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La plus vieille épave du monde vient d’être découverte au large de la Turquie : engloutie depuis près de 5 000 ans au fond de la Méditerranée, une partie de sa cargaison a survécu

Un trésor maritime datant de l’âge du bronze qui vaut tout l’or du monde pour les archéologues qui viennent de mettre la main dessus.

Au large de la petite île de Kekova, dans la province d’Antalya, au sud de la Turquie, gît le plus vieux navire jamais retrouvé par l’homme. Posée sur une pente sous-marine, par seulement trente mètres de fond, l’épave a été mise au jour par une expédition de l’Association d’archéologie méditerranéenne, menée par le professeur Hakan Öniz, de l’université Akdeniz. D’après leurs estimations, le bateau, long d’une dizaine de mètres, remonte à l’âge du bronze ancien, soit une fourchette comprise entre 4 400 et 4 700 ans. Il sillonnait donc déjà les eaux de la Méditerranée pendant que le peuple égyptien érigeait la pyramide de Khéops : une trouvaille vertigineuse, tant par son ancienneté que par l’histoire qu’elle permet de faire remonter à la surface.

Du navire lui-même, il ne reste rien, ou presque : le bois a disparu, dévoré par les millénaires passés sous l’eau salée. Sa cargaison, en revanche, a été en partie préservée : plus de trente amphores ont été retrouvées, ainsi que trois ancres de pierre. Au même titre que le « Porcelain Wreck » découvert en juin en Norvège, c’est son chargement qui lui donne toute sa valeur.

Des poteries comme preuves du passé

Comme le bois originel du navire a été emporté par le temps, il était impossible de recourir à la datation au carbone 14, une technique qui mesure la désintégration d’un isotope présent dans les matières organiques. Les archéologues ont donc dû se débrouiller avec les seuls objets encore intacts, les amphores. Il est possible de les dater grâce à une méthode appelée typochronologie : on se sert de la forme des récipients pour les situer dans le temps.

La forme des poteries change au fil des siècles, parce que les techniques des artisans pour les façonner évoluent. Un type de récipient reste en usage un certain temps, puis se démode et laisse place à un autre, si bien qu’une forme précise renvoie toujours à une période donnée. Pour dater une pièce inconnue, il suffit alors de la comparer à des exemplaires du même style déjà datés ailleurs.

Les amphores retrouvées à côté de l’épave ont un profil très reconnaissable, avec leurs deux anses latérales et leur base plate. En les rapprochant d’amphores exhumées au Levant (façade orientale de la Méditerranée), dont l’âge était déjà établi, c’est de cette manière que l’équipe a pu attribuer à l’épave son âge. Pour Öniz, c’est irréfutable : « En comparant les techniques de décoration [NDLR : celles utilisées sur les amphores], on peut sans aucun doute affirmer que notre épave date de l’âge du bronze ancien. C’est certain à 100 %. »

Une trouvaille rarissime qui attend désormais son analyse

Certaines amphores étaient encore remplies ; lorsqu’elles ont été remontées, les archéologues ont remarqué qu’elles renfermaient un liquide visqueux et luisant, toujours collé à leurs parois.

Karin Sowada, archéologue à l’université Macquarie (Australie), présente lors de l’opération, n’en revenait pas. « J’ai regardé à l’intérieur et j’ai failli m’évanouir. Je n’arrivais pas à croire à la quantité [de résidus] encore visible. Ce n’était pas simplement quelques traces… il en restait vraiment beaucoup », raconte-t-elle. Pour le moment, l’équipe ne sait pas encore quelle est la nature de ce mystérieux liquide. « Il pourrait s’agir d’huile d’olive, de vin ou encore de résines d’arbres », explique Sowada.

Parti de la côte orientale de la Méditerranée, le bâtiment faisait sans doute route vers Troie ou vers la Crète minoenne quand les courants violents autour de l’île de Kekova l’ont emporté. Il a ainsi rejoint les centaines d’épaves jonchant la zone, ses eaux étant réputées comme particulièrement traîtres. Le prochain travail de l’équipe de chercheurs est déjà tout tracé : analyser le contenu des amphores, ce qui permettrait de mieux comprendre les échanges maritimes de l’âge du bronze, notamment ceux qui se tenaient entre l’Orient méditerranéen, l’Anatolie et la mer Égée. Une fois les analyses terminées, elles rejoindront le futur musée d’archéologie d’Antalya, qui doit ouvrir ses portes prochainement.

  • Une épave de navire vieux de 4 400 à 4 700 ans a été découverte au large de la Turquie, constituant la plus ancienne jamais retrouvée.
  • Des amphores et ancres de pierre ont été mises au jour, permettant aux archéologues de dater le site malgré la décomposition du bois.
  • L’analyse du contenu des amphores pourrait révéler des informations sur le commerce maritime de l’âge du bronze.

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