Il y a des annonces qui vous cueillent à froid, quand bien même on les sentait venir à l’avance. BioWare, le studio canadien fondé en 1995 par Ray Muzyka, Greg Zeschuk et Augustine Yip, racheté en 2007 par Electronic Arts (EA), ferme définitivement ses portes. Les créateurs de Baldur’s Gate (1998), Star Wars: Knights of the Old Republic (2003), Jade Empire (2005), de la saga Mass Effect (2007-2017) et de Dragon Age (2009-2024) viennent de passer à la purge, après avoir porté le RPG occidental à des hauteurs que très peu de studios avaient atteintes.
C’est Bloomberg qui a rapporté cette triste nouvelle, hier le 21 octobre : Electronic Arts, dans le même temps, a supprimé 400 postes, soit 3 % de ses effectifs totaux, dont une cinquantaine chez BioWare. Dans une lettre adressée aux employés et consultée par le média, David Tinson (directeur des opérations) et Cam Weber (directeur des studios) écrivent avoir « pris un regard critique sur [leur] activité au cours des derniers mois ». Le studio a ensuite confirmé sa fermeture via ses réseaux sociaux : « Après plus de trois décennies d’aventures partagées, BioWare ferme ses portes et le développement précoce du prochain Mass Effect prend fin ». En décembre 2020, BioWare avait, en effet, annoncé qu’un cinquième opus était en préparation, mais il ne verra malheureusement jamais le jour, sacrifié sur l’autel de la rentabilité ; EA préfère visiblement concentrer ses investissements sur d’autres projets.
Les anciens maîtres du RPG passent à la broyeuse d’Electronic Arts
Depuis la privatisation d’EA en août, un rachat à 55 milliards mené, en partie, par le fonds d’investissement public d’Arabie saoudite (Public Investment Fund), tout part à vau-l’eau. La dette de l’éditeur s’est alourdie de 18 milliards de dollars, et la firme cherche à tout prix à retrouver sa santé financière. Plus tôt dans l’année, EA promettait à ses investisseurs un plan d’économies de 700 millions de dollars, en partie par la réduction des coûts de recherche et développement.
BioWare et ses RPG à cycles de développement longs et coûteux étaient, à cet égard, une branche morte qu’il fallait scier ; un poste de dépense superflu que l’éditeur ne pouvait plus se permettre d’assumer.
Il faut dire que le studio avait perdu de sa superbe ces dernières années, en particulier sur l’une de ses licences les plus iconiques, Mass Effect, dont le dernier opus en date, Andromeda (2017), avait sérieusement écorné la réputation de la saga. Anthem (2019), un TPS (de l’anglais Third-Person Shooter, ou jeu de tir à la troisième personne) n’a pas fait mieux. Un titre convenu et répétitif, censé être la réponse de BioWare au « game as a service » de la concurrence comme Destiny 2 (Bungie) ou The Division 2 (Ubisoft / Massive Entertainment) qui s’est révélé être un véritable gouffre financier avant d’être définitivement abandonné par le studio en février 2021 face au désamour des joueurs.
Dragon Age : The Veilguard (2024), trop vieillot, avait complètement raté ses objectifs de vente, entraînant une première saignée au sein du studio dès 2025. Seul Mass Effect: Édition Légendaire, excellent remaster des trois premiers épisodes de la saga sorti en 2021, avait su convaincre la critique et les joueurs, unique oasis dorée au milieu d’une décennie d’échecs créatifs et commerciaux cuisants.
EA a précisé dans sa lettre qu’elle réorienterait ses investissements dans ses jeux de sport, Apex Legends, le prochain Star Wars Jedi 3, un jeu Iron Man et la franchise Battlefield, dont le prochain volet sera développé conjointement par Respawn et DICE. Le dernier en date, Battlefield 6 (2025), avait su reconquérir son public, après plusieurs opus en demi-teinte. « À travers l’ensemble de notre catalogue, nous effectuons des choix délibérés afin d’aligner nos compétences et nos investissements là où se situent les plus grandes opportunités pour les joueurs et la croissance à long terme », ont indiqué Tinson et Weber. Traduction depuis le jargon à la sauce corporate : ce sont les shooters et les jeux de sport qui ramènent le flouze, les RPG, non.
Pour ceux qui, comme des millions de joueurs, ont passé des centaines d’heures et laissé leur vie sociale de côté pour sauver la galaxie avec Shepard ou arpenter les Tréfonds de Ferelden, la pilule passe comme un suppositoire de papier de verre. Certes, BioWare avait perdu ses lettres de noblesse depuis fort longtemps, mais il est tout de même très difficile de lui dire adieu. Encore plus lorsqu’on le voit mourir sur la volonté de deux dirigeants prêts à le dépecer pour éponger la dette d’un rachat par effet de levier mené par un consortium étranger. Une fin que même le plus cruel des scénaristes de Mass Effect n’aurait certainement pas imaginée.
- BioWare, le studio derrière Mass Effect et Dragon Age, ferme définitivement ses portes après 31 ans d’existence.
- Electronic Arts a supprimé 400 emplois, dont une cinquantaine chez BioWare, dans le cadre de coupes budgétaires sévères.
- La société se concentre désormais sur des jeux plus rentables, mettant de côté les RPG coûteux et à long développement.
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