En 2015, la loi de transition énergétique a scellé le sort de la centrale nucléaire Fessenheim. Mise en service en 1977 et équipée de deux réacteurs à eau pressurisée de 900 MW – les premiers du genre en France -, elle était la plus ancienne du parc tricolore au moment de sa fermeture. Les réacteurs ont été arrêtés définitivement en 2020.
Mais vient maintenant l’étape la plus longue et surtout, la plus délicate du processus : le démantèlement. Car selon EDF, l’opération va générer quelque 380 000 tonnes de déchets, dont 94 % sont dits conventionnels (béton, métaux). Toutefois, c’est le solde radioactif qui concentre toutes les attentions : démonter des réacteurs, assainir des structures contaminées, gérer des effluents liquides et gazeux dans un site bordant le Rhin, à 1,5 kilomètre de la frontière allemande, ne s’improvise pas.
Dans ce contexte, EDF prévoyait une phase préparatoire de cinq ans avant même de pouvoir lancer le démantèlement à proprement parler, et l’opération complète devrait durer une vingtaine d’années. Désormais, un décret publié dans le Journal Officiel officialise le lancement de ce chantier colossal, et en fixe les modalités précises.

Un plan en quatre étapes
Le texte est clair, c’est l’intégralité du site qui doit disparaître. Seules exceptions possibles : certaines installations conventionnelles et bâtiments administratifs pourront être conservés s’ils s’avèrent utiles dans le cadre de la reconversion du site.
Le chantier se déroulera en quatre étapes. À commencer par le démantèlement électromécanique, soit le plus délicat puisqu’il s’agit de démonter pièce par pièce les composants des réacteurs ainsi que tous les systèmes liés au traitement des effluents radioactifs. Vient ensuite l’assainissement des structures et des sols, puis la démolition des bâtiments « jusqu’à une profondeur d’au moins un mètre » sous le niveau du terrain actuel. Enfin, la réhabilitation complète du site. Certaines de ces étapes pourront se dérouler en parallèle.
Côté sécurité, le décret encadre strictement les rejets : les effluents gazeux seront traités et contrôlés avant tout rejet extérieur, et les vidanges des piscines des bâtiments réacteur et combustible, des opérations particulièrement sensibles, feront l’objet d’un contrôle spécifique. Le décret fixe la fin du démantèlement pour le 30 juin 2048.

Le point de discorde
Le démantèlement s’accompagne d’un projet parallèle qui ravive les tensions dans la région : la création d’un technocentre, une usine destinée à recycler les métaux très faiblement radioactifs issus du démantèlement des installations nucléaires. Estimé à 450 millions d’euros, ce chantier de 15 hectares prévu pour 2031 mobiliserait jusqu’à 300 personnes pendant la construction.
Le principe : fondre des pièces métalliques contaminées pour en faire des lingots réutilisables dans l’industrie conventionnelle. Une première en France, bien que d’autres pays européens comme la Suède, le Royaume-Uni ou l’Espagne pratiquent déjà ce type de recyclage. EDF, qui a confirmé en juillet 2025 vouloir poursuivre le projet malgré un débat public animé, argue que la radioactivité des lingots produits serait infime.
Les opposants, eux, dénoncent une « dissémination organisée de la radioactivité » et s’inquiètent que des métaux radioactifs se retrouvent sans traçabilité dans des objets du quotidien. D’autres pointent la localisation du site, à 8,50 mètres en dessous du niveau du Grand canal d’Alsace, séparé de celui-ci par une simple digue dans une zone sismique.
À noter que le projet doit tout de même obtenir une dérogation au code de la santé publique ainsi qu’une autorisation environnementale.
- Un nouveau décret autorise le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Fessenheim, fermée depuis 2020.
- Le chantier se déroulera en quatre étapes et devra être achevé au plus tard le 30 juin 2048.
- En parallèle, EDF veut construire sur le site une usine de recyclage de métaux radioactifs, dont l’ouverture est prévue pour 2031, malgré de vives oppositions locales.
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