Une prise de parole engagée, et presque quatre ans de harcèlement, insultes, menaces et autres propos sexistes nauséabonds. Voilà l’histoire de la streameuse française Ultia.
Aujourd’hui, le tribunal correctionnel de Paris a rendu son verdict en faveur de la créatrice de contenu. Trois des quatre prévenus ont écopé de peines de prison après avoir cyberharcelé Ultia. Du sursis pour la majorité, mais surtout 6 mois de prison ferme pour l’un d’entre eux. Le dernier a été relaxé. Il aura fallu plus de deux ans pour que quelques coupables soient amenés devant la justice et soient reconnus responsables de leur comportement envers la jeune femme.
Si le verdict est rendu et que le procès est officiellement terminé, cela ne pourrait être qu’un début. Effectivement, ce procès est loin d’être anodin, tout comme son verdict. Et cela pourrait profondément changer Internet.
4 ans de cyberharcèlement
En 2017, Ultia se lance sur Twitch et joue aux jeux vidéo tout en échangeant avec sa communauté. Aujourd’hui, la streameuse comptabilise plus de 280 000 abonnés sur la plateforme. Tout bascule lorsqu’elle participe au ZEvent, un marathon caritatif organisé par ZeratoR, en 2021.
Lors de cette édition du ZEvent, le créateur de contenu Inoxtag a créé l’événement en faisant venir son amie mexicaine Andrea (surnommée La Sirène). En effet, le jeune homme s’amuse du manque de connaissances en français d’Andrea et n’hésite pas à lui faire répéter des propos déplacés devant des milliers de spectateurs en direct. Ultia s’insurge, effarée par le comportement d’Inoxtag mais aussi de ceux qui l’entourent et des viewers. Elle prend alors la parole de son côté.
Dénoncer l’un des plus gros créateurs de contenu du moment pour des propos sexistes et misogynes, cela ne passe pas pour certains. Très vite, Ultia est la cible d’une vague de cyberharcèlement hallucinante. Sur les réseaux sociaux, elle est menacée de viol et de mort, elle est insultée et elle ne compte plus les propos sexistes et dégradants à son égard. Encore, et encore, et encore, et encore… C’est bien tout le principe d’un harcèlement. Pourtant, Inoxtag a rapidement compris ce qu’elle lui reprochait et s’est excusé en direct sur Twitch lors de ce même événement. Malheureusement, le cyberharcèlement de la jeune femme continue.
Chaque intervention d’Ultia lui vaut des insultes et des menaces et elle est diagnostiquée avec un stress post-traumatique. Outre le poids sur sa santé mentale, ce cyberharcèlement pèse sur sa carrière. Petit à petit, les opportunités professionnelles lui passent sous le nez, comme sa participation à l’émission Popcorn de Domingo. Près d’un an après sa prise de parole à l’encontre d’Inoxtag, qui a tout déclenché, la streameuse décide d’agir.
Constamment insultée et harcelée, elle est victime d’une deuxième grosse vague de harcèlement suite à l’annonce de l’événement du Eleven All Stars organisé par le créateur de contenu Aminematue. Réalisant que cela ne finirait pas par se tasser, elle prend la décision de porter plainte en novembre 2022. La jeune femme a réuni des preuves, identifiant près de 700 harceleurs au cours des derniers mois. Seulement 4 personnes ont été amenées devant la justice le mardi 21 janvier 2025, date du procès d’Ultia.
Un procès qui peut tout changer ?
Le procès intenté par Ultia pourrait bien bouleverser Internet. Car cela ne concerne pas uniquement la streameuse. Les créatrices de contenu dans leur ensemble ont quasiment toutes été victimes de cyberharcèlement et de sexisme en ligne. Les femmes, plus généralement, ont toujours eu la vie dure sur Internet. Ce qu’a traversé Ultia depuis plus de trois ans pointe du doigt la banalisation de la haine sur Internet. Particulièrement celle envers les femmes. Sous couvert d’anonymat, cachés derrière un écran, beaucoup d’internautes se laissent aller à de comportements inexcusables. Véritable fléau, le cyberharcèlement peine pourtant à être réellement pris au sérieux. Ce verdict vient affirmer qu’avoir un tel comportement en ligne a des conséquences. Et c’est tant mieux !
Ce procès met également en lumière la responsabilité des créateurs de contenu vis-à-vis de leur communauté. Parmi les accusés au procès d’Ultia, deux d’entre eux ont cité le streameur Pfut, qui, selon eux, les aurait incités à ce cyberharcèlement après s’être moqué en live de la réaction d’Ultia lors du Zevent 2021. Si le créateur de contenu n’a jamais appelé au harcèlement de la jeune femme, ses moqueries auraient mis de l’huile sur le feu et auraient alimenté indirectement la haine de certains internautes envers Ultia. Cela soulève un point particulièrement intéressant. Si les créateurs de contenu ne peuvent évidemment pas être tenus accusés de tous les maux, ils ont tout de même une part de responsabilité, aussi infime soit-elle, envers leur communauté.
C’est la même chose pour les géants de la tech, qui ont, eux aussi, leur part de responsabilité quand on parle de cyberharcèlement. Ce procès souligne l’insuffisance de leurs actions pour protéger certains utilisateurs, à l’instar d’Ultia. Sur Twitch ou sur X (ex-Twitter), la modération a des défauts. Elle est souvent laissée aux bons soins d’un algorithme, qui n’a pas forcément toutes les cartes en main pour comprendre le problème et agir en conséquence.
Le verdict du procès d’Ultia pourrait bien marquer un tournant et faire jurisprudence. Malgré elle, la créatrice de contenu a ouvert une porte pour d’autres femmes qui sont la cible constante de cyberharcèlement et de sexisme en ligne, mais aussi pour toute personne touchée par ce fléau. Même si seulement trois harceleurs sont punis, sur les 700 identifiés par Ultia, ce verdict est une vraie victoire.
Si vous n’avez pas le courage de lire tout cet article, voici un récap’ en moins de deux minutes :
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