On croit parfois tout savoir d’un édifice, que ses pierres se sont tues à jamais ; encore plus lorsqu’il s’agit d’un édifice aussi familier que l’obélisque de Louxor. Rapporté d’Égypte en 1830, ce dernier n’avait plus de surprise à offrir, pensait-on. Pourtant, presque deux siècles après son installation, sept messages cachés viennent d’être mis au jour par Jean-Guillaume Olette-Pelletier, spécialiste de l’Égypte ancienne et de cryptographie.
C’est en décembre 2021, lors d’un chantier de rénovation, que le chercheur a pu s’approcher de l’extrémité supérieure de l’obélisque, le pyramidion (une pyramide, mais en plus petit). Une zone peu visible à hauteur d’homme, puisque ce splendide monument mesure 23 mètres de haut. C’est là, en changeant son angle de lecture, qu’il a perçu les premiers indices. Non pas en lisant les hiéroglyphes ; situés sous le pyramidion ; selon leur alignement traditionnel, mais en les abordant selon une autre logique spatiale.
Hiéroglyphes secrets et messages codés de Ramsès II
Les gravures repérées sur l’obélisque ne sautent pas aux yeux. Certaines sont intégrées de manière si subtile dans les motifs sculptés qu’elles se confondent presque avec les éléments décoratifs. D’autres ne peuvent être comprises qu’en lisant plusieurs lignes de hiéroglyphes ensemble, à travers un système complexe qui superpose les sens. Un peu comme si le message complet n’apparaissait que lorsqu’on relie les faces entre elles, en se déplaçant autour du monument.
Ce type d’écriture, baptisé « crypto-hiéroglyphes », n’obéit pas aux conventions habituelles. Elle repose sur des jeux d’agencement, des double-sens et des combinaisons visuelles qui nécessitent une formation très poussée pour être déchiffrés. Cette méthode de lecture n’est maîtrisée que par une infime poignée de spécialistes dans le monde ; seuls six égyptologues sont aujourd’hui capables d’interpréter ce genre de codage.
Ces inscriptions n’ont pas été gravées pour embellir la pierre, mais servait un autre objectif : renforcer le prestige de Ramsès II. À travers ces messages le souverain se présente non seulement comme un chef militaire victorieux et un roi au règne exceptionnellement long, mais aussi comme un homme en lien direct avec les dieux, capable d’apaiser leur colère par ses offrandes et ses actes pieux. L’un d’eux, dissimulé sous une représentation du dieu Amon ; considéré comme le père des dieux en Égypte Antique ; évoque une offrande du roi à la divinité.
Ces messages ne s’adressaient pas à la foule, mais à un cercle plus restreint : l’élite égyptienne, les prêtres, les fonctionnaires du temple, ceux qui savaient lire et interpréter ce type de code. En les plaçant ainsi, sur un monument symbolique, le roi cherchait à affirmer son pouvoir divin. « Tandis que certains Égyptiens savaient lire les hiéroglyphes, seule une élite comprenait les messages cachés, qu’elle considérait comme la langue des dieux », a expliqué Olette-Pelletier au magazine espagnol La Brújula Verde.
Un message pensé pour être vu depuis le Nil
À l’origine, cet obélisque formait une paire à l’entrée du temple de Louxor. Selon les observations de l’égyptologue, l’un des messages n’était visible que sous un angle très précis : celui d’un bateau approchant par le Nil ; Louxor étant située sur la rive est du fleuve. « Ces messages sont une forme de propagande en faveur du constructeur du site : Ramsès II », a expliqué Olette-Pelletier à nos confrères du Point.
Son étude complète paraîtra prochainement dans la revue ENiM (Égypte du Nil et de la Méditerranée), et pourrait bien susciter de nouvelles investigations sur les monuments similaires encore présents sur le sol égyptien.
Ce n’est pas la première fois qu’un monument ancien nous parle à contretemps. Cependant, ce que nous trouvons particulièrement fascinant ici, ce n’est pas tant que l’obélisque ait conservé des secrets, mais que ceux-ci aient attendus que notre regard change pour être décryptés. Pendant près de 200 ans, il a dominé la place de la Concorde, observé par des milliers de passants, d’historiens, de touristes. Il aura fallu un échafaudage et l’intelligence d’un chercheur pour que ces mots, gravés il y a plus de trois millénaires, retrouvent leur lecteur. Ce que l’on croit connaître finit toujours par se dérober à la première certitude venue : une belle leçon d’Histoire, avec un grand H.
- Un chercheur a découvert des textes jusque-là invisibles gravés sur l’obélisque égyptien installé à Paris depuis 1836.
- Ces inscriptions, lisibles uniquement selon un angle précis ou un parcours autour du monument, servaient à affirmer l’autorité religieuse et politique de Ramsès II.
- Leur lecture nécessite une expertise rare, que peu d’égyptologues maîtrisent.
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