans être l’écran flexible le plus lumineux du marché, il permet une utilisation en plein soleil sans être dérangé par les reflets. Pour vraiment apprécier toute la beauté de cet écran, on recommande de désactiver le mode vif dans les paramètres d’affichage pour profiter de couleurs plus naturelles.

Surprise du chef, Motorola a prêté la même attention au Cover Display, son petit écran externe de 4 pouces. Lui aussi de technologie pOLED LTPO il couvre 78,72% de la face avant et offre un accès à la quasi totalité des applications (nous y reviendrons). Lui aussi très lumineux, il peut être utilisé dans n’importe quel environnement.
Soulignons enfin que les deux écrans ont été calibrés en partenariat avec Pantone afin de reproduire les couleurs de manière la plus fidèle possible à ce que votre oeil perçoit. Un régal.
Son logiciel boosté à Moto AI

Motorola s’est toujours distingué sur le plan logiciel en optant pour une interface Android fidèle à ce qu’a imaginé Google. Le Razr 60 Ultra s’inscrit dans cette philosophie en intégrant Android 15 dans une version épurée proche de celle des Pixel. Pour pimenter l’expérience, Motorola propose quelques fonctionnalités bien senties regroupées dans l’application Moto.
Par exemple, on peut allumer la lampe torche en secouant deux fois le téléphone, activer l’appareil photo en faisant deux petites rotations du poignet ou appuyer longuement sur l’écran avec trois doigts pour faire une capture d’écran. Nous ne nous attarderons pas sur toutes les fonctionnalités proposées, nous les avons déjà largement décrites dans nos précédents tests de smartphones Motorola. Mentionnons tout de même l’arrivée de Moto Migrate, une application permettant de transférer les données d’un iPhone vers un smartphone Motorola.

Ceci étant dit, concentrons-nous sur Moto AI, véritable nouveauté logicielle du Razr 60 Ultra. À l’instar de ces concurrents, Motorola répond à l’appel de l’intelligence artificielle. En revanche, le sino-américain ne s’est pas contenté d’intégrer les outils imposés par le cahier des charges de Google.
D’abord, Motorola a ajouté sur la bordure gauche un bouton physique spécifique au déclenchement de Moto AI. Il permet pour le moment d’accéder à un résumé des dernières notifications ou de prendre une note pour plus tard (avec possibilité d’y adjoindre une photo). Il est aussi possible de cocher une option permettant d’activer automatiquement Moto AI lorsqu’il est posé en mode chevalet et qu’on le regarde.
C’est tout ? Pas tout à fait. Le constructeur offre aussi trois mois d’abonnement à Perplexity Pro, pré-installé sur le smartphone. Motorola ne révolutionne pas l’IA sur smartphone mais tente une approche originale avec des outils internes.

Seul véritable hic : Moto AI n’est pas disponible en français à l’heure où nous écrivons ces lignes. Motorola a privilégié les langues des marchés où il est le plus présent : l’anglais (pour les USA), le portugais (pour le Brésil où il est numéro 1 ou 2 selon les trimestres) et l’espagnol (pour le reste de l’Amérique latine). On peut donc interroger Moto AI en français, mais ses réponses se feront par défaut en anglais.
Soulignons que Motorola continue de faire de son écran externe une interface à part entière. Contrairement à son rival coréen, il autorise l’affichage de toutes les applications sur le petit écran de 4’’. On peut donc répondre à la volée aux messages, consulter les notifications sans ouvrir le téléphone et même jouer à des petits jeux de type “Tetris”.

Motorola autorise pas mal d’outils de personnalisation et certaines applications disposent d’une interface optimisée. Les lecteurs de plateformes de musique par exemple sont un régal à utiliser sur ce petit écran.
Motorola aurait pu faire un sans-faute si le suivi logiciel n’était pas limité à 3 ans (et 4 ans pour les mises à jour de sécurité). On peut tolérer un suivi si court sur des modèles à moins de 500 euros. Pas pour le Razr 60 Ultra, proposé à 1 299 euros !
Une belle expérience photo

Soumis aux mêmes contraintes d’espace que la concurrence, Motorola n’a pu équiper son Razr 60 Ultra que de deux optiques. Le premier module est composé d’un objectif grand-angle 24 mm (f/1,8) accompagné d’un capteur de 50 MP (1/1,56’’).
Le second repose sur un objectif ultra grand-angle 12 mm (f/2) ainsi qu’un capteur de 50 MP. Pour une raison qui nous échappe, le module pour selfie (f/2) intègre aussi un capteur de 50 MP. Equiper un smartphone pliant à clapet d’un tel matériel nous paraît presque inutile, le format pliant permettant de réaliser des selfies avec les modules principaux.
Cela est d’autant plus étonnant que Motorola exploite à merveille les talents de contorsionniste du Razr 60 Ultra. Par exemple, on peut le poser en mode chevalet et déclencher la photo en levant la main. Le mystère de l’intégration d’un tel capteur selfie reste donc entier.

Qu’en est-il de la qualité photo ? Elle est plutôt bonne, même si elle reste imparfaite. En dehors des couleurs un poil trop saturées, les photos sont réussies. Le piqué est excellent et les contrastes bien gérés.
Les résultats sont plus aléatoires en basse lumière. Selon l’optique utilisée, les couleurs diffèrent légèrement : on observe une sur-représentation du jaune avec le module principal alors que l’ultra grand-angle (qui fait aussi office d’objectif macro) tire davantage sur le rouge.

Justement, l’ultra grand-angle se révèle lui aussi très convaincant. Bien que la distorsion soit toujours visible sur les bords de l’écran, elle reste contenue et permet de laisser libre cours à sa créativité. Il est logiquement un peu plus en difficulté en basse lumière mais reste exploitable.
Quid du téléobjectif ? La finesse des smartphones pliants à clapet ne permet pas, à ce jour, d’intégrer de telles optiques. On doit donc s’appuyer sur la puissance des algorithmes pour capturer des photos de loin. Jusqu’à un zoom 4x, le Razr 60 Ultra se débrouille très bien. Au-delà, le manque de détails est trop marqué pour espérer faire quoi que ce soit des photos.

Côté vidéo, le Razr 60 Ultra peut filmer jusqu’en 8K à 30 im/s. Nous lui préférons la 4K à 60 im/s, la stabilisation étant plus efficace. Motorola continue d’exploiter le format pliant pour transformer son smartphone en caméscope (les moins de 30 ans, demandez à ChatGPT). Effet madeleine de Proust garanti.
Son excellente autonomie

Jusqu’à maintenant, les smartphones pliants de type « Flip » ne brillent pas par leur autonomie. Jusqu’à maintenant… En associant une généreuse batterie de 4 700 mAh (contre 4 000 mAh pour le 50 Ultra) à la puce Snapdragon 8 Elite, Motorola réussit à proposer le smartphone pliant à clapet le plus endurant de l’histoire. C’est bien simple, il se frotte aux références des smartphones « classiques » dans les tests d’autonomie du 01Lab. Avec un score de 20h28, il fait mieux que le Galaxy S25 Ultra et à peine moins que le OnePlus 13, référence en la matière.
Comptez donc une journée et demie d’utilisation si vous n’abusez pas des jeux et autres applications très gourmandes. Une charge sera nécessaire si vous abusez de ces bonnes choses.
Votre usage aura un impact non négligeable avec ce modèle si particulier. En autorisant l’ouverture de n’importe quelle application sur son petit écran externe, Motorola permet à l’utilisateur de limiter les ouvertures du téléphone, et donc la consommation d’énergie. L’autonomie peut varier du simple au double si vous utilisez le Razr 60 Ultra fermé la plupart du temps.
En ce qui nous concerne, nous avons réussi à atteindre les deux jours en n’ouvrant le téléphone que lorsque cela s’est révélé indispensable : pour regarder une vidéo, lire un article, naviguer sur les réseaux sociaux ou encore jouer. Une expérience insolite mais pas désagréable, bien au contraire.
Bof : la charge un poil lente

Si Motorola a trouvé la recette du smartphone pliant endurant, il lui reste des progrès à faire en matière de charge. Capable d’encaisser une puissance de 68 W, le Razr 60 Ultra retrouve toute son énergie en un peu moins d’une heure (avec un bloc 120 W de Xiaomi). Les 50% sont atteints en un peu plus de 15 minutes.
Il se positionne donc dans la moyenne basse de ce que l’on peut trouver sur le marché. Une performance qui s’explique par la puissance réellement accueillie par le téléphone. Les tests du 01Lab avec un chargeur de 67W révèlent un pic à 42,5 W seulement.
On se console avec une charge sans fil de 30 W plutôt rapide ainsi qu’une charge inversée de 5W. Tout y est. Dommage que les promesses ne soient pas tout à fait tenues.
Ce qu’on a moins aimé du Motorola Razr 60 Ultra
Chaud devant !

Le Razr 60 Ultra embarque la puce Snapdragon 8 Elite, le nec plus ultra de ce que l’on peut trouver à l’heure actuelle. Associé à 16 Go de RAM et 512 Go de stockage (UFS 4.0), il délivre des performances de haute volée. Les scores relevés sur les benchmarks du 01Lab en témoignent : le Razr 60 Ultra est un foudre de guerre.
On peut exécuter toutes les applications les plus exigeantes disponibles à ce jour sur smartphone, à une condition : ne pas trop solliciter la puce graphique (GPU). Les ingénieurs ont visiblement éprouvé quelques difficultés dans la gestion de la chaleur. Le 01Lab n’a pas pu arriver au bout du benchmark 3DMark qui mesure les performances graphiques, la faute à un problème de chauffe.
Le Razr 60 Ultra nous aussi joué des tours lors de sessions de jeu prolongées. Après 20 minutes de Call of Duty Mobile, le smartphone a quitté le jeu afin d’éviter la surchauffe. Nous avons aussi rencontré ce problème lors d’une tentative d’édition vidéo 4K sur Capcut ainsi qu’en essayant de retoucher les photos de ce test dans Lightroom.

Ce problème est-il rédhibitoire ? Tout dépend des usages. Si vous avez tendance à jouer ou que la création de contenus fait partie de votre quotidien, attendez-vous à voir vos applications préférées crasher de temps à autres.
Motorola peut toujours déployer une mise à jour pour corriger le tir, par exemple en augmentant le throttling, procédé consistant à baisser les performances dès que le smartphone chauffe trop. Mais ce n’est pas non plus l’idéal.
Notre avis sur le Motorola Razr 60 Ultra
Avec le Razr 60 Ultra, Motorola démontre une fois de plus toute l’étendue de son savoir-faire. Son dernier smartphone pliant à clapet s’impose comme la référence du moment, devant le Galaxy Z Flip 6 de Samsung, et en attendant le Z Flip 7.
Élégant, performant et très endurant, le Razr60 Ultra propose aussi une expérience logicielle simple et fluide, avec juste la bonne dose d’IA. Ajoutons à cela un certain talent pour la photographie ainsi qu’une expérience unique, rendue possible par l’écran externe parfaitement optimisé.
Reste que Motorola n’a pas encore trouvé la recette du smartphone pliant parfait. Les problèmes de chauffe (notamment en jeu), la charge un poil trop lente et, surtout, un suivi des mises à jour de seulement trois ans sont autant de points qui nous empêchent de le recommander au tarif proposé. À 1 299 euros, le Razr 60 Ultra est à notre avis un peu trop cher.
Au choix, vous pouvez vous tourner vers le Razr 60, un peu moins clinquant mais proposé à 799 euros. Sinon, attendez quelques mois pour le trouver à moins de 1 000 euros. Sous cette barre symbolique, il ne souffrira d’aucune concurrence.
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Razr 60 Ultra
1299€On aime
- Design soigné et écrans sublimes
- Excellentes performances mais...
- Très endurant
- Appareil photo convaincant
- Interface légère et fonctions IA intéressantes
On aime moins
- Prix un peu élevé
- ... chauffe trop en jeu
- Recharge un peu trop lente
- IA seulement en anglais
- Mises à jour de 3 ans seulement



















