Qui mieux qu’elles incarnent l’avenir de l’énergie propre et décarbonée ? Installées loin des côtes pour ne pas enlaidir nos paysages, les éoliennes offshore ont le vent en poupe depuis le début des années 2000. Mais que se passe-t-il réellement à leurs pieds, sous la surface, là où nos yeux ne peuvent voir ? Pour de nombreuses espèces animales, la présence de ces géants des mers ancrés sur les fonds marins en plein milieu de leur territoire n’a rien de naturel.
Aux Pays-Bas, une équipe de chercheurs a donc passé la mer du Nord à la loupe, en prélevant l’ADN de l’eau pour suivre les requins et les raies qui la peuplent. Les résultats de leurs investigations ont été publiés dans le volume du mois de juillet de la revue Ocean & Coastal Management.
Des sanctuaires sous conditions
En prélevant 436 échantillons d’eau de mer autour de quatre parcs éoliens situés aux Pays-Bas, les chercheurs ont identifié l’ADN de cinq espèces de requins et de raies, dont la Raie bouclée (Raja clavata) et l’Aiguillat commun (Mustelus asterias). Une méthode de détection originale, obtenue grâce au prélèvement de l’ADN environnemental.
Plutôt que de capturer ou de marquer les animaux, on analyse les traces de cellules et de fragments génétiques qu’ils laissent dans l’eau. Ce procédé, non invasif et plus respectueux de la faune, évite ainsi de manipuler des espèces déjà vulnérables, tout en apportant des preuves solides de leur passage dans ces secteurs dédiés à la production d’énergie. Une méthode très rarement utilisée.
Après avoir analysé les échantillons, les chercheurs en tirèrent une première conclusion assez favorable. La réglementation actuelle néerlandaise interdit le chalutage de fond à l’intérieur des parcs éoliens, ce qui réduit fortement la perturbation des fonds marins et favorise la réinstallation de certaines espèces fragiles.
Ces infrastructures immergées, en fournissant des supports d’ancrage et de nouveaux habitats, agiraient comme des récifs artificiels, soutenant par conséquent la reconstitution d’écosystèmes locaux. Néanmoins, la détection d’ADN est restée assez limitée (8 % des 436 échantillons), un faible pourcentage qui pourrait s’expliquer par la faible population de ces espèces dans la mer du Nord.
Une trace génétique n’est pas non plus un indicateur complètement fiable, dans le sens où elle ne prouve pas nécessairement que les requins et les raies utilisent ces parcs pour chasser, se reproduire et s’y installer durablement. Ils pourraient simplement traverser ces zones sans s’y arrêter.
Autre point problématique : le bruit sous-marin lié aux navires de maintenance, la densité du trafic maritime et surtout les champs électromagnétiques émis par les câbles électriques sous-marins pourraient perturber la perception électrosensorielle des requins et des raies. Or ces espèces sont dépendantes de cette capacité pour localiser leurs proies, s’orienter et communiquer. Un ensemble de facteurs qui pourrait donc limiter leur aptitude à exploiter réellement ces zones comme refuge.
Cette publication a au moins le mérite de tempérer le discours ambiant pro-offshore, parfois très dogmatique et teinté d’idéologie. Oui, ces infrastructures restreignent les émissions de CO2, mais les intégrer dans des milieux aussi sensibles que les fonds marins ne doit pas se faire en détournant le regard des animaux qui y vivent. Il est donc urgent d’arrêter de voir la mer comme un terrain vague où planter des pylônes, et d’admettre que la sauvegarde des écosystèmes ne se décrète pas ; elle s’étudie. À vouloir verdir trop vite, on risque de transformer la transition énergétique en une nouvelle forme d’artificialisation, pas moins dommageable que la précédente.
- Des chercheurs ont analysé des échantillons d’eau autour de parcs éoliens offshore néerlandais et ont prouvé que certaines espèces de pieuvres et de requins y étaient présents, sans pour autant assurer qu’ils l’étaient durablement.
- Si ces infrastructures peuvent procurer un répit en interdisant la pêche de fond, elles génèrent aussi du bruit et des champs électromagnétiques susceptibles de perturber la faune.
- Présenter ces parcs comme des refuges écologiques est donc prématuré ; leur impact réel sur la biodiversité reste à documenter de façon beaucoup plus rigoureuse.
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