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Santé : pourquoi nos ancêtres avaient une bonne dentition sans appareils dentaires ?

Allez expliquer à vos aïeuls de la Péhistoire qu’il nous arrive de payer l’équivalent d’un loyer complet pour qu’un spécialiste déplace nos chicots de deux millimètres. S’il avait pu vous comprendre, il en aurait ri et vous auriez eu l’occasion d’admirer sa superbe dentition.

C’est un passage obligé et douloureux pour des millions d’adolescents et une portion croissante de la population adulte : le port d’appareil dentaire (bagues métalliques/céramiques). Un dispositif de correction orthodontique qui sert avant tout à prévenir l’usure prématurée des dents, les malocclusions bucco-dentaires, les troubles de la mastication, et dans une moindre mesure, à préserver l’esthétique du sourire. Si les prémices de cette invention remontent à l’Égypte antique, son véritable ancêtre est né au XVIIIe siècle, en France, grâce aux travaux de Pierre Fauchard, le père de la dentisterie moderne. À l’échelle de l’évolution humaine, c’est un battement cil, puisque nous avons vécu 12 000 générations sans dentiste alors qu’on conseille aujourd’hui d’y aller au moins une fois par an.

Pourtant, si vous aviez pu observer de près la dentition d’un Homo sapiens il y a 15 000 ans, vous auriez probablement été frappé par l’alignement impeccable de ses dents. Bon, il n’aurait pas arboré un sourire blanc Colgate, mais en aucun cas sa dentition n’aurait montré des signes de mauvaise santé (chevauchements, incisives en éventail, dents incluses, palais trop étroit, etc.). Sans aucun soin dentaire, nos ancêtres ont survécu et ont évité la quasi-totalité des pathologies bucco-dentaires qui nous touchent aujourd’hui. Comment est-ce possible ?

Le secret de la dentition parfaite des chasseurs-cueilleurs

Pour se nourrir, Homo sapiens devait broyer des racines fibreuses, déchirer de la viandes crue, mastiquer des noix et consommer des végétaux non transformés : leur mâchoire était, par conséquent, plus fortement sollicité que la nôtre. En travaillant sans relâche, les muscles masséters (moteurs de la mastication situés sur les côtés de la mâchoire) exerçaient une traction sur les structures osseuses.

Leur organisme était donc obligé de s’adapter : plus la mastication était vigoureuse, plus elle provoquait des micro-tensions au niveau des sutures crâniennes (les zones de jonction entre les os). En réponse à ce stress physique, le corps produisait du nouvel os pour renforcer la structure. Ce processus élargissait naturellement l’arcade dentaire et projetait la mâchoire vers l’avant, créant un espace suffisant pour accueillir l’ensemble des 32 dents.

Quatre incisives, deux canines, quatre prémolaires et les molaires (six par arcade) : toutes s’alignaient sans peine, puisque la mâchoire s’élargissait proportionnellement au volume dentaire.

Lors de la révolution néolithique il y a 12 000 ans, le mode de vie d’Homo sapiens changea, et il se sédentarisa par l’adoption de l’agriculture et des premiers élevages animaux. L’arrivée des céréales (blé, orge, riz, maïs) et la généralisation de la cuisson grâce à la maîtrise du feu ont radicalement modifié la nature et la consistance des repas. Plus digeste, la nourriture devint en revanche plus molle, réduisant l’effort demandé pour l’avaler.

Le cycle de construction osseuse évoqué précédemment n’avait plus lieu, et en l’espace de quelques millénaires seulement, la mâchoire humaine fut atrophiée par manque de stimulation musculaire. C’est pourquoi, aujourd’hui, elle est bien moins développée qu’au Néolithique ; elle est moins carrée, notre profil est plus fuyant, et notre visage, beaucoup plus étroit.

Le contrecoup de la modernité : des dents de géant dans une bouche trop petite

La taille de la couronne dentaire (la partie visible) est fixée très tôt par le génome : elle ne changera pas, que l’on mastique de la pierre ou du yaourt. En revanche, l’os de la mâchoire appartient à la catégorie des os dont la densité et la forme finale dépendent de la loi de Wolff. Ce principe fondamental de l’anatomie stipule que l‘os se solidifie et s’étend en réponse directe aux charges mécaniques qu’il subit.

La génétique n’a donc rien à voir avec le rétrécissement de notre mâchoire ; c’est un phénomène dû à l’épigénétique (influence de l’environnement sur l’expression des gènes). Durant la croissance, l’os de la mâchoire grandit ainsi par réaction aux sollicitations musculaires, comme nos ancêtres Homo sapiens, sauf que notre régime alimentaire est aux antipodes du sien.

Tous les produits industriels que nous consommons (pain de mie, yaourts, steaks hachés et tant d’autres) ne nécessitent qu’une pression de quelques kilos pour être assimilés, alors que nos gènes sont toujours programmés pour un régime de chasseur-cueilleur, pas pour une diète de nourrisson.

Evolution Mâchoire
Notre mode de vie moderne a, en quelque sorte, supprimé la croissance osseuse prévue par notre ADN. © Capture d’écran / NotebookLM

Nos 32 dents définitives ont gardé leur taille du Paléolithique, mais notre mâchoire est 15 % plus étroite : voilà pourquoi de nombreuses personnes souffrent de divers problèmes bucco-dentaires demandant une prise en charge orthodontique. Notre mâchoire a perdu en polyvalence et n’est plus qu’un point de passage vers le système digestif, par lequel les aliments transitent trop rapidement. Un exemple parfait de ce que l’on appelle une maladie de l’inadéquation évolutive : nous avons évolué trop rapidement par rapport aux stimulus environnementaux dont notre organisme a besoin pour se construire. Tout compte fait, cette petite perte ne vaut-elle pas le confort de ne pas mourir à 25 ans déchiqueté par un lion des cavernes ou d’être emporté par le tétanos ou un bête abcès dentaire ?

  • Nos ancêtres avaient une dentition parfaite grâce à une alimentation exigeante qui stimulait le développement de la mâchoire.
  • Avec la sédentarisation et une alimentation plus molle, notre mâchoire s’est atrophiée, provoquant des problèmes dentaires.
  • Notre ADN est toujours adapté à un régime de chasseur-cueilleur, mais notre mode de vie moderne ne le soutient plus.

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Par : Gouvernement français
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