Le bassin méditerranéen, la Californie, le Chili central, le sud-ouest de l’Australie et l’Afrique du Sud : ces cinq régions sont situées aux mêmes latitudes, de part et d’autres de l’équateur. Elles partagent un climat commun : leurs étés sont chauds et secs et leurs hivers doux et humides. Elles abritent toutes également une biodiversité exceptionnelle. Environ 20 % de la totalité des espèces végétales connues dans le monde y vivent, ainsi qu’un nombre considérable d’espèces d’amphibiens, de reptiles et de mammifères endémiques, tous concentrés sur moins de 5 % des terres émergées. Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), elles font partie des écosystèmes terrestres les plus vulnérables au réchauffement climatique, mais les données de terrain les concernant sont trop lacunaires pour que la communauté scientifique puisse comprendre pleinement ce qui s’y passe.
C’est la conclusion d’une revue systématique menée par des chercheurs de l’Université du Cap et du South African Environmental Observation Network, publiée le 4 août 2026 dans la revue Ecological Solutions and Evidence. Un aveuglement qui illustre à merveille le biais de représentativité qui favorise les pays du Nord au détriment des zones les plus fragiles du Sud.
Un diagnostic climatique tronqué aux conséquences dramatiques
D’après les auteurs de cette étude, sur les milliers d’études disponibles dans la littérature scientifique, seules 128 reposaient sur des observations de terrain, indispensables pour déterminer l’impact du dérèglement climatique sur ces cinq régions, indépendamment des simulations ou expériences en laboratoire.
Parmi elles, 88 portaient sur le bassin méditerranéen européen, 18 sur la Californie, 10 sur l’Australie, 8 sur le Chili et 4 seulement sur la Région floristique du Cap, en Afrique du Sud. Les pays développés (bassin méditerranéen européen, Californie, sud-ouest australien) concentrent 91 % des études observationnelles, alors que les écosystèmes du sud (Chili Central et Afrique du Sud), fortement menacés par les épisodes de sécheresses et les incendies extrêmes, n’en totalisent que 9 %, soit 12 études sur les 128.
Pire encore, sur ce total, seules 11 ont été intégrées aux rapports d’évaluation du GIEC. La littérature consacrée aux écosystèmes méditerranéens ne représente qu’environ 3 % des sources citées dans le chapitre du groupe de travail sur les écosystèmes terrestres de son sixième rapport, publié en 2022.
« Ce que nous savons du futur de ces écosystèmes vient essentiellement de modèles et d’expériences », résume Hana Petersen, première autrice de l’étude. « Les observations de ce qui se produit réellement dans les communautés végétales naturelles sont bien plus rares, et celles dont nous disposons ne sont pas réparties de façon équitable à travers le globe », poursuit-elle. Les modèles informatiques et les simulations en laboratoire, si utiles soient-ils, doivent impérativement être confrontés à la réalité du terrain pour refléter la complexité réelle des écosystèmes et établir des prévisions les plus précises possible.
En plus de cette problématique quantitative relevée par les auteurs, les donnnées pèchent également sur le volet qualitatif. Sur les 128 études analysées, seules 3,1 % d’entre elles (quatre au total) ont été menées avec des méthodes suffisamment rigoureuses pour démontrer que les changements observés sur le couvert végétal étaient bien causés par le dérèglement climatique, et non par d’autres facteurs, comme les incendies, l’urbanisation excessive ou les espèces invasives. Les 124 restantes ont bien constaté qu’il existait une coïncidence temporelle entre l’évolution du climat et celle de la végétation, sans prouver toutefois que l’un serait la cause de l’autre. Deux écueils pour le prix d’un : en plus de mal surveiller les écosystèmes les plus fragiles, même là où des données sont collectées, les outils méthodologiques employés ne permettent pas d’établir un lien de causalité entre le réchauffement et le déclin observé. Un constat particulièrement grave, puisque c’est le croisement des observations entre les différents biomes qui devrait guider, en partie, la recherche, comme l’explique Petersen. « Nous devons comprendre si les mécanismes de résilience à l’œuvre dans une région peuvent nous aider à anticiper ce qui se passera dans une autre », précise la chercheuse.
- Certaines zones géographiques menacées par le réchauffement climatique, comme le bassin méditerranéen et l’Afrique du Sud, sont peu étudiées, avec seulement 128 études basées sur des observations de terrain.
- Les pays développés concentrent 91 % des recherches, laissant les régions vulnérables avec seulement 9 %, ce qui fausse la compréhension de l’impact climatique.
- Peu d’études démontrent un lien de causalité entre dérèglement climatique et déclin de la biodiversité, rendant difficile l’anticipation des changements futurs.
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