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Cette espèce de poisson est unique au monde : elle vit et se reproduit (presque) sans partenaire masculin

Ce poisson fait figure d’exception dans le monde du vivant : il se reproduit sans transmettre l’ADN des mâles.

Dans les eaux troubles du Mexique et du Texas nage une petite créature, qui, selon la théorie évolutionniste, ne devrait plus exister. Le molly amazone (Poecilia formosa), est une espèce de poisson de quelques centimètres, dont la population est composée exclusivement de femelles.

Depuis sa naissance il y a environ 100 000 ans, ce vertébré pratique une forme de reproduction particulière, appelée gynogenèse. C’est-à dire que la descendance est constituée de clones parfaits de la mère, sans aucun apport héréditaire du père. Une telle lignée aurait dû, si l’on en croit les lois biologiques, s’éteindre il y a 10 000 ans, victime de mutations génétiques. Au contraire, l’espèce se porte très bien et domine même son habitat : comment est-ce possible ? Pourquoi cette espèce refuse-t-elle de suivre le destin dicté par l’évolution, qui lie inévitablement le clonage à l’extinction ?

Molly Amazone
Le molly amazone est la toute première espèce de vertébré chez qui on a découvert ce mode de reproduction en 1932. © Fishes of Texas / Wikipédia

Le secret de la longévité génétique

Le molly amazone est né d’une hybridation interespèces, qui a fusionné deux patrimoines génétiques divergents. Ceux de deux autres espèce de molly : le mâle Poecilia latipinna et la femelle Poecilia mexicana. Une telle union aurait normalement donné naissance à des individus stériles ou à des spécimens présentant de graves malformations physiques.

Au contraire, cet événement a engendré une lignée exclusivement féminine qui a réussi à conserver l’intégralité des deux patrimoines génétiques au sein de chacune de ses cellules, sans jamais les diviser. Chez la quasi-totalité des vertébrés, la fabrication des ovules impose une réduction de moitié du bagage chromosomique pour laisser place à celui du futur partenaire. Le molly amazone parvient à pondre des œufs qui contiennent déjà l’ensemble des chromosomes maternels, garantissant que la lignée reste 100 % féminine de génération en génération.

C’est le principe de la gynogenèse évoqué plus haut. Pour que les embryons commencent à se développer, les femelles doivent tout de même s’accoupler avec des mâles d’espèces proches, mais elles ne sont jamais réellement fécondées. Le sperme stimule simplement la production de l’ovule et les premières divisions cellulaires chez la femelle, mais son matériel génétique est rejeté par la cellule avant de pouvoir s’unir au noyau. Les descendantes sont donc des clones parfaits qui emportent avec elles les deux génomes parentaux d’origine, latipinna et mexicana.

Comme les petits n’ont pas profité du brassage génétique induit par la reproduction sexuée, toute l’espèce devrait souffrir, en toute logique, des mêmes points faibles et elle aurait dû disparaître depuis bien longtemps, car la nature élimine généralement les espèces qui n’évoluent pas.

En l’occurence, ce n’est pas le cas puisque ce poisson dispose d’une stratégie de survie qui lui permet de pallier ce manque de diversité : la conversion génique. Puisqu’il possède deux versions de chaque gène issues de ses deux lignées parentales, il utilise cette dualité pour maintenir l’intégrité de son ADN. Lorsqu’une mutation néfaste corrompt un gène sur un chromosome, il peut « copier » la version saine située sur le chromosome partenaire pour remplacer et corriger la séquence génétique défectueuse.

Pour Wes Warren, chercheur à l’Université du Missouri qui a travaillé sur le molly amazone, cette espèce est un miracle de la génétique. « Ce poisson semble avoir le meilleur des deux mondes : la santé génétique normalement issue de la reproduction sexuée, tout en se passant de l’ADN d’un mâle pour se multiplier », explique-t-il. Un cas très minoritaire dans le règne sauvage, puisqu’on compte à peine une centaine d’espèces animales capables de se reproduire de cette manière. On peut citer certains insectes sociaux comme les abeilles ou les fourmis, ou encore quelques reptiles comme le dragon de Komodo. Toutefois, ce qui distingue le molly amazone des autres, c’est qu’elle est la seule espèce à utiliser la gynogenèse comme unique mode de survie à l’échelle d’une population entière. Le grand arbre de la vie porte tout de même quelques branches bien singulières !

  • Le molly amazone est un poisson exclusivement féminin qui se reproduit par gynogenèse, produisant des clones parfaits de la mère.
  • Cette espèce, née d’une hybridation, conserve deux patrimoines génétiques et évite les mutations néfastes grâce à la conversion génique.
  • Unique dans le règne animal, le molly amazone ne dépend pas de l’ADN mâle pour sa survie et se distingue par sa longévité génétique.

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