Le mot “quoicoubeh” (aussi écrit “quoi koubeh”, “quoi cou beh”, “quoi kou beh”, parfois compris “quoi couper”) est une réplique qu’on lance à quelqu’un qui dit “quoi ?” ou qui termine une phrase par le mot “quoi”.
Cette réplique n’a aucun sens : elle fonctionne davantage comme un piège qui se referme sur l’interlocuteur. La personne qui répond quoicoubeh n’a aucune intention de participer à la discussion et elle cherche juste à s’amuser de la situation.
Quoi ? Feur !
“Quoicoubeh” fonctionne donc de la même manière que “feur”, une autre réplique de cour d’école qui existe depuis les années 1980. Encore une fois, celle-ci n’a aucune intention d’ajouter un élément intéressant dans l’échange, mais elle se contente de rire de la situation (Quoi ? Feur !, pour “coiffeur”). Par exemple :
- Tu as fait tes devoirs ?
- Quoi ?
- Quoicoubeh !
On doit ce terme au TikTokeur La Vache (@lachevaspam, @camskolavache) qui prend un malin plaisir à piéger son entourage : amis, famille, passants, autres influenceurs sur les réseaux sociaux. Durant la conversation, il fait exprès de poser une question en baragouinant pour qu’on lui réponde “hein ?”, “comment ?”, “pardon ?”, “quoi ?”, etc. Sa réplique quoicoubeh fuse, composée de syllabes qui n’ont aucun sens et de quelques mots reconnaissables et ponctuée par un classique “allez bisou”.
@nana.toktok9 Réponse à @gt_7💫 Je suis dépassée 😅 @𝑳𝒂𝑽𝒂𝒄𝒉𝒆✪ tu es convoqué ! 😭 #lavache #quoicoubeh #apagnan ♬ son original – Anaïs Monteiro
Il n’en faut pas plus pour que le mème quoicoubeh émerge et soit repris en dehors de TikTok (notamment dans les collèges) par des adolescents, de plus en plus nombreux… jusqu’à ce qu’un autre apparaisse : apayinye. Le réseau social du groupe ByteDance est très fort pour créer de la viralité sur des thèmes variés.
Depuis quelques semaines, ces expressions font l’objet de nombreuses vidéos publiées sur TikTok. Plébiscitées par les ados, elles ont été popularisées par @camskolavache. Dans une série de vidéos publiées en décembre, dont certaines atteignent plus de 3 millions de vues, il piège tour à tour professeurs, camarades de classe, membres de sa famille et passants.
Ces expressions sont très rapidement devenues virales sur TikTok. Les hashtags #quoicoubeh et #apayinye ont chacun généré 12,3 millions et 2,4 millions de vues. Même les journaux télévisés, celui de TF1 ou M6, se sont emparés d’un sujet qui interroge toute la population. Si le quoicoubeh a d’abord été repris par les jeunes, les moins jeunes s’y mettent aussi.
Quoicoubeh, une mode
A nos confrères du Point, a linguiste Julie Neveux a décortiqué le phénomène de ces derniers mois : “Le langage est fait pour construire du sens à deux, c’est le dialogue. Or là, véritablement, ‘quoicoubeh’ arrive comme une sorte d’interjection qui vient saper ça, qui vient démonter le système dialogique. C’est comme une sorte de mini-défi, de mini-pulsion nihiliste destinée à semer le chaos dans l’interaction linguistique classique”.
Elle ajoute aussi : “Vouloir piéger l’autre, mais surtout les profs ou les parents, c’est une forme de posture autoritaire. On le piège parce qu’il a cru qu’on allait lui donner une information. Et au lieu de donner cette information, on reprend la fin de sa phrase “quoi”, on s’en moque, “quoicoubeh”, et on le fait radoter”.
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