[détox] Polygraph.cool, l’art de manier les data pour informer

Polygraph.cool est, comme son nom de domaine l’indique, un site d’informations vraiment cool qui raconte l’histoire ou les histoires autrement à partir de milliers de données open source.

polygraph

Nouvel épisode de [détox] dans lequel nous continuons d’explorer l’univers des médias qui proposent une façon différente, originale, décalée de suivre l’actualité. Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au site Polygraph.cool qui traite l’actualité en exploitant les données, souvent statistiques, disponibles gratuitement sur la toile.

>> Retrouvez nos précédents articles de la série [détox]

Une exploitation belle et intelligente des datas

Le site Polygraph.cool traite de tous les types d’actualité : musique, sport, politique, cinéma et même histoire. Si de nombreux médias ont déjà investi ce secteur, les plus connus étant des journaux ou site importants comme Les Inrocks ou les sites/blogs lifestyle, Polygraph est loin d’aborder ces sujets de la même façon et se démarque par son approche originale.

Les journalistes du site, experts en data visualization, écrivent des récits complets, des histoires long format qui mélangent habilement du texte, des vidéos, du son mais aussi du code et des statistiques. Dans un monde où de nombreux acteurs du web parlent d’exploitation des données sans toujours apporter une description précise du principe, Polygraph utilise ces données brutes et leur donne un sens afin de mettre en lumière des sujets complexes (l’inégalité des sexes dans le cinéma hollywoodien) ou apporter des réponses à des sujets de pop culture vieux comme le monde. Un sujet amusant à lire est d’ailleurs « No Diggity » est-il un classique intemporel ?.

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Visualisation des données de la campagne américaine.

Cette nouvelle forme de journalisme se rapproche grandement de la science et se permet même le luxe (ou le respect des lecteurs) de proposer un web design global et une mise en page des articles d’une élégance incroyable.

Un exemple et un peu d’histoire de la musique

Comment mélanger subtilement musique et frises chronologiques ? Polygraph apporte une réponse concrète. L’article History remonte le temps, en 1958 précisément, pour revenir progressivement en 2016 en s’attardant sur le top 5 des ventes de disques, semaine après semaine, aux Etats-Unis. Un concept assez incroyable qui permet de voir l’évolution des goûts musicaux de la population ainsi que l’impact et la popularité de certains artistes. Saviez-vous qu’en 1999, Elton John était le chanteur qui est resté le plus longtemps numéro un des ventes avec 14 semaines dans les hauteurs du top 5. Les années 2000 marquent l’arrivée de Rihanna, Katy Perry ou encore Beyonce. Le record du plus grand nombre de semaines en tête du classement est détenu par Usher avec plus de 43 semaines. Bien entendu, comme cette histoire de la musique ne se base que sur les données des États-Unis, on peut aussi y observer les goûts et les tendances outre-Atlantique et la forte présence des titres RnB et Hip-Hop, toujours très populaires aux États-Unis.

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Polygraph va jusqu’au bout de sa démarche interactive en laissant la frise « jouer » toute seule. Cliquez sur Play, munissez-vous d’un bon casque et laissez-vous emporter à travers le temps et les courants musicaux. Vous n’êtes pas obligé de commencer en 1958, vous pouvez aussi vous laisser aller à la nostalgie en écoutant les mélodies des années 80 ou 90.

Jazz & datas

Si les journalistes de Polygraph.cool savent analyser les données de l’actualité comme peu d’autres sites, ils savent aussi les mettre en forme pour de beaux hommages virtuels. En 1991, le célèbre et incontournable jazzman Miles Davis disparaissait. Il aurait fêté son 90ème anniversaire le 26 mai 2016. Polygraph a mis sa science et sa maîtrise des data pour immortaliser l’événement, en partenariat avec Legacy Recordinds, et lancé Universe of Miles Davis, un site internet permettant de visualiser l’impact culturel et l’importance de Miles Davis à travers un  superbe graphisme et de nombreux textes.

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Parmi les nombreux exemples de l’influence du jazzman, il y a par exemples les campagnes Apple « Think different » dans lesquelles figuraient de nombreux artistes et hommes importants comme Picasso, Lennon-Ono, Charlie Chaplin, Bob Dylan, Albert Einstein, Ghandi, Buzz Aldrin et bien entendu Miles Davis, censé valoriser le côté « contre-culture ». Plus contemporain, on retrouve Lady Gaga dont l’intérieur du bras droit est orné d’un tatouage de la trompette à sourdine de Miles Davis. Le livre « Sur la route » de Jack Kerouac cite également trompettiste dans sa bande-son. Les analystes de Polygraph ont aussi établi une ligne du temps des occurrences dont les pics coïncident avec la parution d’albums charnières comme « Kind Of Bue » (1959) ou « Bitches Brew » (1970). Enfin, on retrouve du Miles Davis dans la musique populaire puisque beaucoup d’artistes se sont ouvertement inspirés de son jazz, comme Donald Fagen (Steely Dan), King Crimson, Joni Mitchell, Carlos Santana ou encore Radiohead époque « OK Computer ».

Pour mettre en forme toutes ces données, Polygraph a analysé 2 452 pages Wikipédia, dont 1 005 ont trait à des gens, 859 à des enregistrements, 96 à des lieux et 492 à des sujets divers comme une bière nommée Miles.

Cartographier les médias

Puisqu’on parle de visualisation des données, j’aimerais finir cet article avec une petite parenthèse sur le travail du journaliste Yann Guégan. En mai 2015, il avait proposé une carte qui permettait de visualiser le traitement géopolitique des chroniques de Bernard Guetta, tous les matins à l’antenne de France Inter. L’objectif initial était de rendre visible les lignes éditoriales internationales des médias, leurs zones d’intérêt géographique et donc, leurs visions respectives du monde.

Un travail vraiment intéressant que je vous invite à découvrir, je pense que nous aurons l’occasion d’y consacrer un article plus tard.

Pour finir avec l’expérience Polygraph, je pense qu’on peut dire qu’il s’agit d’un site assez incroyable qui réussit à faire cohabiter cinéma, statistiques, jazz et design d’interface. Une bien belle expérience immersive, comme on aimerait en voir plus souvent sur le web. Sinon, vous préférez savoir combien de personnes ont bu de la bière « Miles » ou quels ont été chaque mois les titres les plus écoutés des années 80 ? Allez, à dans 15 jours !


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