“From my window, skies ain’t grey… no more, not now”, chantait Billie Holiday. Ces derniers mois, l’auteur de ces lignes interagissait assez peu sur đ, le nouveau nom du Twitter depuis la dĂ©cision de Elon Musk d’impulser un profond rebranding.
Oui, car il y a un problĂšme Ă©vident sur đ : ceux qui ne se sentaient pas libres de parler sans filtre avant l’arrivĂ©e de Elon Musk ont dĂ©sormais beaucoup moins de filtres pour le faire. En soi, comment avoir un problĂšme avec la libertĂ© d’expression, me direz-vous ?
Sauf que modĂ©rer n’est pas censurer : cela vise avant tout Ă Ă©viter les invectives, attaques personnelles et contenus mensongers. Ou le simple fait d’ĂȘtre exposĂ© bon grĂ© mal grĂ© Ă des contenus que l’on trouve blessants, et ne souhaitons pas voir (“je ne suis pas venu ici pour souffrir ok ?”, comme dirait l’autre).
Ceux qui prĂ©fĂšrent, comme moi, la mesure, le respect des autres, le fact checking et qui ne se retrouvent pas dans ce nouvel ordre sur đ, en Ă©taient donc quitte pour se trouver une alternative. Mais, jusqu’ici, ce n’Ă©tait guĂšre folichon.
Alors il y a eu bien sĂ»r Threads, Ă©manation de Meta. Mais ce rĂ©seau n’est toujours pas disponible en France. Il a vite sĂ©duit pas mal de monde, confirmant l’envie massive de se trouver un nouveau refuge.
On peut aussi citer Discord : le problĂšme Ă©tant alors que si vous apprĂ©ciez la simplicitĂ© de Twitter, vous en serez quitte pour embrasser un systĂšme entiĂšrement diffĂ©rent… que d’aucuns accuseront, au moins les premiers jours d’ĂȘtre une “usine Ă gaz”. Avant de ne plus trop s’y rendre, faute de suffisamment d’amis et de famille dotĂ©s d’un compte.
Bluesky ne change comparativement pas beaucoup les habitudes des utilisateurs de Twitter / đ. En fait, tout, dans la prĂ©sentation et le fonctionnement rappelle de trĂšs prĂšs Twitter. Et pour cause : il s’agit Ă l’origine d’un projet interne, basĂ© sur le AT Protocol, visant Ă dĂ©centraliser le rĂ©seau social de microblogging. DĂ©centralisation qui n’a jamais eu lieu sur đ.
Sur quelles plateformes Bluesky est-il disponible ?

Bluesky est disponible en accĂšs web direct, via le site bsky.app. Il est Ă©galement possible de tĂ©lĂ©charger l’application Bluesky sur l’App Store (iPhone) et le Play Store (Android).
De ce point de vue, Bluesky rĂ©pond parfaitement (ou presque) Ă đ. Tout est dĂ©jĂ disponible*, et les applications sont assez Ă©quivalentes Ă celles de đ. Il est Ă©galement possible d’utiliser des applications alternatives tierces pour utiliser Bluesky sur mobile.
* Au moment oĂč nous Ă©crivons ces lignes, un code d’invitation reste nĂ©cessaire pour rejoindre Bluesky
Ă quoi ressemble Bluesky ?

Bluesky ressemble Ă s’y mĂ©prendre Ă Twitter. La prĂ©sentation est pratiquement identique avec simplement le menu qui se retrouve plus souvent Ă gauche sur đ et le plus souvent en bas sur Bluesky.
ExceptĂ© quelques nouveautĂ©s introduites depuis l’arrivĂ©e de Elon Musk comme les listes, les bookmarks, les communautĂ©s ou encore la section “Premium”, on y retrouve tout, ou presque, ce que Twitter peut faire.

Il y a mĂȘme un ou deux “trucs en plus” : les “Feeds” reprĂ©sentĂ©s par le symbole # – qui sont des algorithmes simplifiĂ©s conçus par les utilisateurs eux-mĂȘmes et qui permettent de crĂ©er des listes de posts qui se mettent Ă jour automatiquement au fil de l’arrivĂ©e de nouveaux billets.
Vous avez aussi droit Ă un onglet “ModĂ©ration” (oui, oui…) dans lequel vous pouvez personnaliser votre expĂ©rience. Cela peut aller de montrer ou cacher les contenus pour adultes, Ă filtrer ou non les comptes qui usurpent l’identitĂ© d’autres utilisateurs, en passant par le spam et d’autres rĂ©glages.
On trouve toutefois une omission (que l’on imagine volontaire, ou peut-ĂȘtre temporaire ?) : il n’est pas possible d’Ă©changer des DM sur Bluesky, mĂȘme avec des personnes que vous suivez. Pour l’heure, relevons Ă©galement que l’interface n’a pas Ă©tĂ© encore traduite en français.

Autre petit manquement que nous avons remarquĂ© : intĂ©grer un billet Bluesky (un “sky” ? Les mots restent Ă inventer…) sur d’autres sites ne semble hĂ©las pas possible. Le bouton Share se contente de copier un lien vers le post. Vous pouvez aussi copier directement le texte seul.
CrĂ©ation de compte, pseudonyme… : de nouvelles options trĂšs intĂ©ressantes
Comme le systÚme est basé sur le protocole décentralisé AT Protocol, il y a plusieurs options pour créer un compte. Par défaut, les utilisateurs peuvent réserver un pseudonyme auquel sera attaché .bsky.social.
Par exemple mon pseudonyme, c’est @r-p-b.bsky.social. Mais il est possible d’utiliser directement un nom de domaine dont vous dĂ©tenez la propriĂ©tĂ© chez un registrar.

Votre pseudonyme sera, alors, @votrenomdedomaine.com et il est aussi possible d’attribuer des sous-domaines Ă des utilisateurs dont vous souhaitez certifier l’identitĂ©. Par exemple @romain.votrenomdedomaine.com.
Un plus qui permet de dépasser un peu le problÚme de la vérification des comptes telle que la pratiquent désormais X.com et Meta (il faut désormais payer tous les mois le prix fort sur ces plateformes). La procédure sur Bluesky implique en effet obligatoirement un accÚs aux paramÚtres de votre nom de domaine.
Elle ne requiert toutefois pas d’intervention humaine du cĂŽtĂ© de Bluesky, ce qui signifie que le rĂ©sultat est quasi immĂ©diat, et ne dĂ©pend que de la volontĂ© du propriĂ©taire de la marque / nom de domaine.
Oui, il y a de la modĂ©ration sur Bluesky, mais elle est “next-level”
Ce qui donnera sans doute envie Ă pas mal de monde de rejoindre Bluesky, outre les points que nous venons d’Ă©voquer, est le fait que le rĂ©seau social ne fait pas l’impasse sur la modĂ©ration.
Toutefois, le systĂšme laisse ses utilisateurs personnaliser assez finement les contenus qui tombent sous le couperet. Dans “Content filtering” vous pouvez configurer la modĂ©ration pour sept types de contenus – avec Ă chaque fois trois options : cacher, avertir ou montrer.

Dans le dĂ©tail, cela concerne la pornographie, la nuditĂ© artistique, les contenus suggestifs, les contenus violents / sanglants, l’iconographie de groupes faisant l’apologie de la haine, le spam et l’usurpation d’identitĂ©.

Il y a Ă©galement des “mute lists”. Celles-ci peuvent ĂȘtre créées par vos soins ou d’autres utilisateurs. Elles servent Ă bloquer des groupes entiers d’utilisateurs en un clic. Utile, et mĂȘme salvateur, quand on s’acharne sur vous sans raison sur les rĂ©seaux sociaux. Sur Bluesky, au moins, vous pouvez faire cesser le harcĂšlement trĂšs vite.Â
Réseau social décentralisé et interfaçable avec de nombreuses API

Par dĂ©faut, vous ĂȘtes rattachĂ© aux serveurs de Bluesky. Mais il est possible aussi de crĂ©er votre propre serveur indĂ©pendant. Ce qui signifie alors plus de maĂźtrise sur tous les aspects de l’expĂ©rience. Nous n’avons toutefois pas encore testĂ© ce point quelque peu technique.
Mais de ce que l’on comprend, il y a comme plus gros serveur celui de Bluesky et d’autres serveurs tiers peuvent s’y rattacher. Ces derniers peuvent gĂ©rer tout jusqu’Ă la modĂ©ration, mais en cas de manquements ils risquent d’ĂȘtre dĂ©connectĂ©s de Bluesky.
Cette approche semble permettre Ă Bluesky de grandir plus facilement sans risquer de tomber dans les mĂȘmes Ă©cueils que Twitter du point de vue de la modĂ©ration – qui requerra a priori moins de monde, tout distribuant les responsabilitĂ©s (des serveurs individuels pourraient ĂȘtre directement visĂ©s par un rappel Ă la Loi, par exemple, plutĂŽt que de viser la totalitĂ© du rĂ©seau social).
Outre la possibilitĂ© de crĂ©er des serveurs indĂ©pendants, Bluesky c’est aussi de nombreux plugins et addons que vous pouvez utiliser, voire crĂ©er de toutes piĂšces. Il est ainsi potentiellement possible d’y connecter ainsi l’API Twitter, ou celle d’autres rĂ©seaux sociaux via des “bridges” et avoir tous vos amis au mĂȘme endroit. La liste de ces projets communautaires est accessible via ce lien.
Et maintenant ?
Bluesky c’est dĂ©jĂ Ă la mi-octobre 1 million d’utilisateurs. Or, mĂȘme si on n’y trouve pas encore beaucoup de monde, c’est la premiĂšre fois depuis longtemps que j’ai personnellement trouvĂ© assez facile de convaincre des amis de m’y rejoindre. Prochaine Ă©tape : la famille.
Vous y trouverez d’ailleurs aussi tous les comptes des sites du groupe Keleops, et la plupart de nos journalistes. HĂ©las, le rĂ©seau social est pour l’instant uniquement sur invitation. Une façon de maĂźtriser la croissance des serveurs et du protocole, surtout au dĂ©but.
Bluesky distribue toutefois rĂ©guliĂšrement des clĂ©s Ă ses utilisateurs qu’ils peuvent partager avec des personnes qui ne sont pas encore sur le rĂ©seau social. Il faut toutefois pour cela rester quelques semaines sur Bluesky pour les recevoir.
Si vous souhaitez vous aussi tester Bluesky avant l’heure, on vous conseille de pister les bio sur Twitter et Instagram l’apparition de pseudonymes se finissant en .bsky.social ou des rĂ©fĂ©rences Ă Bluesky, et de leur demander gentiment s’ils peuvent vous donner une invitation. Vous pouvez Ă©galement vous inscrire sur la liste d’attente.
Verdict : faut-il abandonner đ pour passer sur Bluesky ?
Bluesky ressemble Ă s’y mĂ©prendre au “Twitter killer” que beaucoup attendaient depuis longtemps. Superficiellement, il ne s’agit pas d’une rĂ©volution sur ce qui a fait le succĂšs original de Twitter, et c’est bien lĂ tout son intĂ©rĂȘt.
Car en parallĂšle, nombre de ses aspects lui donnent un potentiel particuliĂšrement intĂ©ressant : de son dĂ©centralisme Ă sa modĂ©ration intelligente, sans oublier son mĂ©canisme de vĂ©rification des utilisateurs qui peut passer par un nom de domaine, ou ses listes permettant de mettre en sourdine d’un clic des gens qui vous harcĂšlent ou dont vous ne souhaitez plus voir les posts.
Dâautant que Bluesky est gratuit, et que le montage qui se trouve derriĂšre est celui dâune “entreprise d’intĂ©rĂȘt public” (public benefit company, qui selon le droit amĂ©ricain est un type de sociĂ©tĂ© pouvant rĂ©aliser des bĂ©nĂ©fices mais se donnant pour mission un impact positif sur la sociĂ©tĂ©).
Bien sĂ»r, tout n’est pas encore parfait, et on peut regretter l’absence de DM ou d’intĂ©gration sur les sites tiers. Mais on est authentiquement tentĂ© de lui donner une chance. Et vous ?
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