Jason Calacanis, l’un des blogueurs historiques les plus connus outre-atlantique (et donc dans le monde) vient d’annoncer vendredi dernier qu’il cessait son activitĂ© de blogueur.

Calacanis, après une première expĂ©rience dans l’Ă©dition de lettres d’information sur les nouvelles technologies, est surtout connu pour avoir fondĂ© le premier rĂ©seau de blogs, Weblogs Inc, dont le cĂ©lèbre Engadget est l’une des figures de proue. Plus rĂ©cemment, il est Ă  l’origine de l’expĂ©rience de la nouvelle version de Netscape transfigurĂ© en concurrent direct de Digg, puis de la crĂ©ation du moteur de recherche humain Mahalo.

jason CalacanisLa fausse confĂ©rence de presse d’annonce - Calacanis se retire avec humour

Parmi les raisons qui l’ont incitĂ© Ă  prendre cette dĂ©cision, Calacanis cite le fait que le blogging est devnu un truc top Ă©norme et impersonnel pour lui, et qu’il souhaite revenir Ă  des choses plus “acoustiques” et intimes. Il considère que la conversation avec une trop large communautĂ© n’a plus de sens.
Autre raison invoquĂ©e : le fait de ne plus supporter la pression constante d’ĂŞtre l’un des blogueurs les plus connus et les plus lus du monde, et les accusations permanentes qui lui sont faites d’Ă©crire pour gĂ©nĂ©rer du backlink et du trafic, et ainsi augmenter son influence.

Jason Calacanis annonce vouloir privilĂ©gier un autre format d’Ă©change et d’expression : sa Liste de diffusion par email, qu’il limitera Ă  750 membres. Une autre forme de blogging oĂą les lecteurs seraient triĂ©s sur le volet ?

Après versac chez nous (toutes proportions gardĂ©es), c’est donc un autre blogueur emblĂ©matique qui tire sa rĂ©vĂ©rence. Bien sĂ»r Calacanis a d’autres projets en cours qui ont largement de quoi l’occuper, sa fortune est faite (il a revendu ses prĂ©cĂ©dentes entreprises, la dernière en date Ă©tant justement son rĂ©seau de blogs Weblogs Inc, qu’il a cĂ©dĂ© Ă  Time Warner pour 25 millions de dollars) et on peut comprendre que son blog, qui ne lui rapportait rien puisqu’il Ă©tait vierge de toute publicitĂ©, devenait un fardeau Ă  gĂ©rer quand les fâcheux se faisaient de plus en plus nombreux dans les commentaires et dans les autres blogs.

Ces retraites anticipĂ©es de blogueurs, ajoutĂ©es Ă  d’autres rĂ©actions, marquent certainement une Ă©volution, voire une rupture avec l’ambiance amateur et assez bon enfant qui rĂ©gnait jusqu’Ă  prĂ©sent dans les blogs (voir Ă  ce sujet l’excellent billet de Fred : “Changement d’Ă©poque pour les blogs ?“)

On dirait que les choses deviennent soudainement plus graves, et par consĂ©quent plus difficiles Ă  (di)gĂ©rer pour des gens qui se retrouvent confrontĂ©s Ă  une forme de popularitĂ© (je dis bien : “une forme de”) Ă  laquelle ils ne sont pas prĂ©parĂ©s.

Les blogueurs seraient donc Ă  tel point susceptibles qu’il seraient les seuls Ă  ne pouvoir supporter la pression de la notoriĂ©tĂ© ?
Je crois que les choses sont un peu plus subtiles que cela : un blog reste un format, un outil de publication, et c’est probablement le seul qui offre (encore) la possibilitĂ© Ă  un particulier anonyme de se retrouver propulsĂ© sur le devant de la scène et de toucher des milliers de personnes. Et cela sans aucun filtre, sans aucun garde-fou (pas d’agent, pas de maison d’Ă©dition, pas de comitĂ© de rĂ©daction et pas d’attachĂ© de presse pour gĂ©rer votre image, vous relire et vous corriger, faire rempart aux critiques et vous protĂ©ger des plus virulentes).

Ce n’est d’ailleurs pas le moindre des paradoxes du blog, outil puissant d’expression directe, qui peut pourtant contribuer Ă  une formidable distorsion de votre image.

Certains prĂ©tendent, probablement avec raison, que c’est la fameuse rançon de la gloire (une gloire très très relative), que c’est le prix Ă  payer quand on devient connu, et qu’ĂŞtre soumis Ă  une critique permanente constitue le lot quotidien de tout personnage public. Sauf que le blogueur est le seul Ă  ĂŞtre en prise directe avec son… public justement.

Ajoutez Ă  cela le fait que la popularitĂ© des blogs commence Ă  atteindre le grand public et faire s’interroger la presse traditionnelle, ajoutez Ă  cela l’anonymat des commentaires, ajoutez Ă  cela les blogs (anonymes aussi) qui semblent avoir Ă©tĂ© montĂ©s exclusivement pour vous piquer votre contenu ou vous taper dessus, et vous avez un cocktail savamment dosĂ© pour finir de rendre parfaitement dĂ©sagrĂ©able un job que vous faisiez Ă  l’origine par pur plaisir.

Pas Ă©tonnant dans ce contexte que certains prĂ©fèrent jeter l’Ă©ponge.