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Carnac : ces pierres bretonnes sont les plus anciennes d’Europe, c’est officiel

Quand les Bretons dressaient ses menhirs, les Anglais en rêvaient encore.

Le site de Carnac, en Bretagne, est sans doute l’un des ensembles mégalithiques les plus impressionnants et les plus étudiés d’Europe. Plus de 3 000 pierres y sont alignées sur plusieurs kilomètres, formant d’immenses files de menhirs qui parcourent les landes, à quelques encablures de l’océan Atlantique. Ces alignements, dressés à la fin de la Préhistoire, ont fait couler beaucoup d’encre : qui les a érigés ? Quelle société a pu organiser un tel chantier et quand l’ont-ils réalisé ?

Malgré plus d’un siècle de fouilles, la datation de ces monuments restait incertaine, faute de vestiges organiques exploitables : les sols acides de la région effacent en quelques décennies toute trace de bois, d’ossements ou de restes végétaux. En 2020, lors d’une fouille de sauvetage préalable à un projet d’aménagement au lieu-dit Le Plasker, à Plouharnel, une équipe dirigée par Bettina Schulz Paulsson (Université de Göteborg) a mis au jour des vestiges exploitables pour dater site. L’étude, parue le 23 juin 2025 dans la revue Antiquity, a ainsi pu établir que les alignements de Carnac ont été édifiés entre 4 700 et 4 300 avant notre ère, soit environ mille ans avant Stonehenge. Carnac est donc officiellement le plus ancien ensemble mégalithique d’Europe occidentale.

Carnac (Le Plasker)
Le Plasker est un site archéologique breton exceptionnel, directement lié au complexe mégalithique de Carnac (Morbihan). © Capture d’écran / Google Maps

Carnac : trois siècles de chantier

Dans l’imaginaire collectif, Carnac aurait été un chantier unique, mené par une seule génération de bâtisseurs déterminés, mais ce n’est absolument pas le cas. Les premières installations repérées à Plouharnel remontent à la fin du Mésolithique, où des chasseurs-cueilleurs occupaient déjà le site. Sur ces vestiges d’habitat, vers 4 700 av. J.-C., a été érigé un premier monument funéraire : un tumulus, doté d’une petite sépulture en pierres sèches (ciste) dont les restes osseux n’ont pas été conservés.

Plus tard, entre 4 660 et 4 300 av. J.-C., les pierres dressées ont commencé à être plantées dans le sol. Ces rangées de menhirs étaient calées dans des fosses larges de plus d’un mètre, consolidées avec des pierres d’appui pour éviter tout basculement. Certaines de ces fosses ont été recreusées, élargies ou comblées au fil du temps, ce qui indique que l’emplacement des pierres a été modifié à plusieurs reprises.

Des modifications apportées par les ouvriers, probablement pour adapter ou réorganiser les alignements pendant les différentes phases de construction sur les trois siècles d’activité du site.

Dans ces mêmes niveaux, on a retrouvé des foyers constitués de pierres rougies et noircies par le feu, installés à proximité des fosses de calage des menhirs. Ces aménagements laissent supposer que l’on cuisinait sur place ou que l’on entretenait des feux de manière récurrente, sans doute lors de rassemblements.

Il est encore difficile de dire si ces foyers avaient un rôle purement pratique  (préparer des aliments, se chauffer durant les périodes froides) ou s’ils faisaient partie de rituels plus symboliques liés à l’érection des pierres. Ce qui est certain, c’est que leur implantation, tout près des alignements, est la preuve incontestable d’une fréquentation importante de ces lieux au moment où les menhirs étaient dressés.

Le berceau du mégalithisme européen

Grâce à cette nouvelle datation, Carnac revient au premier plan de la préhistoire européenne. Le site est certainement, au vu de ces découvertes, l’une des toutes premières expressions du mégalithisme. Par ce terme, on entend la tradition de construire des monuments à l’aide de très grandes pierres (« megas » signifiant « grand » et « lithos », « pierre » en grec ancien).

Les archéologues ont pu y constater une forme de standardisation des dimensions des fosses de calage, la présence de cale de pierre disposées avec soin et la répétition de certaines techniques sur plusieurs générations. Autant de signes d’une planification collective, mais également une transmission d’un savoir-faire sur plusieurs générations. Ce modèle, expérimenté dès la fin du Vᵉ millénaire avant notre ère à Carnac, a pu ensuite se diffuser le long des côtes atlantiques et inspirer d’autres chantiers mégalithiques en Europe.

Il reste encore à préciser la fonction exacte de ces menhirs : servaient-ils aussi de marqueurs astronomiques pour suivre les saisons ou les cycles célestes ? Étaient-ils des repères territoriaux qui aidaient les diverses communautés qui vivaient à proximité à se repérer ou organiser leurs échanges ? Carnac reste encore un site empli de mystère, mais pour l’heure, la fouille de Plouharnel vient d’en percer un des plus tenaces : son âge. En cela, c’est déjà un immense progrès puisque cette équipe de chercheurs est parvenue à poser un cadre chronologique autour de ces alignements. D’un point de vue archéologique, c’est une condition indispensable pour questionner la symbolique et l’usage de ces pierres dressées.

  • Une équipe a enfin pu dater avec précision les grands alignements de Carnac, situant leur construction entre 4 700 et 4 300 av. J.-C., soit bien avant Stonehenge.
  • Les fouilles ont révélé un chantier mené en plusieurs phases, avec des modifications successives et des foyers associés à des activités collectives.
  • Cette datation offre désormais un repère essentiel pour étudier le rôle culturel et social de ces monuments au sein des sociétés néolithiques.

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