Ceci est une révolution… ou pas. Pour la première fois depuis l’iPad, Apple inaugurait l’année dernière une nouvelle famille de produits avec le Vision Pro, son premier casque de réalité mixte.
Fidèle à sa réputation, la marque ne propose ni réalité augmentée ni réalité virtuelle mais ouvre les portes de l’informatique spatiale. Depuis son annonce aux Etats-Unis, le Vision Pro a fait coulé beaucoup d’encre. Adulé ou détesté, il fait partie de ces produits Apple qui créent le débat au point, parfois, de se déchirer. Ses adorateurs voient en lui la prochaine révolution technologique qui bouleversera la vie de millions d’êtres humains. Les sceptiques le perçoivent comme un gadget qui finira dans un tiroir.
Entre les deux, il y a moi. À mes yeux, le Vision Pro est un produit fascinant par sa technologie. Toutefois, j’ai du mal à percevoir en quoi il pourrait réussir là où des dizaines d’entreprises ont échoué sur les dix dernières années.
Alors, révolution ou gadget inutile ce Vision Pro ? Pour le savoir, je l’ai utilisé quotidiennement pendant un mois. Au risque de décevoir les fans de la Pomme, on est loin de la révolution iPhone.
Test de l’Apple Vision Pro en vidéo
Parce qu’il est trop lourd

612 grammes. Voilà le poids du Vision Pro sans sa batterie de 136 grammes (portant le total à 748 grammes). Pour vous aider à bien comprendre à quel point le casque de réalité mixte d’Apple est lourd, ce poids correspond à 2,5 iPad mini ou 1,5 iPad Air.
Plus ennuyeux encore, l’essentiel du casque repose sur le visage, Apple n’ayant visiblement pas porté attention à la répartition de ce poids. Ainsi, je n’ai jamais réussi à porter le Vision Pro plus d’une heure sans faire de pause.
Cet embonpoint est sans aucun doute le principal défaut de l’appareil. Peut-on en vouloir à Apple ? Oui et non. Non, parce que les limites de la miniaturisation des composants ne permettent pas d’intégrer les meilleurs technologies disponibles dans un objet compact et léger.
Oui, parce que les ingénieurs Apple, très certainement conscients de ce problème, ont privilégié l’esthétique au pratique. Ainsi, en ajoutant des matériaux lourds comme l’aluminium, les designers ont ajouté une charge supplémentaire.

Puisque l’essentiel du poids est à l’avant, pourquoi ne pas avoir conçu un logement pour batterie à l’arrière de la sangle de fixation, histoire de mieux répartir le poids et ainsi épargner les cervicales ? Pourquoi ne pas avoir privilégié un revêtement en plastique, certes moins clinquant mais bien plus pratique à l’usage ? Ces questions demeurent pour le moment sans réponse, Apple restant très silencieux sur ces sujets.
Je pourrais me contenter d’affirmer que le casque est lourd mais reste une innovation impressionnante. J’aurais pu, si l’utilisation quotidienne n’en souffrait pas. Or, le surpoids du casque empêche un usage prolongé. Après une trentaine de minutes, le visage est compressé, les cervicales commencent à tirer, l’inconfort s’installe. Après une heure, une pause est indispensable.
Visionner un film de 2 heures peut se transformer en calvaire pour les articulations, d’autant que la pression nécessaire à la bonne tenue du casque donne très chaud. Je l’ai testé en hiver, je n’imagine même pas à quel point l’expérience doit être désagréable en plein été, pire, pendant un épisode de canicule.
Parce qu’il a une autonomie limitée

Voilà une faute de goût que Steve Jobs n’aurait certainement pas laissé passer. Pour fonctionner, le Vision Pro a besoin d’une batterie externe, fixée au casque à l’aide d’une accroche magnétique. Ce choix rend non seulement le Vision Pro peu esthétique mais aussi peu pratique : la batterie se range dans une poche ou se pose sur une surface plane. Le câble, lui, empêche de se mouvoir librement puisqu’il pend le long du bras en permanence.
Pour pouvoir ranger la batterie dans une poche, Apple a opté pour un accumulateur de 3 166 mAh, histoire de ne pas ajouter trop de poids à un casque déjà trop lourd. À titre de comparaison, l’iPhone 15 dispose d’une batterie plus imposante.
Je n’ai donc pas été surpris par l’autonomie famélique du Vision Pro. Selon Apple, la batterie permet 2h à 2h30 d’utilisation continue. Un chiffre que je confirme, à condition de ne pas se cantonner aux usages les plus gourmands en énergie (au hasard la vidéo).
Apple fournit un chargeur pour redonner toute son énergie au Vision Pro. Il faut compter en moyenne environ 1h30 pour une charge complète. Une éternité. Heureusement, l’utilisation du casque pendant la charge est possible.
C’est d’ailleurs de cette manière que je l’ai le plus utilisé, la plupart des applications intéressantes nécessitant une utilisation prolongée. Je pense par exemple au visionnage d’un film ou de plusieurs épisodes d’une série.
Ce problème d’autonomie fait du Vision Pro un appareil sédentaire, à la manière d’un PC fixe. En déplacement (souvenez-vous des vidéos d’influenceurs dans le métro en recherche de vues) le Vision Pro permet surtout de frimer ou de paraître ridicule (heureusement il ne tue pas). C’est selon.
Parce qu’on ne peut pas vraiment travailler avec

Pour toutes les raisons évoquées plus haut, le Vision Pro ne peut décemment pas faire office de machine de travail. Apple a beau parler de « Spatial computing » (informatique spatiale), la réalité en est bien loin.
D’abord parce que travailler sur le Vision Pro oblige à utiliser un Mac. Si vous n’en avez pas déjà un, comptez un billet de plusieurs milliers d’euros supplémentaires pour entrer dans le monde de l’informatique spatiale.
Si vous avez la chance de déjà posséder un ordinateur Pommé, vous pourrez alors envisager de travailler avec le Vision Pro. Ainsi, le casque fait apparaître les fenêtres du Mac sur des fenêtres virtuelles flottante que l’on peut redimensionner ou déplacer à l’envie. Je dois bien admettre que les premières minutes sont impressionnantes, pour ne pas dire magiques.

Mais passé l’effet de surprise, quelques petits bugs viennent interrompre la concentration. Certains usages sont aussi moins pertinents sur le casque. Taper un test complet sur le Vision Pro n’est pas franchement excitant. En revanche, faire ma veille, me documenter et suivre les réseaux sociaux dans trois fenêtres flottantes est jouissif.
Reste que les problèmes inhérents à l’appareil ne permettent pas de prolonger ce plaisir. Le casque est trop lourd pour envisager de travailler plus d’une heure ou deux. Un peu chiche pour une machine vendue 4 000 euros.
Parce qu’on ne peut pas vraiment se divertir avec

Parmi les usages les plus spectaculaires présentés par Apple, la possibilité de transformer son environnement en salle de cinéma fait l’unanimité auprès des premiers testeurs.
Avec le Vision Pro, on peut diffuser des contenus sur un écran virtuel avec une qualité 4K HDR et un son spatialisé. L’expérience se révèle effectivement impressionnante, sous certaines conditions.
La première, utiliser un service compatible avec le Vision Pro pour profiter de la meilleure expérience possible. Problème : le casque d’Apple ne prend en charge qu’Apple TV+ (évidemment) et Disney+ (grâce à un accord conclu avant la sortie). Pas de Youtube, Netflix ou Max à la sauce Vision Pro.

Pour utiliser ces services, il faut ouvrir le navigateur, se rendre sur le site officiel et le lancer. On accède alors au même contenu que celui disponible sur un ordinateur, smartphone, TV ou tablette, les difficultés de navigation en plus. Heureusement, la fenêtre de visionnage peut être agrandie pour profiter d’une expérience cinéma, mais Apple nous a habitués à mieux en matière d’intégration.
La seconde limite touche davantage au côté sociétal du cinéma. Avec le Vision Pro, impossible de partager un contenu avec sa moitié, ses amis ou ses enfants. On profite donc d’une expérience cinéma en solo. Pour le prix, je préfère largement m’équiper d’un vidéoprojecteur 4K avec le matériel home cinéma qui l’accompagne.
Contenus pour adultes : les grands oubliés

Il est toujours difficile d’aborder le sujet de la pornographie dans un test de produit tech. Mais il est encore plus complexe de feindre que personne ne visite ces sites. Les chiffres de fréquentation des sites web le démontrent : les sites porno sont les plus visités chaque année et génère un chiffre d’affaires qui se compte en milliards.
Toujours aussi prude, Apple a donc choisi de ne rien proposer pour répondre à cette demande. Malgré la production de films X en VR, l’entreprise a préféré ne pas prendre en charge le codec de diffusion des différentes plateformes. Ainsi, pour consommer du porno avec le Vision Pro, on doit se contenter d’un écran 2D comme celui d’un téléviseur, en plus grand.
L’absence de tout contenu optimisé est d’autant plus dommageable que “l’industrie des sextoys a développé des algorithmes capables de synchroniser en temps réel les jouets avec les vidéos visionnées” m’expliquait pendant mon test Amandine Jonniaux, journaliste au Journal du Geek et autrice du livre Oh my Gode – Une enquête vibrante sur les dessous des sextoys aux éditions La Musardine. Vraiment pas fun Apple.
Parce qu’on ne peut pas jouer avec

Puisque l’on parle de jeu, intéressons-nous au gaming. Apple n’a jamais vraiment misé sur l’industrie du jeu vidéo, en témoigne le catalogue famélique de jeux disponibles sur Mac, iPad ou iPhone aujourd’hui. Probablement motivée par les chiffres de ventes de jeux impressionnants des dernières années, l’américain tente tant bien que mal de s’ouvrir à cet univers encore inconnu.
Hélas, le Vision Pro n’en tire pas parti. En dehors d’Apple Arcade et des jeux mobiles présents sur l’App Store, le casque VR ne dispose que de très peu de jeux optimisés pour la réalité virtuelle/augmentée. Mais l’expérience reste anecdotique.
Ce faible attrait pour le gaming s’explique aussi par l’absence de manette spécifiquement conçue pour la VR. Et Apple n’a annoncé aucun futur jeu AAA pour les mois à venir. Autant dire que le jeu vidéo est quasiment inexistant sur le Vision Pro. Un vrai manque pour un appareil vendu à ce prix.
Parce qu’il coûte une fortune

4 000 euros ! Voilà le prix demandé par Apple pour s’offrir son « ordinateur spatial ». Une petite fortune qui le réserve donc à un public aux finances aisées ou aux geeks prêts à mettre le paquet pour faire partie des early adopters (ou les deux en même temps).
D’aucuns diront que le prix reste cohérent par rapport aux technologies intégrées. Il est exact qu’Apple propose le casque de réalité mixte le plus perfectionné du marché grand public. La multitude de capteurs, caméras, écrans, matériaux nobles ainsi que les investissements en R&D justifient en partie ce tarif.
Il n’en demeure pas moins que l’expérience proposée par Apple se situe à des années lumières du prix de vente. Passé l’effet « whaou » des premières minutes, le Vision Pro souffre de bien trop de limites pour être recommandable.
Ce qui m’a plus dans le Vision Pro

Une seule chose m’a vraiment impressionné dans le Vision Pro : son interface et son système de navigation. Apple donne une leçon à toute l’industrie en proposant un logiciel (visionOS) simple et intuitif.
Une fois allumé, l’écran affiche grosso modo une page d’accueil comparable à celle d’un iPad. Chaque icône correspond à une application. Basique, simple.
La navigation au sein de l’OS est à mes yeux la plus spectaculaire prouesse de la marque. visionOS répond littéralement aux doigts et à l’oeil. Pour accéder à une application ou une zone de l’écran, il suffit de la regarder. Pour « cliquer », un pincement de doigt suffit. Pas besoin de lever la main, les multiples caméras disposées sur le casque captent les gestes avec une précision déconcertante.

Il est même possible redimensionner une fenêtre en regardant le coin inférieur droit, de l’attraper avec un pincement de doigt et de l’étirer comme s’il s’agissait d’une feuille élastique. Cela n’a l’air de rien tant le résultat paraît simple et intuitif. Mais développer une telle technologie relève du génie.
À titre de comparaison, l’industrie des casques AR/VR propose systématiquement des manettes/télécommandes afin de naviguer dans les interfaces. Rien de tout cela ici. La machine est un prolongement presque naturel de l’Homme. C’est sur cet aspect que, selon moi, Apple réinvente complètement le casque de réalité mixte. Pour le reste, c’est du pareil au même, la qualité d’affichage et les quelques fonctions gadgets en plus (le Persona et la reproduction des yeux sur l’écran externe frôlent le ridicule).
Mon avis sur l’Apple Vision Pro après un mois
Dire que le Vision Pro n’est pas un produit fascinant serait mentir. Apple propose ici le casque de réalité mixte le plus avancé du moment, et de loin. C’est un moindre mal au regard de son prix exorbitant. Si ce tarif est en partie justifié par les technologies intégrées, seul le travail sur l’interface et la navigation le rend vraiment incontournable.
Car à l’usage, il souffre de beaucoup trop de limites pour démocratiser ce type d’appareil. Trop lourd, inconfortable et peu endurant, le Vision Pro ne peut s’utiliser que sur de très courtes durées. Si Apple promet d’entrer dans l’informatique spatiale, j’ai ressenti une trop grande frustration pour tous les usages : je n’ai jamais pu travailler avec le même confort que sur mon Mac, le divertissement est limité par l’absence des grands services de streaming et le jeu est tout bonnement inexistant. Et je ne m’attarderai pas sur l’impossibilité d’accéder aux contenus VR des sites pour adultes.
Pour toutes ces raisons, j’ai beaucoup de mal à percevoir l’engouement autour de ce produit plébiscité par bon nombre de mes confrères français et étrangers. À mon humble avis, le Vision Pro souffre de trop de limites techniques pour démocratiser cette technologie. Seules des évolutions en matière de miniaturisation – permettant de loger tout ce matériel dans un paire de lunettes par exemple – rendraient ce type de produit intéressant. Encore que…
Le développement d’une telle technologie pose des questions philosophiques sur les sociétés dans lesquelles nous voulons vivre. L’Humanité n’a pas vu venir les dérives qu’engendrerait le smartphone (repli sur soi, individualisme, difficultés à communiquer et j’en passe) mais elle connaît maintenant les risques d’une sur-utilisation de la technologie.
La question est donc : souhaitons-nous vivre dans un monde où chacun serait caché dans un univers virtuel derrière un casque ou une paire de lunettes ? Ou souhaitons-nous tirer des leçons de nos expériences récentes pour rebâtir des sociétés de vivre-ensemble ? Personnellement, la seconde perspective m’excite davantage. Mais ce n’est que mon avis.
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A la lecture de cette “review”.. ce qui saute aux yeux, c’est pourquoi vous n’êtes pas aussi objectif/critique avec vos essais tesla, vos essais tech, vos essais ciné, etc… (à cause des liens affiliés ?) … on ne lit que rarement une telle “objectivité impartiale” dans vos articles … aie aie êtes vous vraiment si indépendant que ça … ??
Bonjour,
J’ai la même approche pour tous les tests que je publie. On m’a critiqué récemment pour un test peu réjouissant sur le Galaxy A55 de Samsung…
Je précise également qu’il s’agit ici d’un nouveau format baptisé “J’ai testé…” qui se veut plus subjectif que les tests techniques d’autres produits. Cela explique peut-être votre perception différente de cet article par rapport à d’autres, axés davantage sur la technique que sur l’expérience personnelle.
Bonne journée !
Merci de votre sollicitude.
Ce n’est pas qu’une perception. Vous utilisez des mots forts et explicites. Assumez votre verbe.
Et du coup, ce serait bien que toute la ligne éditoriale soit homogène -sans faire de “rond de jambe” aux marques affiliées-.
Votre réponse me permet de rajouter que votre état d’âme philosophique … est juste une peur primale … rien de nouveau sous le soleil …c’est à chaque fois la même rengaine : pour chaque rupture qui impose un changement de paradigme … pour l’iPhone, pour la voiture, pour l’avion, pour la conquête de l’espace, etc. … à chaque progrès révolutionnaire, certains ont toujours peur que l’humanité ne se brule les ailes (et son âme… “science sans conscience n’est que ruine de l’âme”) … et en les/vous écoutant on serait toujours dans la grotte(caverne)…d’Aristote.
Oui “la connaissance des choses nécessite un travail, des efforts pour apprendre et comprendre” le vision pro, la rupture qu’il propose entre l’ordinateur 2D et le futur qui se profile à nous : avec l’ordinateur 3D (même si perfectible pour cette premiere itération) et bientôt 4D et 5D avec la sensation olfactive pourquoi pas… “l’ordinateur spatial ©” qui préfigure sans aucun doute une utilisation informatique sans limite et en interaction avec notre environnement en toute transparence … et sans fil à la pate (avec la miniaturisation systémique).
Vive le progrès (en parallèle oui pour l’éducation et la prévention… c’est comme pour tout).