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Réchauffement climatique : même les oiseaux ne peuvent plus y échapper

Si les oiseaux échouent à fuir le réchauffement, qu’en sera-t-il des espèces qui, elles, ne bougent pas ?

Les oiseaux ont un avantage unique dans le règne animal : la majorité, si ce n’est la quasi-totalité d’entre eux, sont capables de voler. Théoriquement, cela les place donc parmi les espèces animales les mieux équipées pour fuir le réchauffement climatique, et de ce fait, en souffrir le moins. En réalité, ce n’est absolument pas le cas.

Le 28 mai, une étude a été publiée dans Nature Ecology & Evolution ; menée en Amérique du Nord, elle a prouvé qu’en dépit de leurs déplacements vers le nord ou des altitudes plus élevées, la majorité des espèces aviaires ne parviennent plus à compenser l’élévation rapide des températures. Sachant qu’il s’agit de l’un des groupes les plus mobiles du vivant, il y a sincèrement de quoi s’alarmer.

Les oiseaux sont en fuite, mais la chaleur les rattrape

L’étude en question a été menée par Jeremy Cohen et Walter Jetz, chercheurs à l’Université Yale (New Haven, Connecticut) ; leur analyse s’est appuyée sur plus de 20 ans de données concernant 406 espèces d’oiseaux nord-américains.

En été, la plupart des espèces observées se sont effectivement déplacées en moyenne de 40 à 50 miles (soit 65 à 80 km) vers le nord ou en altitude. Ces migrations leur ont permis d’éviter environ 1,28 °C de réchauffement par rapport à ce qu’ils auraient subi en restant sur place. Pourtant, même en mouvement, les oiseaux ont tout de même dû faire face à une augmentation moyenne de 1,35 °C de la température estivale en comparaison à leur zone d’origine. La hausse généralisée des températures est telle qu’elle dépasse complètement leurs capacités d’adaptation par le mouvement.

Une fois l’hiver venu, c’est encore pire. Durant cette saison, les déplacements n’ont permis aux oiseaux de réduire leur exposition au réchauffement que de 11 % en moyenne. Malgré leurs tentatives de fuite, ils ont tout de même subi une hausse de 3,7 °C sur leurs nouveaux territoires en l’espace de vingt ans, n’atténuant que marginalement l’intensité du réchauffement hivernal.

Si certains individus parviennent à gagner temporairement quelques degrés de répit en migrant vers des zones plus clémentes, ces déplacements resteront toujours limités par des contraintes géographiques, écologiques et physiologiques. L’espace disponible au nord se réduit, les ressources alimentaires ne suivent pas toujours, et la concurrence avec d’autres espèces s’intensifie.

Même en mouvement, la majorité des oiseaux se retrouvent ainsi exposés à des conditions climatiques toujours plus éloignées de celles dans lesquelles leurs espèces ont évolué pendant des milliers d’années. Plus le réchauffement s’accélère, plus cet écart (entre les niches climatiques originelles et les nouvelles) s’élargit, au point de directement menacer leur capacité d’adaptation à long terme.

La course au nord, inaccessible pour une partie des oiseaux

Plus des trois quarts des espèces observées ont réussi à se déplacer vers des zones légèrement plus fraîches, souvent quelques dizaines de kilomètres plus au nord ou en altitude. Près de 25 % d’entre elles n’ont, en revanche, montré aucun déplacement mesurable au fil des deux décennies étudiées.

Ces espèces, incapables de migrer ou de trouver des habitats alternatifs adaptés à leurs exigences écologiques, se retrouvent donc piégés dans des zones thermiques où ils ne sont pas censés vivre. Le Troglodyte des cactus (Campylorhynchus brunneicapillus), notamment, typique des milieux désertiques nord-américains, est une espèce dite, selon les auteurs, « écologiquement liée ». Inapte à quitter ces écosystèmes arides, il subit de plein fouet l’élévation des températures, sans aucune possibilité de fuite. Trop adapté à son environnement, il ne peut pas s’en séparer.

Troglodyte Des Cactus
Le Troglodyte des cactus a besoin d’espaces désertiques pour survivre. © berichard / Wikipédia

À l’opposé, certaines espèces hautement mobiles parviennent temporairement à limiter leur exposition. C’est le cas de la Paruline à ailes bleues (Vermivora cyanoptera), qui a pu déplacer son aire de répartition de plus de 160 km vers le nord au cours des vingt dernières années. Grâce à ce déplacement, elle a réussi à éviter environ 2 °C de réchauffement par rapport à ce qu’elle aurait subi sans mouvement.

Une réussité toute relative, car elle évolue tout de même dans des territoires dont les températures absolues dépassent déjà celles de son habitat d’origine vingt ans plus tôt. Les espèces aptes aux grands déplacements ne font que retarder l’échéance ; elles ralentissent leur exposition, mais ne retrouveront jamais des conditions climatiques équivalentes à celles pour lesquelles elles sont physiologiquement et écologiquement adaptées.

Pour les espèces moins mobiles encore  (reptiles, amphibiens, mammifères) leur marge de manœuvre est encore plus réduite. Comme le résume Walter Jetz : « Dans ce système continental exceptionnellement bien documenté, nous constatons que même un groupe aussi mobile que les oiseaux ne parvient pas à se déplacer suffisamment rapidement pour suivre la vitesse du changement climatique ».

Les oiseaux qui parviennent à déplacer leur aire gagnent du temps, mais n’assurent pas pour autant leur sécurité : ils s’installent dans des écosystèmes qui eux-mêmes évoluent sous contrainte et très souvent instables, qui leur sont parfois temporairement favorables. Les autres, cloués sur place, accumulent un déficit physiologique irréversible : températures de reproduction décalées, stress thermique permanent et finalement, une baisse probable de la capacité à se reproduire. Assiste-t-on déjà à un effondrement fonctionnel de la biodiversité aviaire avant même l’extinction effective des espèces ? La réponse est dans la question.

  • Les oiseaux, malgré leur capacité à voler, ne peuvent pas échapper aux impacts du réchauffement climatique, qui est trop rapide et intense pour que leurs déplacements soient suffisants.
  • Beaucoup d’espèces essaient de se déplacer vers des zones plus froides, mais elles restent exposées à des températures élevées qui menacent leur survie à long terme.
  • Certaines espèces, trop spécialisées ou moins mobiles, sont incapables de bouger et subissent de plein fouet les hausses de température, risquant un déclin fonctionnel de leur population.

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