Le recul des glaciers dans l’hémisphère boréal prend une ampleur terrifiante. Ces derniers recouvrent de vastes terres et lorsqu’ils fondent, ce retrait expose des terres qui étaient auparavant sous la glace : une conséquence directe du réchauffement climatique.
Une récente étude publiée dans la revue Nature Climate Change le 21 mars a quantifié ce recul glaciaire : chaque année, 123 km de nouvelles côtes émergent des glaces, fragilisant des zones entières et créant des conditions propices à des catastrophes naturelles. En effet, ces nouveaux territoires sont très instables d’un point de vue géologique, et représentent un véritable danger au long terme ; on vous explique pourquoi.
Comment la fonte des glaces modifie les paysages côtiers de l’Arctique
L’analyse a été menée par Jan Kavan et son équipe du Centre for Polar Ecology de l’Université de Bohême du Sud (České Budějovice, Tchéquie). Selon leurs calculs, sur les 1 704 glaciers maritimes étudiés au Groenland, en Alaska, dans l’Arctique canadien et russe, en Islande et dans l’archipel du Svalbard, 85 % sont en recul prononcé. Le phénomène n’est pas homogène et se concentre sur certains glaciers de manière très inquiétante.
L’équipe a préféré identifier les lignes côtières manuellement plutôt qu’en utilisant l’IA, comme il est courant de l’utiliser ailleurs. Kavan explique ce choix méthodologique en expliquant que les algorithmes automatisés se montrent souvent inefficaces pour caractériser l’évolution des glaciers. Un travail de fourmi donc, qui leur a tout de même permis d’extraire des données sûres pour confirmer l’hétérogénéité de cette fonte. À peine 101 glaciers ; moins de 6 % de l’ensemble étudié ; sont responsables de plus de la moitié des 2 466 km de côtes nouvellement formées entre 2000 et 2020.
Le cas le plus emblématique est certainement celui du glacier Zachariae Isstrom, situé au nord-est du Groenland. Son recul a engendré à lui seul 81 km de nouveau littoral, soit plus du double de n’importe quel autre glacier observé.

L’instabilité paraglaciaire : un désastre annoncé
Le terme paraglaciaire désigne ces espaces fraîchement libérés des glaces et non encore stabilisés par la formation de pergélisol (sol gelé en permanence). Simon Cook, de l’Université de Dundee, explique en quoi leur nature hautement instable est problématique : « Les côtes paraglaciaires se distinguent des autres zones stabilisées du littoral arctique du fait que le pergélisol n’a pas encore eu le temps de se former dans ces zones nouvellement exposées. Par conséquent, elles sont plus facilement érodées par l’action des vagues, les mouvements de masse et d’autres processus parce que le sol n’est pas cimenté par la glace ».
La conséquence directe de cette fragilité : la multiplication potentielle d’effondrements côtiers massifs. Lorsqu’une portion de ces falaises instables se détache brusquement pour plonger dans les eaux océaniques proches, le déplacement brutal de masses d’eau d’un tel volume génère des vagues de haute énergie : des tsunamis.
C’est exactement ce qu’il s’est passé le 17 juin 2017 au Groenland, dans le fjord de Karrat. Des millions de m3 de roche et de sédiments, se sont détachés d’une falaise abrupte, provoquant des vagues dépassant les 90 mètres par endroits sur la côte faisant face au glissement de terrain. Onze maisons ont été emportées ou détruites et quatre personnes ont perdu la vie.
Nous avions jusqu’à maintenant largement sous-estimé l’importance de ce mécanisme dans notre compréhension des impacts du dérèglement climatique. En effet, la communauté scientifique se focalisait plutôt sur l’élévation du niveau de la mer comme principale menace pesant sur les zones côtières, mais ces travaux prouvent qu’un danger bien plus immédiat existe. L’événement dramatique de 2017 risque fort de se reproduire ailleurs, à un autre moment, et ce genre de tsunamis pourraient se multiplier à l’avenir dans tout l’arc arctique. À qui la faute ?
- Des portions de terres autrefois enfouies sous les glaces apparaissent à un rythme soutenu dans l’Arctique, à cause du changement climatique.
- Ces nouvelles zones côtières, instables et fragiles, présentent un risque élevé d’effondrements massifs pouvant générer des vagues destructrices
- Ces tsunamis étaient sous-estimés et pourraient se répéter de plus en plus souvent.
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