Deux paradigmes dominaient l’archéologie contemporaine concernant la maîtrise du feu. Le premier voulait qu’Homo erectus, il y a plus d’un million d’années, ait été le premier homininé à côtoyer le feu, mais uniquement de manière opportuniste. Il ne le maîtrisait pas et ne faisait que profiter d’incendies naturels pour s’en servir. Le second, quant à lui, réservait cette compétence aux populations néandertaliennes récentes, environ 100 000 ans avant notre ère.
C’était un dogme scientifique établi depuis près de 70 ans, qui n’avait jamais réellement été remis en question. Néanmoins, une étude publiée dans la revue Nature le 10 décembre vient de sérieusement l’ébranler, en montrant que les seuils chronologiques ont été établis à partir de choix méthodologiques discutables. En réalité, des homininés du Pléistocène moyen, à affinité néandertalienne, contrôlaient déjà le feu il y a environ 400 000 ans. Imaginez le nombre de manuels d’Histoire qu’il va falloir réécrire : cette technologie primitive était dans les mains de nos ancêtres 350 000 ans plus tôt que ce qui était admis !
La maîtrise du feu : une chronologie à revoir
Le site de Barnham (Suffolk, Angleterre) fait déjà l’objet d’investigations archéologiques depuis 2013 ; c’est ici qu’une équipe de chercheurs du British Museum a réussi à prouver son hypothèse. Les fouilles ont révélé plusieurs fragments d’argile fortement chauffée retrouvés au sein de zones spécifiques, essentielles à la vie des habitants.
Ces traces de feu ont été retrouvées exactement aux mêmes endroits que les zones où était taillé le silex, là où les homininés fabriquaient leurs outils, et non en périphérie du site, comme on s’y attendrait après un incendie naturel. De surcroît, les morceaux d’argile n’ont pas été tous exposés à la chaleur à la même intensité, ce qui exclut d’emblée qu’un unique incendie ait pu brûler le site uniformément. Des feux répétés et maîtrisés ont sans doute été allumés à plusieurs reprises au cours de l’occupation de ce dernier.
L’analyse géochimique de ces fragments a révélé qu’ils avaient été chauffés à des températures dépassant les 700 °C. Une chaleur impossible à atteindre lors d’un simple feu de brousse, que seul un foyer entretenu volontairement peut provoquer. De la pyrite de fer a également été retrouvée sur place, un minéral absent, sûrement importée sur place pour fabriquer des « briquets » rudimentaires. En effet, la pyrite de fer permet, par percussion avec le silex, d’obtenir une source de chaleur suffisante pour enflammer des matériaux combustibles.
Pour Rob Davis, conservateur au British Museum et co-auteur de l’étude, « les implications sont énormes ». L’habileté à allumer et à avoir le contrôle du feu représente, selon lui, « l’un des tournants les plus importants de l’histoire humaine, avec des bénéfices pratiques et sociaux qui ont profondément modifié l’évolution ».

Pour Nick Ashton, autre co-auteur de l’étude, ce moment est unique : « Que certains des groupes néandertaliens les plus anciens maîtrisaient déjà les propriétés du silex, de la pyrite et de l’amadou à une période aussi reculée est remarquable. Pour moi, c’est la découverte la plus importante de toute ma carrière ».
Dans la longue trame des innovations humaines, il est tout à fait possible que nous ayons sous-évalué l’importance des anciennes populations néandertaliennes. Pour nos ancêtres, le feu a été un nouveau départ : une source de chaleur pour se protéger du froid et des prédateurs. Un moyen de cuire la nourriture afin de la rendre plus facilement métabolisable, ce qui a permis à leur cerveau de se développer sans accroître proportionnellement les besoins énergétiques du corps. Il fut sans doute l’un des avantages évolutifs les plus importants des anciennes lignées humaines, déjà solidement ancré chez des homininés que l’archéologie n’avait jamais réellement reconnus comme des « innovateurs ». Un rôle minimisé, car ils n’ont laissé derrière eux que trop peu de vestiges exploitables, sans compter sur le fait que la comparaison avec l’Homme de Néandertal moderne et Homo sapiens a fortement joué en leur défaveur. Un biais de la discipline, aujourd’hui corrigé, grâce à ces quelques blocs d’argile brûlée retrouvés à Barnham.
- Une étude récente révèle que des ancêtres néandertaliens maîtrisaient le feu il y a environ 400 000 ans, bien avant ce qui était précédemment admis.
- Des découvertes archéologiques à Barnham montrent des traces de feux contrôlés, prouvant une utilisation consciente du feu.
- Cette avancée pourrait réécrire l’histoire de l’évolution humaine et souligner l’importance des populations néandertaliennes dans le développement technologique.
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