Vous ne le savez peut-être pas, mais le Parlement européen a voté massivement il y a quelques mois pour imposer deux bagages cabine gratuits (un petit sac + une valise de 7 kg max) sur tous les vols en Europe. Les compagnies low cost, pour qui les frais de bagages représentent jusqu’à 20 % des revenus, s’y opposent formellement. Face à la puissance du lobbying, le Conseil de l’UE bloque les négociations. En attendant, les compagnies ont concédé un minimum volontaire (un petit sac de 40 × 30 × 15 cm), mais rien n’a changé pour les valises cabine. Pour le moment. Car les règles européennes pourraient bien s’appliquer d’ici 2028.
Le 21 janvier 2026, le Parlement européen a en effet adopté sa position sur la révision du règlement qui encadre les droits des passagers aériens depuis 2004 : 632 voix pour, 15 contre, 9 abstentions. Le texte prévoit que chaque passager pourra embarquer gratuitement deux bagages en cabine : un article personnel (sac à dos, sacoche) d’au moins 40 × 30 × 15 cm sous le siège, ainsi qu’une valise cabine dont la somme des dimensions ne dépasse pas 100 cm, pour un poids maximal de 7 kg.
Sur le papier, c’est une révolution pour les voyages. En pratique, ouvrez l’appli Ryanair aujourd’hui et essayez de monter avec une valise à roulettes sans payer. Oui, c’est impossible, à moins de débourser entre 6 et 20 euros pour passer à l’option Priority. Chez EasyJet, comptez 20 à 50 € selon le vol. La raison : un vote du Parlement ne suffit pas à créer une loi européenne. Il faut encore que le Conseil de l’UE, qui représente les 27 États membres, valide le texte.
20% de revenus en jeu
Pour comprendre la résistance des compagnies, il suffit d’étudier un peu leurs résultats financiers. Les frais de bagages, de choix de siège et d’embarquement prioritaire représentent jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires des compagnies low cost. C’est même ce qui permet d’afficher un billet Paris-Barcelone à 19,99 € (et de facturer 35 € de supplément bagage à côté).
Problème : la nouvelle loi européenne remet en question tout le modèle économique de ces compagnies. Forcément, le lobby s’est organisé pour faire front. Airlines for Europe (A4E), qui regroupe 17 groupes représentant plus de 70% du trafic européen (Ryanair, EasyJet, Air France-KLM, Wizz Air) mène la bataille auprès du Conseil. Le patron d’EasyJet a qualifié le texte de “terrible pour le consommateur”, arguant que deux bagages cabine gratuits provoqueraient des retards à l’embarquement. Ryanair défend le principe du choix : ne pas faire payer ceux qui voyagent léger pour ceux qui emportent une valise.
Sur le papier, l’argument n’est pas dénué de sens. Ajouter 7 kg par passager, c’est aussi du kérosène en plus, donc des coûts supplémentaires. Mais cet argumentaire oublie un point important : le système actuel repose sur une opacité tarifaire qui piège régulièrement les voyageurs. Selon le Centre européen des consommateurs, près de 40 % des litiges avec les compagnies low cost concernent des frais de bagages imprévus.
Ce qui a déjà changé (et ce qui n’a pas changé)
Il serait injuste de dire que rien n’a bougé. Sous la pression politique et celle des autorités de concurrence (l’Espagne avait infligé 179 millions d’euros d’amendes à cinq compagnies pour facturation abusive, avant que les tribunaux ne suspendent la décision), les membres d’A4E se sont engagés depuis l’été 2025 à garantir un article personnel gratuit d’au moins 40 × 30 × 15 cm sur tous leurs vols.
Concrètement, en 2026, Ryanair autorise un sac de 40 × 30 × 20 cm gratuitement (élargi de 5 cm en septembre 2025). EasyJet offre le sac gratuit le plus généreux des low cost à 45 × 36 × 20 cm. Air France (qui n’est pas une compagnie low-cost) inclut un bagage cabine de 55 × 35 × 25 cm dans tous ses tarifs, y compris les plus bas. Pour Transavia (filiale d’Air France), le bagage cabine est inclus depuis le tarif Smart.
Mais pour les valises à roulettes classiques (celles que la plupart des voyageurs considèrent comme un “bagage cabine”) il faut toujours payer un supplément dans les compagnies low-cost.
La présidence chypriote du Conseil tente de débloquer les négociations avant juin 2026. Le scénario optimiste verrait un accord politique d’ici l’été, pour une application en 2027 ou 2028. Le scénario réaliste nous emmènerait vers une nouvelle impasse, comme celle qui dure depuis 2013, date à laquelle cette réforme des droits des passagers a été initiée.
La France, l’Allemagne et l’Espagne soutiennent le texte. Mais d’autres États, plus dépendants des liaisons low cost pour leur connectivité, hésitent à bousculer un modèle qui a démocratisé le transport aérien.
Ce qu’on en pense
Le vote du Parlement envoie un signal politique fort, mais tant que le Conseil bloque, les compagnies low-cost continueront d’afficher des suppléments bagage. Le vrai changement se joue dans les prochains mois.
Sur le fond, les deux camps ont des arguments recevables. Les low-cost ont effectivement permis à des millions d’Européens de voyager à bas prix grâce à la décomposition tarifaire. Mais ce modèle a aussi engendré des abus qui ont porté préjudice à des millions de consommateurs. Il existe sans aucun doute un bon compromis entre imposer un vrai bagage cabine gratuit de taille raisonnable, et laisser aux compagnies la liberté de facturer les services réellement optionnels. On peut imaginer par exemple facturer plus cher le choix du siège, l’accès prioritaire, voire le bagage en soute.
Dans tous les cas de figure, le statu quo n’est plus tenable pour le Conseil européen, d’autant que le texte a été approuvé par la quasi-totalité du Parlement. Chose assez rare au regard des clivages politiques. Reste à voir maintenant si les États membres auront le courage de suivre, ou s’ils préféreront, une fois encore, laisser les lobbies dicter le calendrier.
- Le Parlement européen a voté pour imposer deux bagages cabine gratuits sur tous les vols en Europe.
- Les compagnies low-cost, dont Ryanair et EasyJet, s’opposent à cette mesure, car les frais de bagages représentent jusqu’à 20% de leurs revenus.
- Les négociations au sein du Conseil de l’UE sont en cours, et les nouvelles règles pourraient entrer en vigueur d’ici 2028.
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