Passer au contenu

France : la canicule extrême de cette semaine montre à quel point le pays n’est pas préparé (Edito)

Vingt-trois ans après la canicule de 2003, épisode traumatisant qui avait coûté la vie à plus de 19 000 personnes, cette semaine a un arrière-goût amer de déjà-vu. Sauf que nous sommes au mois de juin et non en août, et que le pays suffoque sous des températures encore plus élevées que ce pic historique qui avait pourtant marqué toute une génération.

Si certains optimistes voient encore en France des signes que le pays a un avenir radieux devant elle, peut-être que cette semaine leur a démontré l’inverse. Nous sommes la septième puissance mondiale, mais depuis le début de la canicule qui a frappé le pays depuis le 21 juin, les autorités sanitaires dénombrent déjà au moins 40 morts directement attribuables à celle-ci. Mercredi 24 juin, il régnait sur le territoire une température moyenne de 29,9 °C, un seuil qui n’a jamais été atteint depuis le début des relevés climatiques.

Le lendemain, Météo-France plaçait 72 départements (sur 96 en France métropolitaine) en alerte rouge canicule, soit le niveau d’alerte le plus élevé, qui n’avait jamais été déclenché lors d’un mois de juin. Il faut appeler les choses par leur nom : ce qui se passe en France cette semaine n’est pas une catastrophe naturelle. En géographie des risques, c’est une notion qui n’existe pas ; il n’existe que des aléas naturels et des sociétés plus ou moins capables de les surmonter : une distinction fondamentale.

Vue sous ce prisme, la vague de chaleur que nous subissons actuellement est un aléa. La catastrophe, elle, est une construction sociale, qui a été fabriquée de toutes pièces par 20 ans d’inaction climatique, de mauvais choix d’aménagements urbanistiques et d’une politique du logement complètement inadaptée. Nos dirigeants ont préféré l’improvisation à l’anticipation et la gestion de crise en urgence à la transformation d’un pays adapté à un climat tempéré, qui appartient désormais au passé.

La France : un territoire à haut risque thermique

L’un des facteurs de risque les plus importants concerne le bâti : selon l’étude IGNES-Pouget de 2026, « 9 logements sur 10 ne sont pas adaptés [aux fortes chaleurs] » et près de la moitié d’entre eux sont insuffisamment dotés en protections solaires extérieures. Volets modernes, stores, pare-soleil, des équipements pourtant basiques et peu onéreux qui contraignent nombre d’entre nous à nous débrouiller comme nous le pouvons pour grapiller quelques degrés de chaleurs en moins avec des systèmes D très rudimentaires.

Très peu de ménages sont équipés d’une climatisation individuelle (entre 20 et 30 % selon les estimations), ce qui place la France très loin derrière ses voisins méditerranéens, dont le bâti et la culture domestique ont été conçus en tenant compte de la chaleur. Ce sont toujours les plus démunis qui trinquent : dans notre parc résidentiel, les logements les moins chers sont aussi les moins bien protégés contre la chaleur.

Le mercure est monté tellement haut cette semaine que le pays s’est retrouvé pris en étau : la consommation électrique a explosé en raison des appareils de refroidissement qui tournaient à plein régime (climatiseurs, ventilateurs, rafraîchisseurs d’air, réfrégirateurs). Notre parc nucléaire, dont dépend 70 % de la production électrique nationale, n’a pas tenu le coup. La Seine, le Rhône et la Garonne ont vu leurs températures grimper en flèche, forçant EDF à couper les unités du Bugey, de Nogent-sur-Seine et de Golfech au moment où la demande atteignait des niveaux records.

Dans le Finistère sud, deux explosions provoquées par la chaleur ont endommagé un transformateur à Ergué-Gabéric, tout près de Quimper, mettant un poste électrique hors service dans la nuit du mardi à mercredi. 100 006 foyers ont été privés d’électricité au pire moment possible. La situation est rapidement revenue à la normale, mais qui aurait pu deviner, il y a 20 ans, que la France puisse connaître des black-out énergétiques parce que ses infrastructures sont inadaptées aux conditions estivales ? Historiquement, c’est une problématique qui n’a jamais réellement concerné le pays, à la seule exception de la canicule de 2003.

L’adaptation au réchauffement climatique, grande absente

L’association Conséquences, a précisé auprès de France 3 : « Il est, à ce jour, impossible d’affirmer que nous sommes mieux préparés à un épisode similaire ou supérieur [à 2003] les acteurs engagés dans la prévention sont multiples, les actions disparates et non coordonnées ».

Pour vous donner un ordre d’idée de l’ordre de grandeur absolument aberrant atteint par les températures cette semaine, nos confrères du Parisien ont partagé sur X le 23 juin une infographie comparative d’après des données de Météo-France et d’Infoclimat (voir ci-dessous).

Comme vous pouvez le voir, les températures de différentes grandes villes françaises ont été juxtaposées avec les températures moyennes d’autres métropoles mondiales en juin, désertiques ou sahéliennes. Il faisait 41 °C à Paris, comme Dubaï, ville conçue depuis ses fondations, en 1833 pour encaisser la chaleur. Bordeaux atteignait 43 °C, soit la moyenne de juin à Bagdad, une cité mésopotamienne bâtie entre deux fleuves depuis 762 après J.-C., dont les maisons traditionnelles à cour intérieure et les souterrains assurent la fraîcheur à ses habitants.

Lyon enregistrait 40 °C, soit l’équivalent de Phoenix, ville du désert de Sonora fondée en 1867 sur un réseau hydraulique précolombien récupéré justement parce que ses bâtisseurs savaient qu’ils la construisaient dans un four. Lille affichait 37 °C, soit Niamey, capitale du Niger située à 200 mètres d’altitude en plein désert du Sahel. Toutes ces métropoles ont un point en commun : avant de se développer, elles ont dû penser leur architecture et leur urbanisme en fonction des contraintes thermiques de leur environnement.

La fréquence des canicules devrait doubler d’ici 2050 selon Météo-France, avec une période d’occurrence étendue de la fin mai au début du mois d’octobre à la fin de siècle. La France subira alors un réchauffement moyen de 2,7 °C par rapport à l’ère préindustrielle ; les vagues de chaleur seront cinq fois plus nombreuses que dans les années 1990 et le littoral méditerranéen connaîtra des nuits tropicales au moins 100 jours par an. Notre « Plan Canicule », créé juste après le drame de 2003, a évolué au niveau de la logistique d’urgence (les alertes sont mieux données, les hôpitaux mieux préparés), mais il est resté bloqué à une approche exclusivement curative de l’aléa : surveiller, alerter et soigner. Un triptyque délétère, qui n’a jamais provoqué la moindre prise de conscience concernant la seule variable que les plans de gestion de crise ne peuvent pas corriger : l’urbanisme et l’architecture des villes. Voilà comment nous nous sommes retrouvés, cette semaine, avec plus de 40 décès (principalement par noyade, auxquels s’ajouteront les morts par hyperthermie que Santé publique France comptabilisera après l’épisode) sur les bras : l’État en est le seul coupable, car la chaleur ne devient meurtrière que dans un territoire qui lui a ouvert la porte en grand.

  • La France subit une canicule extrême, avec des températures dépassant celles de 2003, causant au moins 40 décès.
  • Le pays est mal préparé face à ces vagues de chaleur, avec 90 % des logements inadaptés et une faible proportion de climatisation.
  • L’inaction face au changement climatique et l’urbanisme inadapté aggravent la situation, rendant les épisodes caniculaires plus meurtriers.

📍 Pour ne manquer aucune actualité de Presse-citron, suivez-nous sur Google Actualités et WhatsApp.

Newsletter 🍋

Abonnez-vous, et recevez chaque matin un résumé de l’actu tech