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Peut-on perdre nos compétences cognitives à cause de l’abondance de technologies ?

L’omniprésence des technologies dans notre quotidien pourrait-elle éroder nos capacités intellectuelles ?

C’est un lieu commun souvent entendu et ressassé : « Avec tous ces smartphones et ces ordinateurs, on devient idiots ! ». Et si derrière cette pensée populaire se cachait en vérité une réalité tout à fait inquiétante ? En 2019, paraissait la première étude qui mettait en lien l’usage intensif des écrans chez les enfants de mois de cinq ans et un affaiblissement de leurs capacités cérébrales. Depuis, la communauté scientifique s’est penchée sur la question de manière plus profonde et il semblerait que nous ayons tout de même beaucoup à perdre à mesure que les technologies envahissent tous les domaines de notre vie.

L’érosion de la mémoire dans un monde connecté

Si le projet Neuralink a le potentiel d’augmenter nos compétences cérébrales, ce n’est pas le cas de la grande majorité des technologies dont nous faisons usage au quotidien. Raphaël Gaillard est responsable du pôle de psychiatrie de l’hôpital Sainte-Anne et chercheur en neurosciences. Il est également l’auteur de L’homme augmenté, Futurs de nos cerveaux, un ouvrage abordant la thématique de l’IA.

Il explique : « Nous vivons dans une société sédentaire où nous avons perdu une grande partie des bénéfices des exercices physiques parce qu’on n’en a plus besoin. C’est la même chose pour notre cerveau. À chaque fois qu’on externalise, on risque de perdre une fonction ». Cette externalisation a un coût, et la première victime est… notre mémoire ! C’est « l’effet google » mis en lumière dans cet article publié dans la revue Science.

Cette étude, menée sur un groupe d’étudiants de Harvard, a démontré que ceux-ci se souvenaient moins bien d’une information à partir du moment où celle-ci était sauvegardée numériquement. Les cobayes de l’étude devaient répondre à un quiz sur ordinateur. Pour la moitié d’entre eux, on leur indiquait qu’on supprimerait le fichier avec les bonnes réponses, et pour l’autre moitié, on leur expliquait qu’il serait sauvegardé.

Cette légère différence a tout changé dans la performance des étudiants. Gaillard explique que « ceux pour lesquels on a supprimé le fichier ont de bien meilleures capacités de remémoration ». Il détaille cette nuance ainsi : « On ne retient plus le contenu, on retient la façon dont on accède à l’information ».

En 2013, Erik Fransén, professeur d’informatique à l’Institut Royal de Technologie KTH de Suède, s’était déjà penché sur la question de l’impact d’internet sur la mémoire. Ses conclusions étaient claires : le processus d’archivage naturel de la mémoire est perturbé, même par une courte session sur le web. Plus de dix ans après, les nouvelles recherches scientifiques pointent donc dans le même sens.

Atrophie des compétences psychiques : une réalité ?

La mémoire ne serait pas la seule affectée puisque d’autres compétences psychiques pourraient subir le même sort. À force d’utiliser des applications comme Waze ou Google Maps, notre sens de l’orientation, lui aussi, est en déclin.

L’utilisation de traducteurs automatiques, aussi pratiques soient-ils, provoquerait également une perte d’efficacité quant à notre capacité à apprendre de nouvelles langues. Le Général Patrick Perrot, coordinateur pour l’IA de la Gendarmerie nationale, s’était exprimé en décembre 2023 pendant la quatrième édition du Forum Intelligence artificielle. « Certaines connexions neuronales qui nous permettent l’apprentissage des langues étrangères ne fonctionneront plus » s’inquiétait-il.

Gaillard rassure tout de même sur le fait qu’un appauvrissement généralisé de l’intellect n’est pas à l’ordre du jour ; cela se produirait plutôt à l’échelle individuelle. Ce qui n’est pas non plus complètement rassurant. Nous sommes aujourd’hui confrontés à un choix. Succomber à la facilité d’une existence surassistée par la technologie en prenant le risque de voir nos habiletés intellectuelles s’amoindrir. Ou continuer d’apprendre, lire, s’enrichir de manière traditionnelle sans refuser de temps à autre un coup de pouce de nos divers appareils.

  • La surabondance technologique tend à appauvrir la mémoire, selon une étude menée à Harvard.
  • D’autres compétences pourraient également être concernées : apprentissage d’une langue étrangère, sens de l’orientation.
  • Pour autant, cet appauvrissement des compétences se vérifie pour l’instant au niveau individuel et non à l’échelle globale.

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