Une étude publiée le 21 août dans la revue Science Advances dresse un tableau saisissant de l’avenir de nos interactions avec le monde animal. D’ici 2070, plus de la moitié des terres de notre planète connaîtront une augmentation des zones de chevauchement entre humains et animaux sauvages. Cette proximité forcée, principalement due à la croissance démographique (une des caractéristiques de l’anthropocène), nous interroge sérieusement sur notre capacité à coexister harmonieusement avec la faune.
Quand la Terre devient trop petite pour tous
L’étude révèle que l’augmentation de la population humaine est le principal moteur de ce phénomène. Alors que les hommes s’installent dans des zones autrefois peu peuplées, comme les forêts et les régions agricoles, les animaux voient leur habitat se réduire comme peau de chagrin. Parallèlement, l’exode rural vers les villes ne fait qu’accentuer ce phénomène dans les zones urbaines.
Le changement climatique joue également un rôle fondamental dans cette nouvelle donne. Les animaux, contraints de suivre leur climat de prédilection, voient leurs aires de répartition se modifier complètement. Paradoxalement, bien que la richesse spécifique (nombre d’espèces différentes présentes dans un écosystème donné) diminue dans de nombreuses régions, le chevauchement entre humains et animaux augmente en raison de la croissance démographique.
Des impacts contrastés selon les régions
Bien évidemment, le phénomène n’affectera pas le globe de manière homogène. L’Afrique sera le continent le plus touché par ce dernier avec 70,6 % de ses terres concernées par une augmentation des interactions homme-animal, suivie de près par l’Amérique du Sud (66,5 %). À l’opposé, l’Europe fait figure d’exception avec 21,4 % de ses terres qui connaîtront une diminution de ces interactions.
Cette évolution ne sera pas sans conséquences. Les conflits entre humains et animaux risquent de s’intensifier, tout comme la propagation de maladies (zoonoses) entre les deux groupes. Cependant, il ne faut pas négliger les aspects positifs de cette proximité, même si leur portée est moindre. Certaines espèces d’oiseaux, par exemple, jouent un rôle crucial dans la régulation des espèces nuisibles pour certaines cultures. De plus, l’observation de la faune en milieu naturel a des effets bénéfiques avérés et prouvés par plusieurs études sur la santé mentale chez certaines personnes affectées par des troubles mentaux.

Vers une coexistence durable
Face à ce nouveau paradigme, la gestion de cette nouvelle dynamique d’interactions est donc devenue un enjeu majeur. Le Global Biodiversity Framework, un plan d’action ambitieux adopté par 196 pays lors de la 15ᵉ Conférence des parties sur la biodiversité (COP15) en décembre 2022, vise justement à inverser la tendance de la perte de biodiversité à l’échelle mondiale.
Cette étude est ainsi un appel à l’action, rappelant l’urgence extrême de mettre en place des mesures efficaces pour améliorer la coexistence entre l’homme et la faune. Ce, particulièrement dans les zones identifiées comme vulnérables et propices à une augmentation des interactions.
Dans leur protocole, les chercheurs ont développé un indice spatial pour mesurer le chevauchement homme-animal à l’échelle mondiale, analysant 22 374 espèces terrestres d’amphibiens, d’oiseaux, de mammifères et de reptiles. Leurs projections peuvent servir de guide aux décideurs dans la planification de la conservation, notamment pour l’identification de corridors écologiques. Ceux-ci sont des zones naturelles ou semi-naturelles qui permet aux animaux et aux plantes de circuler librement d’un endroit à l’autre. Ces corridors seront de plus en plus importants pour la préservation des écosystèmes.
Autre aspect très important mis en exergue dans cette étude : l’importance d’impliquer les communautés locales dans la conservation de la faune. Une approche que l’on peut donc qualifier de multifacette, considérant aussi les besoins humains ; elle semble pour l’instant être la voie la plus prometteuse pour assurer une coexistence durable.
Ces recherches nous placent face à un constat sans appel : notre expansion effrénée redessine la carte du vivant, forçant une cohabitation inédite entre l’homme et la faune. Ce n’est plus de la science-fiction, mais bien notre réalité de demain. Alors que nous nous gargarisons de nos prouesses technologiques, la nature, elle, s’adapte tant bien que mal à notre invasion. L’avenir ne se jouera pas dans un affrontement homme-animal, mais dans notre capacité à repenser radicalement notre place sur cette planète. Il ne s’agit plus de dominer la nature, mais d’apprendre à vivre avec elle, même si nous lui marchons parfois sur les pattes. La balle est dans notre camp. Saurons-nous être à la hauteur ou continuerons-nous à nous comporter en envahisseurs mal élevés ?
- D’ici 2070, plus de la moitié des terres mondiales connaîtront une augmentation des zones de chevauchement entre humains et animaux sauvages.
- L’Afrique et l’Amérique du Sud seront les plus touchées, avec respectivement 70,6 % et 66,5 % de leurs terres concernées par ce phénomène.
- Cette cohabitation forcée nécessite des stratégies de gestion innovantes pour minimiser les conflits et maximiser les bénéfices mutuels.
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